48- boucher montreuil

"Rien de mieux que de se concentrer sur un geste, le répéter encore et encore, et faire en sorte de l’améliorer"

Olivier

"Je vais bientôt avoir 50 ans. Jusqu’à il y a peu, j’étais un architecte épanoui. Quand j’y pense, je me rends compte que j’étais même obsédé par mon métier…
Mais petit à petit, les désagréments ont pris le dessus sur les satisfactions et j’ai commencé à me sentir pris au piège dans un job qui ne ressemblait plus vraiment à celui que j’avais choisi.
Il faut dire qu’à la base, j’étais plus branché Beaux-Arts et dessin que maçonnerie et résistance des matériaux.
J’ai compris que j’étais en manque d’échanges, de retours sur mon travail.
Je me suis souvenu que petit, je voulais être boucher.
J’habitais une grande maison en banlieue nord de Paris où mes parents invitaient toujours plein de monde, tous milieux confondus. Dans le lot il y avait un boucher, dont les mains mes fascinaient !

Était-ce suffisant pour me lancer dans cette profession 30 ans plus tard ? Pas sûr….
Alors j’ai contacté un vrai boucher qui m’a mis à l’épreuve : « Viens travailler trois jours chez moi, je te dirai si tu peux le faire ». Bingo.
J’ai passé un CAP avec plein de types en conversion, des gars qui débarquaient de l’informatique ou la banque. En formation, je me levais à 6 heures, je terminais à 13h00, j’étais rincé et... ça me rendait zen. Rien de mieux que de se concentrer sur un geste, le répéter encore et encore, et faire en sorte de l’améliorer.
Cette routine m’a aidée à dégager du temps de cerveau pour faire autre chose, à être plus disponible pour mes trois enfants de 18, 15 et 10 ans. J’ai rééquilibré ma vie familiale : plus de temps passé avec eux et moins de dépenses, un nouveau partage des tâches avec mon épouse qui peut se consacrer davantage à son travail. D’ailleurs, c’est son (bon) salaire qui nous permet aujourd’hui de vivre tout à fait correctement.

Je me suis installé à Montreuil dans cette rue de l’Église qui a été totalement réenchantée par les petits commerces. C’est important pour moi d’être ici. Je bénéficie du soutien de mon entourage, ce qui n’est pas rien.
Pour autant, je n’ai pas l’impression d’avoir dévié. Une déviation est un chemin détourné pour arriver au point que l’on s’était fixé. Moi, je me suis reconverti sur le tard et j’ai de la chance car c’est un luxe incroyable de pouvoir vivre cela."

 

Propos recueillis par Antoine Couder / Photo Antoine Couder

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