50 - steven le hyaric

"Le problème, c’était mes émotions, que je devais apprendre à lâcher"

Steven

" Je dirais que le manque de confiance et l’échec scolaire ont façonné ma vie jusqu’à ces deux dernières années. J’ai grandi un peu tristement en banlieue parisienne, avec un père élu communiste puis député européen. Un père absent dont la réussite a certainement constitué un poids énorme pour moi.
J’étais hyperactif ; je me dépensais et dispersais dans toutes sortes d’activités physiques.
Alors, quand un pote m’a mis au vélo, j’ai décidé d’y aller à fond pour devenir coureur pro. J’ai eu des victoires, mais au fond, je savais bien que la compétition, en terme de bilan de vie, c’est l’échec assuré.
Après avoir eu mon bac de justesse, j’ai intégré l’école française des attachés de presse, en pleine révolution des réseaux sociaux. Je voulais, encore, être le meilleur.

Je me suis retrouvé à la tête de la communication de la Fédération Française de Triathlon en vue des JO de 2016 à Rio. J’y ai mis tout ce que j’avais mais les résultats ont été mauvais. J’étais effondré, partagé entre burn-out et sentiment d’imposture. On m’a expliqué que le problème, c’était mes émotions, que je devais apprendre à lâcher.

Je n’ai pas lâché, je me suis réorienté. Non plus pour être le héros d’une aventure personnelle, mais pour mettre mon goût de la performance au service d’une cause.
J’ai décidé de traverser l’Himalaya népalais à vélo. Je suis fier d’avoir été le premier à le faire, mais surtout d’avoir repensé les différentes facettes de mon travail : mes compétences sportives pour développer ce projet et le sponsoring pour le soutenir.

Mes objectifs ont changé. Si je cherche de l’argent, c’est pour tourner des films et me nourrir des autres. J’ai vécu des mois dans des régions du Népal où j’ai enseigné l’anglais tandis qu’on m’initiait aux techniques de méditation Vipassana.
C’est un cercle vertueux : je suis motivé par ce que j’apprends et cette motivation me permet de créer des projets économiquement viables. C’est souvent dur, car je dois sans cesse soutenir mon activité grâce au sponsoring et aux médias. Mais c’est une aventure qui dépasse ma petite personne.
Ce qui est drôle, c’est qu’au fond, je fais toujours la même chose, je pédale ! Mais je ne roule plus dans la même direction."

 

Propos recueillis par Antoine Couder / Photo DR

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