Un rêveur depuis son plus jeune âge
J’ai débuté ma carrière dans des métiers sérieux. J’ai pris très tôt des responsabilités dans des entreprises en danger qu’il fallait redresser. Il fallait agir vite, il fallait traiter les urgences. La survie imposait de convaincre de nouveaux clients. Leurs sujets de prédilection étaient complexes, nombreux, changeants : nous étions dans le monde de la technologie, du digital. Un monde nébuleux pour le littéraire que j’étais.
Apprendre sans relâche
Alors j’ai appris. J’ai beaucoup travaillé. J’ai beaucoup consulté mon équipe, des professionnels, des experts. Et cela a fonctionné. L’entreprise s’est développée à la vitesse de l’éclair, doublant ses effectifs en deux ans. Nous nous sommes vendus à une autre. J’y suis resté, poursuivant ma course folle vers plus d’effectifs, plus de responsabilités, plus de défis managériaux. J’ai appris le métier de PDG minoritaire. J’ai appris à gérer des conflits en permanence et j’ai appris à surmonter des crises d’une brutalité inouïe.
Comment survivre face à la brutalité du monde pour notre grand rêveur ?
J’ai pris des coups, j’en ai rendu. Parfois la mort dans l’âme, parfois sans pitié. J’ai appris ce mode de combat à bas bruit qu’on livre tout là-haut, au sommet des entreprises. Il ne tue pas, mais il blesse, il abîme. Profondément. Ce qui ne tue pas rend plus fort ? Il faudrait voir… Alors, quand il a fallu vendre cette belle ETI qu’était devenue l’entreprise que je dirigeais. Quand il fallut dire au revoir aux centaines de collaborateurs avec qui je travaillais. Quand le vide et le calme ont tout à coup remplacé cette suractivité. Je me suis demandé ce que je voulais faire, au fond.
Je n’écrivais plus. Depuis des années. Ou plutôt je n’écrivais plus sur ce qui m’intéressait. J’écrivais des rapports, des propositions commerciales, des comptes-rendus. Mais je ne laissais plus s’exprimer cette sensibilité qu’il m’avait fallu enfouir sous l’armure afin qu’elle ne prenne pas trop de coups pendant ces incessantes batailles.
Raconter des histoires à travers ses entreprises
Alors, j’ai créé des entreprises d’une nature particulière. Elles devaient assumer leurs responsabilités face à leurs clients et salariés. Tout en dégageant les moyens qui me permettraient d’écouter à nouveau les murmures de mon esprit. Ça n’a pas toujours été simple, c’est vrai. Je voulais raconter des histoires. Les miennes et celles des gens que je croisais. Certains ont des parcours, des vies, une sensibilité ou des convictions qui valent toutes les intrigues imaginaires.
Retrouver le plaisir d’écrire
J’ai aujourd’hui l’opportunité de vous les dire. Depuis plusieurs mois, je n’hésite plus à écrire. J’ai découvert le plaisir d’être lu, d’être commenté, approuvé ou contredit. Aujourd’hui, j’ai l’honneur de vous présenter le nouveau magazine Les Déviations (en kiosques). J’en ai signé plusieurs articles. Ceux qui aiment me lire découvriront peut-être un style que je leur avais caché jusqu’ici.
Enfant, j’étais un grand rêveur. Je le suis encore, en réalité.
Par Laurent Moisson