51- isabelle crampes de toujours

"Ça me me conforte dans ma conviction que l'élégance est tout sauf, une question de milieu social"

Isabelle

"Ma mère était une coquette terrible. Elle reste mon idole en terme de style : un peu wild mais toujours chic. Ado dans les années 80, je fréquentais l’underground marseillais. On s’habillait de façon extravagante pour sortir : ska, garage, psycho…Moi, j’étais modette. Acheter du  vintage m’a permis de forger ma culture mode.

Dans ma lignée, j’ai été la première femme à travailler. Du coup j’ai eu tendance à me mesurer aux hommes brillants de ma famille. Littéraire et philo à mort, je me suis fait violence sur les maths pour être dans les bonnes sections. J’ai enchaîné sur une grande école de commerce et étudié la finance de marché, qui m’a éclairée sur la liberté d’entreprendre et l’importance de la méthodologie.
Après j’ai travaillé en salle de marché à Paris. Ça correspondait à un fantasme des années 80. Au bout de quelques mois je me suis demandé « Mais qu’est ce que je fous là ? » et j’ai décroché.
Puis j’ai bossé en tant qu’extra pour la maison Hermès et ça, j’ai vraiment adoré : l’excellence des produits, la déférence envers les clients, surtout ceux qui arrivent avec un sac Kelly tout flingué.

En parallèle de la mode, j’avais toujours été à fond dans la musique et la danse. De retour à Marseille, tout en travaillant pour le groupe hôtelier Accor, j’ai cofondé le festival Marsatac à la fin des années 90, avec l’idée d’anoblir la culture hip-hop.
Puis j’ai fait de l’événementiel, des relations publiques, de la programmation, participé à des émissions de télé et de radio.

Il y a six ans, j’ai créé De Toujours, un e-shop qui propose des vêtements de qualité au style intemporel. Des pièces cultes venues du sport, de métiers ou de traditions. C’est le design d’origine et son usage qui m’intéressent. Notre bleu de travail de chez Lafont, c’est le même que celui du paysan photographié par Depardon il y a vingt ans. Ça me conforte dans la conviction que l'élégance, c’est tout sauf une question de milieu social.
Et puis, je m’investis aussi dans l’organisation d’un festival d’humour et la préparation d’une expo sur le vêtement et les traditions populaires. J’ai toujours fait plusieurs trucs en même temps.
Au fond, ce que j’aime, c’est ouvrir des voies. Ce qu’a théorisé Nassim Nicholas Taleb, ex-trader, avec la notion d’"antifragile" qui me parle tant : ma vraie compétence c’est de me réinventer en permanence.


Propos recueillis par Céline Bousquet / Photo Céline Bousquet

 

Partagez ce témoignage

PLUS D'HISTOIRES

Pierre

« Ado, j’étais fan d’ornithologie. Mais après un BTS spécialisé dans ce domaine, je ne me suis pas senti à ma place et mon amour des oiseaux à commencé à décliner. Il faut dire que ce n’était pas très sexy comme passion à 20 ans !
Du coup, je suis...

Lire la suite

Ruby

« Je n’avais rien prévu, rien imaginé, mais c’est arrivé. Bien sûr, j’avais des rêves. J’en ai toujours. Mais le propre du rêve, c’est souvent d’en rester un.
Je suis née au Cameroun. J’y suis restée jusqu’à mon adolescence. En arrivant en France, avec ma famille, j’ai découvert deux choses...

Lire la suite

Simon

« Avec ma femme, nous commencions à tourner en rond à Paris. Plus rien ne nous surprenait, ni les gens, ni les odeurs, ni les lumières…
On se disait souvent que nous aimerions que notre fille de dix ans puisse avoir une autre expérience du monde. Comme ma femme est...

Lire la suite

Valérie

« J’aurais sûrement changé de vie mais je n’aurais pas pris cette voie si je n’avais pas rencontré François.
Nous partagions le plaisir de lire, réfléchir, transmettre quand nous avons eu l’idée de devenir bergers.

Cela faisait 8 ans que l’on se connaissait en tant que profs de lettres et...

Lire la suite

Laura

« Mon début de carrière n’a pas tout à fait été à la hauteur de mes attentes. J’avais déménagé à Paris après un CAP coiffure que j’avais suivi à Lyon. Il m’a fallu passer par sept salons de coiffure en sept ans pour me rendre à l’évidence : je n’avais retrouvé...

Lire la suite

Audrey

Petite, je criais déjà à cor et à cri à l’injustice. Très tôt, en observant mes amis, j’ai constaté que l’on faisait souvent passer des messages aux enfants par le biais de la violence, souvent verbale, parfois physique.
J’ai quelque part toujours su que je voulais m’engager pour une...

Lire la suite

Hugues

« Je n’étais pas malheureux dans mon quotidien. Nous vivions à Marseille, où mon travail de gestion de grands projets nucléaires était excitant et m’amenait à bouger un peu partout – jusqu’au jour où ma compagne s’est vu proposer une bonne opportunité à Biarritz. J’ai décidé de la suivre.
Finalement,...

Lire la suite

Chloé

« Petite, on avait dit à mes parents que j’étais un enfant précoce, le mot que l’on utilisait à l’époque. En grandissant, j’ai mis ça de côté, je ne voulais pas en entendre parler.
Après mes études en école de commerce, j’ai travaillé en business analyse chez Chanel, à Paris.

Lire la suite

Timothée

« Ce qui est ironique, c’est que j’ai fait mon tout premier stage, à 14 ans, chez un boucher de Sarcelles. Mes parents m’y avaient envoyé pour que je comprenne la difficulté du monde ouvrier et l’importance de faire des études supérieures. Le stage ne m’avait pas plu plus que ça...

Lire la suite

Christophe

« Dans ma vie précédente, j’animais un réseau de distribution de foulards en soie. Je rayonnais depuis Hong Kong sur la zone Asie Pacifique : Corée du Sud, Taïwan, Singapour… J’étais tout le temps en voyage, il m’est arrivé de remplir mon passeport en six mois.
C’était une vie trépidante,...

Lire la suite
Copied!