Des débuts pluriels et une soif d’apprendre
Avant d’embrasser la carrière judiciaire, Agathe a multiplié les expériences dans le domaine du droit public, de l’environnement et de l’urbanisme. Mais son itinéraire universitaire avait déjà révélé une curiosité intellectuelle et une ouverture d’esprit hors du commun. C’est ainsi qu’elle s’inscrit en licence de science politique, avant de poursuivre avec une seconde licence en droit, qu’elle entame directement en troisième année.
Sa réussite au concours d’attachée territoriale marque le début de sa carrière dans la fonction publique. Juriste dans un département puis dans une commune, elle travaille sur les questions d’urbanisme, d’aménagement du territoire, de marchés publics et de transports. Par la suite, elle rejoint le ministère de l’Écologie où elle participe à la rédaction de textes législatifs et réglementaires. Elle est notamment responsable d’une convention internationale de l’ONU, ce qui l’amène à négocier à l’échelle européenne et à participer aux discussions préalables à l’adoption de textes internationaux. Une fonction exaltante, mais aussi éloignée du contact humain : « J’aimais beaucoup l’aspect juridique du droit de l’urbanisme, mais ça me semblait aussi être une matière un peu désincarnée. »
Retour aux sources dans le Jura
Désireuse de se rapprocher d’une vie plus équilibrée, Agathe quitte Paris pour le Jura, sa région natale. Elle s’y installe avec sa famille dans un petit village, y trouve un cadre de vie paisible, mais la question du sens refait surface : « J’avais envie d’une dimension plus humaine à mon métier. » Cette quête l’amène à envisager une reconversion vers un métier plus en lien avec les citoyens : celui de magistrat.
Agathe choisit alors de passer le concours de l’École Nationale de la Magistrature (ENM) via la voie réservée aux fonctionnaires. Elle obtient un congé de formation pour préparer l’épreuve : « Pendant six mois, je n’ai pas travaillé le vendredi, et c’était vraiment un jour dédié à réviser. » Elle suit des cours tous les samedis matin et consacre ses soirées et week-ends à l’étude : « Ça a été vraiment une période très intense, mais j’ai adoré cette préparation du concours. J’ai eu l’impression de revivre. »
Malgré son parcours initial éloigné du droit judiciaire, elle progresse : « Je partais presque de zéro en droit pénal et en droit civil, et j’ai vu ma progression tout au long de ma préparation. » Le jour des résultats restera gravé dans sa mémoire : « Quand j’ai vu mon nom sur la liste, ça a été une grande joie et une grande fierté aussi. » Tout comme son entrée à l’ENM qui commence par un moment solennel : la prestation de serment. « L’année où moi j’ai prêté serment, le président de la République est venu. Je pense que tout magistrat se souvient tout au long de sa carrière, du jour où il a mis sa robe pour la première fois. »
Une formation exigeante à l’École Nationale de la Magistrature
L’École Nationale de la Magistrature, située à Bordeaux, est l’unique établissement en France chargé de former les magistrats du siège (juges) et du parquet (procureurs). Elle propose une formation d’une durée de 31 mois, mêlant théorie et pratique : stages en cabinet d’avocat, scolarité intensive, et immersion dans les tribunaux.
Agathe décrit une formation « très dense et de très grande qualité », faite de cours en petits groupes, de conférences, et de rencontres avec des professionnels variés (magistrats, psychologues, médecins légistes, etc.). « On apprend aussi bien les fonctions civiles que les fonctions pénales. » C’est là qu’elle découvre le métier de juge des enfants, qui l’attire particulièrement.
Pour Agathe, le métier de magistrat est avant tout un engagement. « On prend des décisions, on a devant nous souvent l’affaire d’une vie. Il faut être en paix avec le fait que la décision qu’on prendra ne satisfera pas tout le monde. » Elle souligne l’importance du doute comme outil d’évolution : « Douter, c’est aussi une grande force d’un magistrat. » Malgré les sacrifices, elle affirme que cette reconversion en valait la peine.
Pour en savoir plus sur son histoire, écoutez son podcast :
*Ce témoignage a été réalisé en partenariat avec l’École Nationale de la Magistrature.
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