Témoignage : Ariel Wizman

Ariel Wizman : « J’aime saisir les nouvelles opportunités qui se présentent ! »

On le connaissait journaliste, animateur, chroniqueur… On le retrouve, bien loin des plateaux de télévision, dans des bureaux, ceux de Miniso France, dont Ariel Wizman est aujourd’hui associate Marketing and Com Manager. Le trublion médiatique est devenu entrepreneur en acquérant il y a à peine deux ans, avec deux associés,  la franchise de la marque chinoise de gadgets high-tech. Étonnante reconversion ? À l’entendre, pas tant que çà…

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Propos recueillis par Cécile Fournier.

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Les Déviations : Comment se fait-il qu’on, vous retrouve, dans les affaires, vous qui avez été si longtemps journaliste et animateur  ?  

Ariel Wizman : Avec l’arrivée d’internet, les choses ont commencé à changer. J’avais une position très confortable jusque-là. Moi qui étais celui qui pouvait intervenir comme je le souhaitais le plus libre du plateau, je me sentais de plus en plus inhibé par ce qui se disait sur les réseaux sociaux. J’avais du mal à supporter certaines paroles, certaines attaques racistes ou antisémites… Et puis les médias ont commencé à se regrouper pour peser face au géant internet. Ils ont été amenés à rationaliser leurs audiences, leurs dépenses. Dans ce contexte, je me suis dit : je dois me retenir d’être léger, il y a toujours quelqu’un qui a peur, au-dessus ou en-dessous de ce que je vais faire ou dire, tout cela pour gagner moins, sans pour autant acquérir d’excellence puisque la règle désormais c’est qu’on ne donne pas forcément la parole à celui qui écrit ou qui s’exprime le mieux.

Il fallait donc faire autre chose. Cela correspond également à une évolution personnelle. On ne fait pas ses métiers d’image par hasard, on le fait parce qu’on a sans doute une faille narcissique, quelque chose que l’on veut prouver. En vieillissant ou en prenant un peu de sagesse, je ne trouve plus aucun intérêt à ce type de reconnaissance pour une raison assez simple : c’est que désormais, elle n’est plus due à ce que l’on fait. Quand j’ai commencé à Canal + les gens qui réussissaient avaient du talent, maintenant c’est la guerre des places. On ne dit pas que telle ou telle émission est bonne ou mauvaise, mais telle ou telle case fait telle audience. 

Les Déviations : Aviez-vous déjà la fibre entrepreneuriale du temps où vous travailliez en télé  ? 

Ariel Wizman : Oui, j’étais déjà un peu entrepreneur en ayant dirigé une boîte de production pendant une vingtaine d’années. Après avoir acquis quelques notions de gestion, j’ai décidé, par curiosité, de me former sérieusement. J’ai suivi une formation à l’ESCP Business School, des modules deux ou trois semaines de temps en temps. J’ai toujours été passionné d’économie – j’ai toujours lu The Economist – mais d’un point de vue philosophique. Je me suis toujours posé la question : si l’économie est bien une science, comment le sort de tout le monde est-il réglé par une science qui n’est pas appuyée sur la morale ? Le premier cours était sur « comment lire un bilan »,  j’ai adoré, j’ai trouvé ça génial.  

Les Déviations : Vous aimez apprendre… 

Ariel Wizman : Oui, que ce soit une langue ou même lire toute la bibliographie d’un philosophe. J’aime me concentrer sur des choses comme ça, et surtout sur des choses que je n’aime pas naturellement. La gestion m’avait toujours rebuté. Aujourd’hui j’apprends tellement de choses dans ce nouveau métier : le marketing digital, la logistique, les stocks, le design, la gestion des propriétés intellectuelles, le merchandising, la vente, la gestion de personnel… Et puis je rencontre des tas de gens différents et formidables desquels je serais passé à côté en restant journaliste. En fait, toute ma carrière et ma vie vont à rebours de tout ce que j’ai fait avant ! 

Les Déviations : Comment vous retrouvez-vous à acheter la franchise Miniso pour la France ? 

Ariel Wizman : À l’origine, j’avais dans l’idée de monter un concept store, orienté vers la Chine, car j’ai toujours beaucoup aimé voyager en Asie. J’ai confié à un ami que je ne me sentais pas prêt pour rédiger le business plan, malgré ma formation. C’est là qu’il m’a invité chez lui pour rencontrer deux de ses amis dont il pensait qu’ils pourraient être intéressants pour moi. Et ces deux amis, c’était donc Jonathan Siboni et Nicolas Rey, mes associés aujourd’hui. On a très vite su qu’on travaillerait ensemble. On a eu l’idée de monter un pop-store avec les produits Miniso, donc on s’est rapproché d’eux. Et c’est là qu’ils nous ont dit qu’un pop-store, ce n’était pas possible, mais qu’en revanche, on pouvait se positionner pour acquérir la franchise pour la France. On était fin 2019. On l’a obtenue alors que face à nous il y avait de grands groupes dont l’un qui avait déjà une franchise à l’étranger avec laquelle il rencontrait beaucoup de succès. Malgré tout, on y a toujours cru.  

Les Déviations : Qu’est-ce qui vous sert aujourd’hui, qui vient de votre ancienne vie ? 

Ariel Wizman : Tout : le réseau, la familiarité avec la créativité graphique, la communication…

Les Déviations : Et vous, êtes-vous toujours le même ? 

Ariel Wizman : J’ai enfin l’occasion de travailler mon humilité. Ce que je n’ai pas pu faire auparavant, car cela demande de se mettre en retrait et d’écouter les autres. Quand on passe à la télévision, d’emblée les gens pensent que vous avez un truc à dire, et ce n’est pas forcément vrai du coup vous êtes mis en avant systématiquement. Avoir un égo supérieur à ce qu’on est en réalité, ce n’est pas bon.   

Les Déviations : Les gens s’intéressaient à vous avant que vous puissiez avoir le temps de vous intéresser à eux en somme. 

Ariel Wizman : Exactement. La notoriété c’est très sympa, très agréable. On passe notre temps à faire un effort afin que les gens aient un rapport normal avec nous alors que dès le départ, il est biaisé du fait de la notoriété. Ainsi, on passe à côté de gens formidables.

Les Déviations : En avez-vous fini avec le milieu artistique ?

Ariel Wizman : Pas du tout. J’attends de stabiliser cette aventure. Il y a encore un an, nous n’avions aucune boutique. Nous en aurons trente-sept l’année prochaine. Et ce n’est pas fini. Nous avons d’autres projets notamment celui du concept store, mais j’espère aussi revenir à des choses plus artistiques. Ce ne sera pas dans les mêmes conditions qu’avant. Je ne dépendrais plus du regard des gens, ni d’un directeur de programme qui a peur de son supérieur et qui me dit de faut faire ça, faut dire ça… Ce sera juste pour le plaisir. 

Les Déviations : Est-ce qu’on peut dire que dans votre vie, vous n’arrêtez pas de dévier ? 

Ariel Wizman : Si vous voulez dire par là que ma vie a consisté en de la distraction au sens pascalien du terme, oui. Mais cela reste ce qu’on appelle en grec, la Skholè, le loisir sérieux, c’est-à-dire jouer avec le désir d’apprendre. Autrement dit, je fais les choses sérieusement, mais comme un enfant. Ce que j’aime : saisir les opportunités qui se présentent. Miniso en était une. 

Les Déviations : Vous sentez-vous légitime dans ce nouveau rôle ? 

Ariel Wizman : C’est en bonne voie.

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