Danielle Rapoport : L’aventure au coin de la ride…

À l’occasion de la sortie de notre magazine N°2, nous vous proposons de découvrir certaines de nos histoires. Aujourd’hui nous vous parlerons de Danielle Rapoport.

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À l’occasion de la sortie de notre magazine N°2, nous vous proposons de découvrir certaines de nos histoires. Aujourd’hui nous vous parlerons de Danielle Rapoport. A l’injonction du «bien vieillir», «terreau d’un concept marketing visant les « seniors » à bon niveau socio-culturel », Danielle Rapoport psycho-sociologue préfère opposer la notion de «maturation positive». Rompre la mécanique familière pour explorer de nouveaux chemins. Tout en conservant et enrichissant l’estime de soi face à un regard social stigmatisant.

« Etre « vieux » ou « vieille » renvoient à des images souvent associées à un regard social délétère. »

En me lançant dans l’aventure de l’écriture d’un livre autour du vieillissement – « L’aventure au coin de la ride » (Editions Eres) – j’avais pris le parti pris de l’objectivité (interviews, sources, documentaires) mais aussi celui de m’inspirer de mon vécu personnel. Je ne savais pas que cela constituerait un tournant dans ma vie et de ma perception plus réaliste et réactive de mon propre vieillissement. Ce qui n’est pas une mince affaire, mais elle vaut le jeu de l’apprentissage de soi.

Comme parti pris et conviction, l’avancée en âge dans son acception positive est un processus plutôt qu’un état d’être : être « vieux » ou « vieille » qui renvoient à des images souvent associées à un regard social délétère et une estime de soi en berne. Le processus comme mouvement linéaire en Occident ou cyclique dans la culture asiatique, s’oppose au statisme qui fige dans l’imaginaire et le réel, ceux qui « tombent » en maladie, en dépendance et dans l’anti-chambre de la mort. 

« Plutôt vieillir comme du bon vin, rondement et désirablement. »

Ma propension à la résilience m’a fait adopter le bel adage qui, malgré l’inéluctable vieillissement, «interdit d’être vieux*». Préférer le mouvement à l’identification de soi à une case/cage, lutter contre la discrimination entre «jeunes» et vieux », entre actifs/agiles/ performants/digitalisés/inclus, et «inaptes/ralentis et hors jeu ». Braver les stigmates de l’âge et donner au «vieillir» une connotation positive de projet, de construction de soi jusqu’au au bout, pour casser les stigmatisations du regard social qui affectent l’estime de soi. Nous deviendrions des individus singularisés par leur maturation positive. Nous évitons cette injonction du «bien vieillir», terreau d’un marketing puissant alimentant la «silver économie». Plutôt vieillir comme du bon vin, rondement et désirablement.

Mais est-ce si facile que ça ? Les ruptures de vie jalonnent nos parcours à partir de la quarantaine. Divorces, entrée en «seniorisation » professionnelle, départ des enfants, retraite, petits et grands maux, bricolage de sens pour les années qui restent. Il n’est pas donné à tous de construire économiquement,  et par ses modes de vie qualitatifs,  des futurs possibles et joyeux. Et ne sommes-nous pas tenté(e)s, un jour ou une nuit de déprime et de ras-le-bol, de déclarer forfait à cette volonté de vieillir dans la performance en adoptant des critères du jeunisme en vigueur et à  cette quête forcenée de séduire encore et toujours. De choisir l’illusion du « c’était mieux avant ».

« Renoncer n’est-ce pas sculpter sa vie et ses désirs pour mieux nourrir le devenir de soi ? »

Oui, enfant je voulais être chef d’orchestre, médecin, pianiste, faire de la danse et surtout arrêter le temps pour ne pas vieillir ni mourir. Ne pas renoncer. Mais la taille des arbres fait fructifier, sous condition de renoncer à des branches, pour une maturation plus harmonieuse de l’ensemble. « Renoncer » n’est-ce pas sculpter sa vie et ses désirs pour mieux nourrir le devenir de soi ? Au « encore plus » choisir le « encore mieux.  Nager ou courir moins vite mais avoir une conscience aigüe de ses mouvements… et si le miroir ne réfléchis plus sa jeunesse qu’il réfléchisse différemment !

« Le vieillissement draine la problématique même du changement. »

Et la question de l’âge ? N’est-ce pas qu’un chiffre qui ne reflète en aucune mesure le temps subjectif ? Et choisir de répondre à la question « quel âge as-tu ? », « maintenant j’ai cent ans, mais hier j’avais 7 ans et ce soir peut-être un peu plus, ou moins, qu’importe !» Des recherches psycho-physiologiques évaluent le décalage entre âge légal et perçu entre cinq et quinze ans, perception corrélée aux effets de l’environnement et de l’état du moment. L’allongement de l’espérance de vie offre des années de vie en plus pour tracer gaillardement son chemin.

Le vieillissement draine la problématique même du changement. Changer n’est pas facile, qui troque du familier contre de l’inconnu. Mais si l’on choisit d’en risquer le jeu, mille expériences rompent la mécanique familière pour des chemins de traverse. Le corps parle une langue à apprendre et apprivoiser, et ces métamorphoses  enrichissent sa relation à soi et aux autres, pour se couler dans un monde lui-même en mutation.  

*Rabbi Nachman de Braslav.

© Govin Sorel

Par Danielle Rapoport.

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