Philosophe et spécialiste des épreuves de la vie, elle publie « Rupture(s) »* avec cette conviction qu’il est « vital de se débarrasser d’un faux moi ». Le bonheur est-il toujours au bout de l’aventure ? Pas si simple…
« Quand le changement est important, il doit y avoir quelque chose de l’ordre du choc émotionnel ou psychique. »
Dès la première page de son essai, Claire Marin affirme « la rupture est déchirure ». Déchirure ne signifiant pas nécessairement qu’elle soit visible ou fracassante. Et de préciser : « il y a véritable rupture lorsque s’opère une profonde transformation des schémas d’action et de pensée du sujet ». Elle ferait même partie de nous. « Notre définition est tout autant dans nos bifurcations que dans nos lignes droites », écrit-elle. Bien entendu, tout cela ne se fait pas sans heurts. « Quand le changement est important » constate-t-elle « il doit y avoir quelque chose de l’ordre du choc émotionnel ou psychique (…) Ce n’est pas si simple. On garde des traces ou des cicatrices de ce qu’on perd ».
« Il est vital de se débarrasser d’un faux moi. »
Alors qu’est-ce qui nous pousse à rompre avec ce que l’on a connu ? À changer de voie ? À dévier ? « Même avant d’être l’idée d’être dans un accomplissement de soi, on recherche du sens de ce qu’on fait ». Claire Marin ajoute : « Il faut parfois bifurquer quand le chemin emprunté semble tracé d’avance et n’est plus le choix d’une découverte personnelle ». En réalité, la rupture s’imposerait d’elle-même d’après l’écrivain Charles Juliet que la philosophie aime à citer : « elle s’impose comme condition de l’advenue du moi véritable. Il est vital de se débarrasser d’un faux moi, entièrement façonné de l’extérieur et imposé avec beaucoup de rigidité à l’enfant ».
« La maladie peut être une manière de dire ce qu’on n’arrive pas à dire autrement. »
Mais cela ne serait pas accepté de tous. « Celui qui part a toujours (…) le sentiment qu’il ne sera pas compris, car ses aspirations sont tellement différentes de l’endroit d’où on vient », explique Claire Marin. Il pourrait même rebrousser chemin face aux jugements de l’entourage, comme elle l’expliquait au micro de Laurence Vély dans le podcast les Déviations* : « On n’ose pas le dire parce qu’on entend : “tu n’as pas fait ses belles études pour rien quand même ?!” Parfois des études chères… L’enfant se sent obligé de rembourser sa dette réelle ou symbolique ». Certains renoncent et c’est le burn-out. « La maladie peut être une manière de dire ce qu’on n’arrive pas à dire autrement, un besoin de passer par la matérialisation pour faire accepter cette décision incompréhensible de l’extérieur, qui pouvait apparaître comme un caprice ».
On peut se tromper, on peut faire le mauvais choix
Bien qu’une rupture puisse nous permettre d’être plus en phase avec ce que nous sommes, elle n’est pas toujours promesse de vie plus belle comme le rappelle Claire Marin : « Souvent de façon un peu simpliste, elle est liée à l’idée du bonheur, mais on peut rompre et on peut se tromper, on peut faire le mauvais choix, on peut ne pas réussir à développer celui qu’on voulait être. Ce qui m’agace dans ce type de représentations, c’est d’idéaliser la rupture comme si elle était magique, qu’on va être enfin capable de réaliser son moi meilleur plus épanoui, plus altruiste et là y’a une part d’illusion ».
* « Rupture(s) » (éd. l’Observatoire)
Par Cécile Fournier.