Les Déviations : Comment vous est venue l’envie de peindre des toits en blanc ?
Ronan Caradec : En 2012, je travaillais dans le domaine de l’installation électrique. Je comptais parmi mes clients un magasin Leclerc. Un jour, le responsable m’a convoqué avec deux autres prestataires pour nous demander de l’aider à réaliser 15 % d’économies d’énergie. Ensemble, nous avons commencé par passer en revue les différents postes de consommation et, assez vite, nous avons compris qu’il fallait agir sur l’enveloppe du bâtiment, et plus particulièrement sur le toit. L’aventure a débuté à ce moment-là, et Cool Roof est née trois ans plus tard.

Les Déviations : En quoi consiste cette solution ?
Ronan Caradec : Si vous vous attendez à une technologie révolutionnaire, vous allez être déçus ! Nous n’avons fait qu’apporter de la connaissance à un savoir-faire vieux de 25 siècles, inventé par les Grecs : revêtir les toits de peinture blanche. Contrairement au noir qui absorbe la chaleur, cette couleur renvoie les rayons du soleil vers l’atmosphère. La température à l’intérieur des bâtiments diminue donc mécaniquement.
Cool Roof France est issue de la low-tech. Nous avons développé une peinture acrylique sans composés organiques volatils, compatible avec les eaux fluviales, fabriquée à partir de coquilles d’huîtres. Ce matériau insolite nous a permis de réduire fortement la proportion de dioxyde de titane, un composé non naturel et très énergivore.

Les Déviations : Quel est l’impact de votre solution sur les bâtiments ?
Ronan Caradec : Nous travaillons sur trois types de bâtiments. D’abord, ceux qui sont climatisés. Lorsque nous appliquons notre solution, la réduction de la climatisation oscille entre 30 et 50 %. Ensuite, les usines et bâtiments non climatisés qui accueillent du public ou hébergent des bureaux. Mais notre solution est également préventive : si la température baisse mécaniquement, il n’y aura pas lieu d’installer des climatiseurs lors de canicules.
Enfin, les bâtiments qui hébergent des process industriels et qui ont besoin de maintenir des conditions opérationnelles. Voilà pour l’impact direct. Mais il existe aussi un impact indirect. La plupart des toits, notamment ceux des grandes surfaces, sont recouverts d’un revêtement bitumineux d’étanchéité. Il s’agit d’une sorte de couverture facile à poser, adaptée aux surfaces plates ou à faible pente. Très étanche, le bitume de toiture est en revanche très peu performant sur le plan thermique. L’été, sa température peut monter à 80 °C, ce qui entraîne une dilatation. L’hiver, il se rétracte. Ces mouvements mécaniques raccourcissent inévitablement sa durée de vie.
Malheureusement, cette couche bitumineuse n’est pas recyclable : elle finit donc enfouie. Or l’application de notre solution divise par deux la température de surface. Le matériau est donc moins soumis aux dilatations, et sa durée de vie est allongée de 50 %.
Les Déviations : Peindre les toits en blanc aide à lutter contre les îlots de chaleur urbains. Peu de plans locaux d’urbanisme (PLU) autorisent toutefois les habitants à changer la couleur de leurs tuiles. Pensez-vous que cette situation va évoluer ?
Ronan Caradec : L’an dernier, nous avons réalisé un chantier chez un particulier, à Saint-Herblain (Loire-Atlantique), qui savait que l’application d’une peinture blanche sur son toit était en totale violation du PLU. Le client a toutefois invité la maire de sa commune à visiter le chantier pour lui présenter les avantages de notre solution. Suite à cette visite, cette élue a décidé de changer la réglementation !
L’idée n’est pas d’aller jusqu’à peindre en blanc la toiture de Notre-Dame. Néanmoins, des millions de mètres carrés de toitures pourraient être blanchis. Il faudra du temps pour faire évoluer les mentalités, mais je pense que nous y arriverons.

Cool Roof France, une entreprise engagée
Dès sa création en 2015, les dirigeants de Cool Roof France ont choisi d’adopter le statut d’Économie sociale et solidaire (ESS). « Envisager uniquement la question environnementale ne nous semblait pas raisonnable. La structure s’est donc très vite dotée d’un pôle solidarité », justifie Ronan Caradec.
Soucieuse de transmettre son savoir-faire, l’équipe dirigeante a effectué deux missions au Sénégal, à l’issue desquelles des « applicateurs » (ouvriers appliquant la peinture) et des chefs de chantier ont été formés. Bien sûr, des milliers de mètres carrés de toiture ont été « cool roofés ».
L’entreprise engagée propose également, sur son site web, une recette pour fabriquer soi-même une application éphémère inspirée de son produit phare. Sans polluant, cette solution permet de se protéger des fortes chaleurs estivales, à moindre coût.
Par Sandra Franrenet
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