Episode 5 – Chronique d’un entrepreneur néorural : L’échec n’est pas un apprentissage. C’est un échec, voilà tout.

Plutôt que fuir nos peurs, regardons-les en face et apprenons d’elles.

« Ce qui ne tue pas rend plus fort »

Cette semaine avait lieu la réunion d’un groupe d’entrepreneurs que j’anime.

Nous y pratiquons l’entraide et le conseil mutuel. Des pratiques trop rares sous nos cieux tricolores, si on considère la difficulté qu’ont les patrons français à chasser en meute. Chacun y vient avec ses sujets, ses projets, les expose devant la communauté et recueille l’avis des autres. Des avis d’entrepreneurs, parfois complétés par un expert. Parce qu’ils sont pragmatiques, parce qu’ils sont issus de l’expérience de ceux qui ont été confrontés aux mêmes réalités, aux mêmes risques, aux mêmes peurs, ils sont vraiment utiles et éclairants.

Cette fois-ci, l’un des participants cherchait à justifier son intention de faire prendre un risque à son entreprise que les autres jugeaient excessif. Devant l’éventualité que sa décision provoque sa chute et sans doute pour montrer qu’il ne manquait pas de panache devant le danger, il prononça cette fameuse phrase : « Un entrepreneur n’échoue jamais. Il réussit ou il apprend. » J’ai alors exprimé mes réserves quant à cette version moderne et franchement moins bien écrite de la mythique formule nietzschéenne : « Ce qui ne tue pas rend plus fort. »

Car, comme souvent avec les maximes de psychologie positive appliquées à l’entrepreneuriat, elle ne reflète pas correctement les choses. Écrite comme elle l’est, on sent bien qu’elle veut domestiquer l’échec, le désarmer, retirer la douleur, la honte qui l’accompagnent. Il est vrai que ces moments de perte de confiance sont souvent longs et pénibles. Ils peuvent décourager ceux qui n’ont pas spontanément le courage ou l’inconscience d’aller au-devant de ce qui peut faire mal.

Ce n’est pas l’échec qui nous apprend, mais plutôt la peur de la douleur qu’il génère

Malheureusement, je crains que, sans eux, l’échec ne serve à rien.

Car ce n’est pas lui qui nous apprend, mais plutôt la peur de la douleur qu’il génère. Comme un enfant qui a mis une première fois ses mains sur une plaque de cuisson brûlante, c’est parce qu’on a souffert qu’on ne veut pas que cela se reproduise. Alors, et alors seulement, commence la remise en cause.

Cette dernière provoque les ajustements, progressifs ou brutaux, justes ou excessifs, qui engendreront la progression nécessaire aux succès à venir. Ce n’est donc pas l’échec lui-même qui élève sa victime. C’est la peur de le rencontrer à nouveau.

Les peurs sont parfois irrationnelles et mauvaises conseillères. Certaines mènent à la panique, à la paralysie, à l’incapacité. Mais d’autres sont un excellent remède contre l’un des grands maux de nos existences mortelles : le déni. Quand elles sont justes, elles sont le signal d’un danger imminent. Un rappel que la réalité ne supporte pas d’être mise sous le tapis et sacrifiée à nos postures, à nos soumissions aux dogmatismes du moment.

Alors, plutôt que les fuir, regardons-les en face et apprenons d’elles. Celles que nous surmontons, celles qui ne nous tuent pas, nous rendent effectivement plus forts. Notre époque est décidément paradoxale. En voulant protéger la santé mentale de ceux qui vont au-devant d’épreuves, elle en arrive à retirer les vertus apprenantes d’un échec dont elle ne cesse pourtant de prôner l’acceptation.

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