De l’enfance modeste à la passion des mots
Né de parents haïtiens ayant immigré en France, Certe Mathurin grandit dans des HLM de la région parisienne. Son enfance, marquée par la précarité, ne lui apparaît pourtant pas comme telle sur le moment : « Je ne me rendais pas compte que j’avais une enfance difficile. Sur le moment, tu n’as pas de console de jeu, tu ne pars jamais en vacances, mais les gens autour de toi, c’est pareil. » Très tôt, il développe un amour pour les mots, fasciné par les dictées de Bernard Pivot qu’il partage avec son père.
Sans vocation précise, il suit un parcours généraliste : bac ES, DUT technique de commercialisation, puis école de commerce. Il enchaîne les études sans passion, admettant : « J’ai fait quatre ans d’école de commerce, j’ai rien retenu. » Son passage en école de commerce lui apprend toutefois une leçon essentielle : l’importance du réseau. « Ce n’est pas que je suis plus con qu’eux, c’est que je ne connais personne en fait. »
Il débute sa carrière dans le marketing, chez Groupon puis dans la presse, où il apprécie le lien avec l’écriture. Mais rapidement, le manque de sens le rattrape. Avec ses amis, il décide de quitter le monde de l’entreprise pour lancer un restaurant à Paris. « On se mentait à nous-mêmes, on faisait notre taf, on était censés avoir réussi, mais on s’en foutait de ce qu’on faisait. »
Le déclic de la scène et les débuts dans l’humour
C’est dans ce restaurant, doté d’une salle à l’étage peu exploitée, que Certe Mathurin fait ses premiers pas sur scène. Pour rentabiliser l’espace, lui et ses amis organisent des concerts et des soirées stand-up. « Je suis monté sur scène pour la première fois dans le restaurant et c’était nul, mais j’ai aimé l’expérience. J’ai eu envie de comprendre pourquoi je n’avais pas réussi. » Ce défi personnel devient une passion. Il commence à écrire, à théoriser l’humour, à comprendre que faire rire ses amis n’est pas la même chose que faire rire un public inconnu : « Tu crois que cette référence fait rire tes potes, mais ces personnes-là ne te connaissent pas, pourquoi elles riraient ? »
Peu à peu, il professionnalise sa démarche. L’humour prend de plus en plus de place dans sa vie, même si les débuts sont difficiles financièrement. Pourtant, Certe Mathurin n’abandonne pas. « Je ne pouvais pas en vivre, c’était galère. Mais l’humour, comme beaucoup d’activités artistiques, si tu ne donnes pas 100 %, il ne te donne pas 100 %. »
Pour s’adonner pleinement à sa passion, il enchaîne les petits boulots : livreur à vélo le matin, professeur d’échecs l’après-midi, humoriste le soir. « Il fallait que je puisse avoir des activités qui me permettraient de mettre l’humour en numéro 1. » Il joue partout où il le peut, parfois pour 5 ou 8 euros, parfois à perte.
L’humour comme vecteur d’impact
Avec la montée en puissance des comedy clubs et l’explosion du stand-up, notamment après le Covid, le métier se professionnalise. « Aujourd’hui, les comedy clubs te paient. Ça s’est professionnalisé de manière incroyable. » Certe Mathurin devient un habitué des scènes parisiennes, croisant la route d’autres humoristes de sa génération, et construit peu à peu sa notoriété.
Aujourd’hui auteur de six spectacles, Certe Mathurin voit dans l’humour un moyen d’avoir un impact positif. Il aborde dans ses spectacles des sujets de société, comme l’écologie, avec une volonté de toucher un public large et de provoquer la réflexion par le rire : « L’humour, c’est un miroir de la société. »
Pour lui, le stand-up est avant tout une affaire d’humanité et de sincérité : « Si tu ne parles pas de toi, ça ne va pas intéresser les gens. » Son parcours, fait de doutes, de remises en question et de passion, témoigne de la force de la persévérance et de la capacité à transformer les difficultés en moteur de création.
Pour en savoir plus sur son histoire, écoutez son podcast :
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