Né en 1940 à Boffa, en Guinée, Abou Katty, futur physicien, a traversé les bouleversements de la décolonisation, les crises politiques, les injustices administratives et les exils successifs. Tout ça sans jamais abandonner son objectif : apprendre, transmettre et contribuer au développement de son pays.
Dès son enfance, le savoir devient un refuge. Dans une région où les bibliothèques n’existent pas, le jeune garçon dévore tout ce qui lui tombe sous la main. “Même un journal mouillé”, raconte-t-il avec amusement. Cette passion pour la lecture forge déjà un trait de caractère qui ne le quittera jamais : la capacité à avancer malgré le manque de moyens.
Des années d’études marquées par les obstacles
Son parcours scolaire est loin d’être un long fleuve tranquille. Alors qu’il excelle à l’école, plusieurs événements viennent freiner sa progression. Une exclusion temporaire au collège, des grèves étudiantes, des réformes mal préparées et des tensions politiques lui font perdre plusieurs années d’études.
Après l’indépendance de la Guinée en 1958, les relations entre Paris et Conakry se dégradent fortement. Arrivé en France à l’âge de 18 ans, Abou Katty découvre rapidement que la politique peut bouleverser un destin individuel. Une fois à Marseille, les étudiants guinéens sont retenus pendant plusieurs heures à bord de leur bateau en raison du contexte diplomatique.
Quelques mois plus tard, il se confronte à un autre revers : faute de moyens financiers et à cause des bouleversements monétaires en Guinée, il doit rentrer dans son pays. Là encore, les difficultés s’accumulent. Une bourse d’études lui est retirée. Plusieurs années universitaires sont compromises et il connaît même l’emprisonnement lors de mouvements étudiants sous le régime de Sékou Touré.
Pour beaucoup, ces épreuves auraient signé la fin d’un rêve académique. Pas pour lui.
“Je ne voulais pas perdre davantage de temps”, explique-t-il. Cette phrase revient comme un fil conducteur dans son récit.
Le CNRS, la recherche et un rêve inachevé pour la Guinée
Après un passage par l’Université d’Abidjan, Abou Katty rejoint finalement la France en 1968. Il intègre le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) où il mène une brillante carrière dans le domaine des semi-conducteurs et de l’énergie solaire.
Ses travaux l’amènent aux États-Unis puis à l’Université d’Oxford. Partout, ses compétences sont reconnues. Des laboratoires prestigieux lui proposent de rester. Pourtant, il refuse.
Dans son esprit, la finalité de son parcours est claire : utiliser ses connaissances pour aider la Guinée.
Cette volonté ne le quittera jamais. Pendant des décennies, il multiplie les démarches pour transférer des compétences, former des étudiants et équiper des laboratoires guinéens. Avec le soutien du CNRS et de l’UNESCO, il participe à des programmes de transmission du savoir destinés à la diaspora.
Mais la réalité administrative et politique finit par briser une partie de cet espoir. Projets bloqués, matériel inutilisé, absence de réponses officielles, soupçons de sabotage : les obstacles se multiplient.
“Ma plus grande frustration, c’est de ne pas avoir pu transmettre tout ce que j’ai appris à mes frères en Guinée”, confie-t-il.
Malgré cette déception, Abou Katty refuse l’amertume. À la retraite depuis 2005, il s’investie dans les associations de cadres et techniciens guinéens. Il est toujours animé par la même conviction : la connaissance n’a de valeur que lorsqu’elle est partagée.