Catherine Testa : une déviation par l’optimisme

J’étais convaincue, cependant, que l’on n’allait pas pouvoir transformer les entreprises et faire bouger les mentalités avec le seul discours : « attention, cela ne marche plus ! »

Une optimiste et une avant-gardiste née ! Catherine Testa a créé en 2017, le média l’Optimisme. Passionnée par la vie des entreprises et le bien être au travail, bien avant que cela ne soit « tendance », elle a lancé ce qu’elle définit être « le premier réseau de relations de qualité de travail au sein des entreprises. Catherine Testa qui a installé sa structure à Appeville en Normandie après avoir sillonné le monde entier professionnellement, participe ce 8 juin à la conférence qui est organisée par l’Attitude Manche et à laquelle Les Déviations sont partenaires.  Le thème : La Manche, nouvel eldorado du changement de vie. (Lire le portrait de Charles Yvon, et découvrir la vidéo de Stéphanie Maubé qui participeront avec Laurent Moisson aux débats- Nous l’avons rencontrée à cette occasion. Interview.

La Manche-Les Déviations
La Manche eldorado du changement de vie : pour s’inscrire ( ICI) – Entrée gratuite-
  • Les Déviations : Catherine, pouvez-vous vous présenter ?
  • Catherine Testa :  Je viens du milieu du développement durable. Je suis diplômée dans ce domaine à une époque où l’on n’en parlait quasiment pas. J’ai obtenu en 2005 à l’Université Paris  Cité un master 1, Science et génie de l’environnement. Et en 2007, j’ai passé dans la même fac un master 2, Management de l’environnement des collectivités et des entreprises, diplôme délivré par l’Ecole National de Ponts et Chaussées et Paris 7. Je n’étais pas écologiste de nature, même si je suis issue d’une famille d’agriculteurs. Pas militante non plus. Je m’étais orientée dans cette voie par pur bon sens. J’avais déjà intégré bien avant l’heure les enjeux de l’entreprise dans son territoire avec ses salariés en lien avec l’environnement. C’était une démarche authentique.

“Pessimiste des systèmes, mais optimiste des gens !”

  • Les Déviations : comment en êtes-vous venue à l’optimisme ? 
  • CT : J’ai démarré ma carrière à l’ADEME en région Paca – l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie-en intégrant cette structure par hasard et par curiosité. Je suis revenue à Paris. J’ai travaillé pour un patron qui avait créé le premier réseau de développement durable et de l’énergie entre 2008 et 2015, Agrion.  J’étais opérée en France, à New-York, à San Francisco,  et un peu en Allemagne. J’observais ce qui se passait dans les pratiques RSE. Là encore, ce mot n’existait quasiment pas ! Ou il n’était pas dans tous les esprits comme il l’est aujourd’hui ! J’ai coutume de dire que je me suis faite rattrapée par l’éco-anxiété. Vous savez, cette notion de « tout ça va dans le mur ! » J’avais identifié l’artificiel dans les pratiques. J’étais convaincue, cependant, que l’on n’allait pas pouvoir transformer les entreprises et faire bouger les mentalités avec le seul discours : « attention, cela ne marche plus ! » Je ne m’y retrouvais plus, c’est comme cela que j’ai fait ma propre déviation en arrivant et en me consacrant à la notion de l’optimisme. J’ai vécu aux US où cette notion est plus présente. En France, on a un côté très fataliste. J’ai voulu montrer que l’on pouvait tous agir. J’étais pessimiste des systèmes mais optimiste des gens. C’est comme cela que j’ai créé le site l’optimisme.com et, très vite, le monde de l’entreprise est venu nous chercher en 2017, est né loptimisme.pro

“J’avais tout ! Le meilleur !”

  • LD : Vous n’avez pas hésité à changer de vie et à renoncer même à un très bon job 
  • CT : J’avais tout ! Le meilleur ! En général, lorsque l’on évoque un changement de vie, on raconte un beau burn-out. Moi je m’éclatais ! Je vivais entre Paris et NY, mes collègues, mon patron étaient mes potes.  J’ai vécu à Lisbonne et à Barcelone.  Intellectuellement, je n’avais aucun problème dans ce que je faisais, et c’était même très intéressant. Mais j’ai osé changer pour  mettre en avant ceux qui agissent car j’en avais marre qu’on ne les voit pas. Cela a été le prélude. Je me suis lancée sans rien y connaitre, je ne suis pas journaliste. Mais je voulais redonner ces lettres de noblesse au mot optimisme. C’était le pré-requis à cette action, à cet engagement.  J’ai démarré avec 0 euro en poche.  Après avoir donné ma démission, je suis partie en Espagne, où j’ai fait une pause de 8 mois. J’ai lancé from scratch toute seule avec 300 euros mon site sur wordpress – Aujourd’hui, cela coûte beaucoup plus cher avec les newsletters. – rires- On m’a très vite interpellé sur l’optimisme dans l’entreprise. Je connaissais bien ce monde et cette thématique. C’est comme cela que je suis arrivée au sujet du collaborateur acteur dans l’entreprise et de la notion de sens, d’optimisme, de qualité de vie au travail.

“Délocaliser mon équipe a été la meilleure décision de ma vie !”

Aujourd’hui tout le monde en parle mais il y a cinq ans, on s’en foutait. Je me suis donc intéressée à la qualité de vie au travail. Nous avons créé un véritable réseau  à ce niveau. J’ai mis en relation des gens, des structures qui ne se croisent jamais et qui sont concernés par cette thématique autour de la qualité de vie au travail et du bien être.

  • LD : L’aventure démarre à Paris, ville que vous quittez pour une petite commune de la Manche après le premier confinement…
  • CT : après avoir lancé le site, j’ai très vite recruté ma première stagiaire qui est devenue ma “première Cdi » et qui aujourd’hui est ma première employée. Nous sommes à cette date, 7 au total et nous faisons bosser de nombreux prestataires extérieurs. La demande était bien là. Je suis, par ailleurs, auteure. J’aime écrire. J’ai une boite malgré moi, j’ai structuré des projets car cela me paraissait avoir du sens mais je ne suis pas une entrepreneuse dans l’âme. Nous avions deux bureaux, un à Paris et un deuxième à Bordeaux. Le covid est passé par là ! Lors du premier confinement, nous sommes tous partis dans nos familles respectives. Je suis retournée à Appeville près de Carentan dans la Manche. Mes parents avaient une grande maison. Je me suis mise à bricoler et à retaper un bâtiment. On a constaté que cela fonctionnait bien en télétravail et que nous étions heureux.

“Ce modèle, un peu plus lent, un peu plus décalé, mais tellement stimulant, nous convenait bien. “

  • CT : Nous avions une boutique, lieu de vie à Paris. J’ai eu le sentiment d’avoir déjà franchi une étape en ne voulant pas le conserver. Deux personnes de l’équipe ont déménagé en Normandie dans le cadre d’un contexte de vie au même moment. Ce modèle, un peu plus lent, un peu plus décalé, mais tellement stimulant, nous convenait bien. J’ai donc basculé le bureau parisien à Appeville. Toutes les boîtes ne peuvent pas faire cela, il faut réfléchir à la prévention des risques. Les hasards ont bien fait les choses. 4 personnes travaillent régulièrement à Appeville.  Je viens de recruter dans une école de Caen, une lorraine qui avait vécu aux Philippines et Edimbourg et qui adore sa nouvelle vie dans la Manche ! Il reste toujours le bureau de Bordeaux également. Les rendez-vous m’empêchent encore d’être à temps complet en Normandie. J’y suis à 75% et 25% à Paris. Je donne encore des conférences dans les entreprises pour lesquelles je travaille. 

“Mon équipe démontre son efficacité en télé travail full time”

  • LD : que vous a apporté cette expérience ?
  • CT : Je n’avais jamais vécu dans ma vie adulte en Normandie. J’ai redécouvert le territoire, je rencontre des gens passionnants. Lorsque j’ai décidé de fermer le bureau parisien, j’ai pensé que c’était peut être un coup de sang mais en fait c’était la meilleure décision que j’ai prise dans ma vie ! Les gens me savaient attachée à cette région. Mon équipe démontre son efficacité en télé travail full time. Nous avons une qualité de vie que l’on n’a pas forcément ailleurs. Ou encore cette notion de simplicité que l’on ne retrouve pas dans d’autres régions.

– LD : Avez-vous rencontré des difficultés ?

  • CT : Je n’ai toujours pas la fibre et pour faire des rdv, je rentre parfois à Paris pour cette raison. Il m’est même arrivé de louer un appartement à Granville ! De même le wifi dans le train pour bien travailler est hyper important. Il ne fonctionne pas toujours partout… Ce qui manque également, ce sont des espaces de coworking dont je suis très friande, des tiers-lieux. Il n’y en a pas dans un rayon pas trop éloigné du bureau. Je me suis demandée si je n’allais pas en lancer un mais il faut que j’arrête de multiplier les projets ! J’ai le réseau pro, mais je me demande parfois comment on peut rencontrer de nouvelles personnes quand on arrive et qu’on est timide. Il y a peu de meetups. Ce qui rend les gens heureux, c’est le lien.

“Vue de la Manche, la terre est bien ronde comme le chanterait le normand OrelSan…”

  • LD : À l’inverse, quels sont les avantages et les points forts de la Manche ? 
  • CT :  la qualité de vie !  Le fait de s’y sentir protégée, cette notion rassurante de plein emploi, d’attractivité. Les gens sont sympas. Le cadre de vie est très cotonneux. Sans parler des côtes qui font le bonheur des sportifs et des amateurs de la nature. Les personnes qui travaillent dans des entreprises sont aussi des acteurs des territoires, c’est ce que l’on a pas assez mis en avant. J’ai eu la chance de crapahuter dans de nombreux pays, mais j’ai cet émerveillement, cet enthousiasme  de la redécouverte chaque fois que je reviens ou que je reste sur mes terres ! Vue de la Manche, la terre est bien ronde comme le chanterait le normand OrelSan…
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Catherine Testa est l’auteur de plusieurs ouvrages dont :

  • Oser être soi-même au travail. -Michel Lafon-
  • Osez l’optimisme – Michel Lafon-
  • Synchronicité – Michel Lafon

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