Un métier choisi… par défaut
Adolescent, Dominique se voyait électromécanicien ou électrotechnicien. Mais lorsqu’il se présente au lycée professionnel, il n’y a plus de place dans les filières qu’il visait. Sa mère lui parle alors d’une nouvelle formation : constructeur en bâtiment. « Tu seras chef d’équipe à 19 ans, chef de chantier à 21 ans », lui promet-on. Le titre flatte son ego. Huit jours plus tard, il découvre la réalité : il est… maçon.
À l’époque, l’image des métiers manuels est déjà ternie. Ses professeurs le convoquent pour convaincre sa mère de l’orienter ailleurs : « C’est un gâchis, il a des capacités, il faut qu’il fasse autre chose. » Cette vision, selon lui, reste encore aujourd’hui profondément ancrée dans l’orientation scolaire.
La révélation des Compagnons du Devoir
Après un CAP de maçon puis de tailleur de pierre, Dominique découvre le compagnonnage. Formation d’excellence, culture du métier, fraternité… Il s’y engage pleinement, enchaîne les cours du soir, les stages, et effectue son Tour de France.
Chez les Compagnons, il apprend la rigueur, le goût du travail bien fait, et la fierté de laisser une trace tangible. « Construire une maison, restaurer un monument… Ce sont des choses qui restent, au-delà de ma petite existence. »
Entreprendre, puis se reconstruire
Après une dizaine d’années, Dominique crée sa propre entreprise. Mais en 2001, un drame le frappe : la mort de son fils dans un accident de la route. Brisé, il met fin à son activité et cesse de travailler pendant quatre ans.
Peu à peu, il retrouve un chemin professionnel, d’abord chez Oger International, puis au CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment). Il y prend la direction des établissements d’Île-de-France, coordonnant équipes, sécurité, et stratégie immobilière.
La transmission comme mission
En 2012, le CSTB co-crée avec l’École des Ponts un master spécialisé « Immobilier et Bâtiment Durable ». En 2019, lorsque le poste de directeur se libère, Dominique postule et est retenu parmi vingt candidats.
Depuis 2020, il forme de jeunes professionnels aux enjeux techniques, réglementaires et environnementaux du secteur. Il insiste sur l’importance de la veille, de l’adaptabilité et du réseau. « Le bâtiment, c’est 170 milliards d’euros par an, dont 10 à 15 % de gaspillage. On sait comment faire autrement. Ce qui manque, ce sont les bras. »
Changer l’image des métiers manuels
Pour Dominique, le défi est aussi culturel. Il milite, notamment avec l’Académie des technologies, pour redorer le blason du bâtiment et combattre les préjugés qui persistent dans l’Éducation nationale. « On n’entre pas dans le bâtiment par échec, mais par choix ».
Face aux enjeux environnementaux, il voit dans ces métiers un combat noble et concret : « On abrite des gens, on améliore leur quotidien. Ce n’est pas virtuel. »
*Ce témoignage a été réalisé dans le cadre du projet FARE (Former les Acteurs de la Rénovation Énergétique).