Par Nicolas Pigasse.
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« J’ai toujours voulu voler de mes propres ailes. Je suis artisan-savonnière à Polignac depuis 8 ans. Avant ça, j’étais responsable d’une bijouterie. Mais j’avais besoin de quelque chose qui corresponde davantage à mon éthique de vie.
Ne pas être obnubilée par le chiffre d’affaires, vouloir toujours plus…
J’ai passé un bac pro dans la vente mais c’était par défaut, pour suivre les copines. Au fond, j’ai toujours été une manuelle, proche de la terre (mes parents sont agriculteurs-producteurs). J’étais aussi douée pour le dessin. Je m’imaginais bien devenir illustratrice de bandes dessinées mais les grandes études, les Beaux-Arts, ça coûtait cher.
Il y a une dizaine d’années, je suis entrée dans une boutique de savons par hasard. J’ai aimé l’ambiance, les parfums, les couleurs… J’ai laissé mon CV. J’y ai travaillé et, de fil en aiguille, mon intérêt s’est renforcé. J’ai suivi une formation dans un centre privé de la Drôme (savonnerie solide, liquide, aromathérapie, réglementations cosmétiques), et je me suis mise à mon compte ! C’était un peu “kamikaze”. Un comptable m’a dit que c’était de la folie, les banques ne voulaient pas me suivre. Mes proches n’étaient pas trop chauds non plus, un peu inquiets même. Mais j’étais vraiment décidée. J’ai investi toutes mes économies dans le lancement de mon activité.
« J’essaie de transformer un produit brut en produit cosmétique 100 % naturel »
Les premières années ont été dures, j’ai souvent pleuré. J’ai failli arrêter 40 fois ! Encore maintenant, il m’arrive de perdre confiance. Mais les premiers clients, puis ceux qui ont suivi, m’ont donné du courage. J’ai été la première surprise par ces bons retours. Et aujourd’hui, ça marche. J’ai eu deux apprentis pendant un moment, mais en général je travaille seule. Je veux rester à l’échelle artisanale. Pas question par exemple d’ouvrir d’autres boutiques. Je distribue mes produits en vente directe à l’atelier mais aussi sur les marchés, foires et quelques salons, ainsi que chez des distributeurs bio de la région.
J’ai installé mon atelier dans une vieille maison restée longtemps abandonnée. Quand je passais devant en allant chercher mes enfants à l’école, il y avait quelque chose qui m’attirait dans cette maison : je rentrais dans la cour, je regardais par la fenêtre. Je me suis réveillée un matin et j’ai eu le déclic : c’est ici que je voulais installer ma savonnerie.
Si j’ai démarré cette activité, c’est aussi pour valoriser les producteurs locaux. Je travaille avec du lait de vache, de brebis, d’ânesse, de chèvre, et du miel. J’essaie de transformer un produit brut en produit cosmétique 100 % naturel.
Ici, en Auvergne, il y a tout : la nature, les rivières, la montagne, les valeurs. On peut réussir partout mais dans un cadre comme celui-ci, c’est encore mieux. Aujourd’hui, je me sens à ma place, épanouie. Ma famille n’est pas loin. Tout ce que j’aime est là. Mes trois enfants sont très fiers. L’avenir ? Suivre le vent. Et réaliser un savon composé uniquement d’ingrédients de Haute-Loire ! » En savoir plus.