53- jessica droles de tables

"J’ai tout passé en revue : café poussette, food truck, garderie nomade... pour finalement arriver à la pâtisserie"

Samantha

"Dans les années 2000, quand la bulle Internet a éclaté, j'ai eu la chance après un premier job d'être recrutée par Google. C'était cool : on partait souvent à San Francisco, j'avais un bon salaire.
Et puis les choses ont changé : une hiérarchie plus imposante, une équipe qui passe de 20 à 150 personnes. Pour moi, l'aventure humaine était finie.
J'ai alors été débauchée par Microsoft. Ça tombait très bien. Mais nous avons été revendus à AOL et du jour au lendemain, j’ai été rattachée au numéro 10 de la boîte alors que je travaillais avant avec le boss. C’est bête, mais ça fragilise l’ego.
C’est à cette période que j'ai eu ma fille. Je bossais tard de chez moi pour compenser le fait que je partais plus tôt du bureau. Je ne m'y retrouvais plus, je sentais que j’étais devenue un pion parmi d’autres. Je ne faisais plus ce job que pour l’argent, ça me désespérait.

Je me suis mise à rêver que j'étais mon propre patron. Je gagnerais peut-être moins, mais au moins je travaillerais à mon compte. J'ai commencé à plancher sur des business plans en me posant cette question fondamentale : « Qu’est-ce que tu aimes vraiment faire, au fond ? ».
J’ai tout passé en revue : café poussette, food truck, garderie nomade... J'en suis finalement arrivée à la pâtisserie.
La raison ? Je voyais plein de gens autour de moi qui n'avaient pas le temps de mettre en place les anniversaires de leurs enfants et qui avaient besoin de quelqu'un pour tout prendre en main.
Cette idée s'est imposée à moi. En à peine six mois, j'ai passé un CAP Pâtissier, un BAFA et un diplôme d'hygiène alimentaire. J’ai dû apprendre à faire face à un job qui physiquement nous casse en deux, mais je n’ai pas renoncé.

J’ai créé ma boîte il y a un an. J’ai monté mon laboratoire et je démarche les particuliers et les professionnels pour leur préparer des pâtisseries et des buffets sucrés.
Mes journées font 18, 19 heures. Chaque matin, je me pose la question : « Est-ce que tu ne regrettes pas ? ». Jamais.
J'étais au bord du ravin. Aujourd'hui, je vis mon histoire à fond et j’accorde plus de temps de qualité à ma fille. Je peux lui prouver qu'on n'a pas qu'une seule vie et qu'on peut aller au bout de ses rêves."

Propos recueillis par Juliette Vergnaud / Photo Sydney Klasen

Partagez ce témoignage

PLUS D'HISTOIRES

Pierre

“Je pense spontanément au mot sérendipité. Une idée en amène une autre, souvent inattendue” Pierre “Ado, j’étais fan d’ornithologie. Mais après un BTS spécialisé dans ce domaine, je ne me suis pas senti à ma place et mon amour des oiseaux à commencé à décliner. Il faut dire que ce...

Lire la suite

Ruby

“J’étais l’une des seules noires de mon village. J’avais un accent. J’allais devoir me battre plus que les autres” Ruby “Je n’avais rien prévu, rien imaginé, mais c’est arrivé. Bien sûr, j’avais des rêves. J’en ai toujours. Mais le propre du rêve, c’est souvent d’en rester un. Je suis née...

Lire la suite

Simon

“Ici, je ressors du placard des projets que j’avais enterrés il y a 20 ans” Simon “Avec ma femme, nous commencions à tourner en rond à Paris. Plus rien ne nous surprenait, ni les gens, ni les odeurs, ni les lumières… On se disait souvent que nous aimerions que notre...

Lire la suite

Valérie

“Nous avons l’impression de ne pas être parasités et les choses ne nous sont pas imposées par le flux de la ville” Valérie “J’aurais sûrement changé de vie mais je n’aurais pas pris cette voie si je n’avais pas rencontré François. Nous partagions le plaisir de lire, réfléchir, transmettre quand...

Lire la suite

Laura

“Je subissais le rythme des prestations à la chaîne et des collègues mesquins” Laura “Mon début de carrière n’a pas tout à fait été à la hauteur de mes attentes. J’avais déménagé à Paris après un CAP coiffure que j’avais suivi à Lyon. Il m’a fallu passer par sept salons...

Lire la suite

Audrey

“J’ai quelque part toujours su que je voulais m’engager pour une autre éducation” Audrey Petite, je criais déjà à cor et à cri à l’injustice. Très tôt, en observant mes amis, j’ai constaté que l’on faisait souvent passer des messages aux enfants par le biais de la violence, souvent verbale,...

Lire la suite

Hugues

“Quand tu peux surfer tous les jours, la difficulté n’est jamais un calvaire” G “Je n’étais pas malheureux dans mon quotidien. Nous vivions à Marseille, où mon travail de gestion de grands projets nucléaires était excitant et m’amenait à bouger un peu partout – jusqu’au jour où ma compagne s’est...

Lire la suite

Chloé

“C’est en discutant avec un collègue, dont les enfants avaient été diagnostiqués haut potentiel, que j’ai décidé de passer un test” Chloé “Petite, on avait dit à mes parents que j’étais un enfant précoce, le mot que l’on utilisait à l’époque. En grandissant, j’ai mis ça de côté, je ne...

Lire la suite

Timothée

“Comme prévu, j’étais bien installé dans une routine avec un bon salaire… et de l’ennui” Timothée “Ce qui est ironique, c’est que j’ai fait mon tout premier stage, à 14 ans, chez un boucher de Sarcelles. Mes parents m’y avaient envoyé pour que je comprenne la difficulté du monde ouvrier...

Lire la suite

Christophe

“La transition est une traversée du désert sans ravitaillement et en solitaire” Christophe “Dans ma vie précédente, j’animais un réseau de distribution de foulards en soie. Je rayonnais depuis Hong Kong sur la zone Asie Pacifique : Corée du Sud, Taïwan, Singapour… J’étais tout le temps en voyage, il m’est...

Lire la suite