Une vocation tardive mais révélatrice
Aujourd’hui, la coiffure est une évidence pour Djeynaba. Pourtant, enfant, elle n’y voyait qu’une corvée. Au Sénégal, prendre soin de sa chevelure est une norme sociale, mais la jeune fille, hypersensible, redoute les longues heures de tressage imposées par sa mère. « À 14 ans, j’ai décidé de coiffer seule mes cheveux pour maîtriser la douleur et faire ce que je voulais », confie-t-elle. Son talent se fait rapidement remarquer, et son entourage commence à solliciter ses services. Pourtant, envisager d’en faire une carrière semble inconcevable, surtout aux yeux de son père. « Pour lui, ce n’était pas un métier », raconte Djeynaba. Après de longues négociations, elle réussit à emprunter cette voie.
L’ombre du salariat : entre sacrifices et désillusions
Dans les années 90, elle fait son entrée dans le monde professionnel et gravit les échelons au sein de plusieurs salons de coiffure. Mais derrière la satisfaction de sublimer ses client(e)s, elle fait face à des conditions de travail exigeantes. « Les fêtes de fin d’année, je les passais au salon et dans le métro », se souvient-elle. Les horaires à rallonge et l’absence de reconnaissance viennent entacher sa passion. Le coup de grâce survient lorsqu’on lui refuse une augmentation sous prétexte qu’elle travaille dans le pôle afro. « On n’augmente pas les coiffeuses afro, m’avait-on dit », déplore-t-elle.
Parallèlement, elle doit affronter une épreuve personnelle : la stérilité. Plutôt que de se laisser abattre, Djeynaba puise dans ces épreuves une force nouvelle et décide de se lancer à son compte.
L’entrepreneuriat, un parcours semé d’embûches
Son projet prend forme grâce à un prêt bancaire initialement destiné à l’adoption d’un enfant. « Je ne me suis jamais vue mère, en revanche, mon second bébé, l’entrepreneuriat, était une évidence », confie-t-elle.
Avec les fonds réunis, elle acquiert un local et couvre les premières dépenses. Les débuts sont rudes : « Les premiers mois, on ne dort pas, on doute, on s’interroge », prévient-elle. Mais elle apprend à intégrer les difficultés dans son quotidien.
En 2014, son salon « Rafet N Diort » ouvre ses portes. Paré des couleurs du Sénégal, il se veut un espace inclusif, accueillant toutes les nationalités et toutes les classes sociales. Djeynaba refuse toute discrimination : « Je ne fais pas de différence entre une personne à la rue et une personne en appartement ». Fidèle à ses valeurs, elle ouvre son salon aux sans-abris du quartier, qu’elle préfère appeler « ses voisins », leur offrant un moment de répit autour d’un café.
Les leçons d’une décennie d’entrepreneuriat
Après 11 ans de gestion de son propre commerce, Djeynaba tire des conclusions claires sur l’entrepreneuriat. Elle insiste sur l’importance d’une préparation mentale, physique et psychologique. « Il ne faut pas croire qu’être entrepreneur signifie une vie plus facile », met-elle en garde. Mais loin d’être un discours décourageant, elle pousse à voir chaque échec comme une opportunité d’apprentissage. « Si un projet ne fonctionne pas, c’est le destin. Il ne faut pas avoir peur de changer de direction », conclut-elle.
*Ce témoignage s’inscrit dans le programme FIER, vitrine des talents des Diasporas Africaines et afro-Descendantes en France, porté par Orange Money Europe et le Club des Diasporas Africaines.
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