Charles Pépin : « Le capitalisme ne permet pas à tous les talents d’avoir des lieux d’expression »

Philosophe, romancier, auteur de plusieurs best-sellers, Charles Pépin est expert depuis plus de 25 ans du monde du travail.

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Charles Pépin

À l’occasion de la sortie de notre magazine N°2, nous vous proposons de découvrir certaines de nos histoires. Aujourd’hui, nous vous parlerons de Charles Pépin. Philosophe, romancier, auteur de plusieurs best-sellers*, il est expert depuis plus de 25 ans du monde du travail et de la reconversion professionnelle.

Les Déviations : Pourquoi pouvons-nous être confrontés à une désillusion professionnelle au cours de notre carrière ?

Charles Pépin : Plusieurs motifs de désillusions sont possibles. Le premier s’explique par la confrontation à une personnalité toxique au travail, souvent notre supérieur. On peut être dans un endroit où l’on adore son métier, on peut avoir fait le bon choix et faire tous les efforts possibles, si on a un boss haineux et pervers, on fait forcément face à une désillusion. Dans ce cas-là, il faut essayer de partir le plus vite possible.  Souvent, une question revient : « Mais qu’est-ce que je peux faire ? » Avec cette réponse : « Il n’y a rien à faire. » Les gens qui sont dans cet état d’esprit ne changeront pas et ils mettront trop de temps à se faire virer. Il faut savoir partir, parfois vite.

Charles Pépin : Le second motif de désillusion vient du fait que les qualités intellectuelles développées pendant les études, ne sont pas demandées dans le monde du travail. Cette désillusion est très fréquente chez les jeunes qui se rendent compte que leur métier n’est pas assez intéressant au regard de leurs qualités intellectuelles. Ici, on comprend que le capitalisme détruit les cerveaux et les potentiels des gens. Il n’est pas une machine qui permet à tous les talents d’avoir des lieux d’expression.

« Je ne comprends pas, j’ai fait HEC, j’ai un bon diplôme et là on me demande juste de cocher des cases »

CP : Depuis 25 ans, j’interviens dans les entreprises et j’ai réalisé que ce capitalisme a besoin du sous-emploi des facultés intellectuelles. Beaucoup de gens peuvent faire leur métier correctement, sans être vraiment convoqués dans leur véritable talent. C’est une vraie désillusion. Un jeune actif peut ainsi témoigner : « Je ne comprends pas, j’ai fait HEC, j’ai un bon diplôme et là on me demande juste de cocher des cases, de faire du reporting, on ne me demande pas d’avoir du talent. Quelle désillusion ! » C’est très fréquent. Et c’est un réel problème.


CP : Enfin, le troisième motif est celui de la question sociale. Très souvent, on fait un métier avant tout par besoin de reconnaissance. Le vernis social qui colle à la casquette de notre statut professionnel nous caractérise, et nous sommes dans l’illusion. On réalise seulement quelques années plus tard que cette reconnaissance, acquise ou pas, ne suffit pas à nous rendre heureux.

LD : Le télétravail a-t-il augmenté les cas de burnout ?

CP : Les pressions liées au télétravail sont multiples. Il y a cette logique de contrôle à distance et donc de fausse-liberté qui effectivement, font croître les burnout. Parallèlement, il y a plus de recherche d’un sens de son métier qu’avant. Et quand on ne le trouve pas, on le vit mal de beaucoup travailler. 

CP : Le burnout lui, arrive quand il y a beaucoup de travail mais que ce travail ne nous satisfait pas. Cette insatisfaction est liée au fait que l’on ne s’y retrouve pas en termes de sens, de valeurs. Le travail ne nous ressemble pas. Aussi, une peur de l’avenir est directement liée à une vague de burnout. En effet, cette peur limite celles et ceux qui devraient quitter leur travail en essayant d’en trouver un autre et qui n’osent pas le faire, pour garder cette sécurité.  Le travail n’étant cependant pas en adéquation avec eux, ils finissent par faire un burnout. 

LD :  Quels sont les pièges à éviter pour ne pas reproduire les mêmes erreurs après une reconversion ?

CP. Les erreurs problématiques sont celles que l’on reproduit à l’identique. La seule manière d’éviter cette erreur serait donc de la faire, et une fois faite, de se faire accompagner. Comment ? Il n’est pas aisé de trouver seul en soi les éléments clés pour qu’on en comprenne le sens. Il est donc conseillé de faire appel à du coaching, à une thérapie, à une psychanalyse, pour désamorcer une logique de répétition.


LD :  Quelles sont les clés pour réussir une reconversion ?

CP : La clef primordiale est de se reconvertir dans un champ où on a un vrai désir et une vraie envie. Il faut essayer de trouver l’alliance de l’effort de la volonté, et de la fidélité au désir profond. Souvent, on veut très fort, mais à côté de son vrai désir. On va être dans l’entêtement, dans la crispation, et on finit par craquer. Si on se reconvertit après un burnout, il faut essayer de se demander : « De quoi j’ai envie ? Qu’est-ce qui me ressemble ? Qu’est-ce qui rassemble mes forces dans une direction ? » 

CP : Si je suis sur l’axe de mon envie, les efforts de ma volonté vont moins probablement créer un burnout, bien que ça puisse être le cas sous un excès de pression. Mais l’expérience montre que quand il y a beaucoup de pression, mais de l’envie et du désir, il y a quand même beaucoup moins de burnout. »

* Charles Pépin a publié aux éditions Allary « Les Vertus de l’échec », « La confiance en soi, une philosophie », et plus récemment « La rencontre, une philosophie. »

© Allary Editions

Par Victoria Guillomon

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