À l’occasion de la sortie de notre magazine N°2, nous vous proposons de découvrir certaines de nos histoires. Aujourd’hui nous vous parlerons de Florian Delavega. Avec Jérémy Frérot, Florian Delavega formait le duo star, Fréro Delavega. En 2017, en pleine gloire, à la surprise générale, les deux musiciens après six ans de succès se séparent. Florian donne un tout autre sens à sa vie, complètement coupé du monde dans une forêt du Sud-ouest de la France, région dans laquelle il avait passé son enfance.
« J’étais parti dans un mode de vie extrême. »
« Une décision prise du jour au lendemain pour le monde extérieur… Pour moi qui le vivais, cela a été un long processus. » Ainsi parle de sa déviation Florian Delavega. Un projet murement pensé et préparé donc qui a conduit le chanteur à vendre son appartement parisien en juin 2017 et à s’installer avec sa femme, la chanteuse argentine Natalia Doco et leur fils Santi – né en 2018- au fin fond d’une forêt des Landes dans un airial où ils vivent sans eau, ni électricité, et sans le moindre voisin à moins de cinq kilomètres. Un puit permet d’aller chercher l’eau à 25 mètres dans la nappe phréatique, des panneaux photovoltaïques produisent le courant nécessaire. Pas de WC mais des toilettes sèches dans le jardin. « Nous avions passé une annonce : cherchons maison autonome avec une rivière et une forêt ». Le couple a vite déniché le lieu de rêve coupé du monde, mais Florian Delavega le reconnait : «j’étais parti dans un mode de vie extrême, mon fils m’a remis les idées en place ».
Le showbiz avait quasiment tout apporté à l’interprète du « Chant des sirènes » mais il n’était plus pas sa seule raison d’être : »J’avais besoin de me retrouver au calme, de savoir ce que je voulais faire de ma vie… J’avais envie de me reconnecter à quelque chose de plus essentielle, la nature. Je sentais cet appel de vouloir être en forêt, isolé de tout, d’être au calme, de méditer, de pouvoir respirer… De profiter de toutes ces choses que je n’avais pas, plus le temps de faire ».
« Chaque plante pousse à un endroit particulier parce qu’elle a un rôle à jouer. »
Les images de bonheur de la nouvelle vie de Florian Delavega sont rares, mais une vidéo réalisée par le média Brut a fait le buzz. On le voit pleinement épanoui, pieds nus dans son domaine sauvage, s’extasiant sur la taille d’une fougère de deux mètres et prônant la biodiversité et la permaculture à laquelle il ne cesse de s’initier le plus souvent sur le terrain, au grès de ses différentes expériences, convictions. « Dans la nature il n’y a aucun méchant, aucun bon. On n’a qu’une dynamique, qu’un mouvement perpétuel qui ne fait qu’améliorer et agrader les choses. Ça cultive la tolérance. Parce que si tu es capable, dans un jardin, de te mettre dans cette dynamique d’acceptation, avec l’être humain aussi, tu peux te mettre dans cette philosophie. Je pense que c’est la même chose. Ce qui nous dérange chez l’autre, c’est toujours un truc qu’on a en nous. C’est pas l’autre qui nous dérange, c’est le reflet de nous. Et la nature, c’est parfait pour ça. C’est un miroir perpétuel. »
Et de poursuivre avec la même passion : « Chaque plante pousse à un endroit particulier parce qu’elle a un rôle à jouer. Elle est venue entreprendre une tâche et une mission. Tout ce qui pousse de manière spontanée quelque part, c’est parce que ça devait se faire de cette façon. On a toujours tendance à vouloir contrôler, à lutter contre la nature. »
« Au fond, nous, on est restés des enfants. »
Florian Delavega n’a aucun regret sur sa vie antérieure. Même s’il n’a pas renoncé complètement à sa carrière d’artiste. Il est du reste revenu sur la scène avec un premier album solo inspiré de son expérience : » Rêveur forêveur ». Il nourrit aussi le projet de lancer un festival dans la forêt. Un rendez-vous qu’il souhaite le plus écologique qui soit et dans un spot qu’il prépare lui-même avec une vraie attention. « Il n’y a pas plus polluant que les festivals classiques ! J’ai envie d’innover dans ce domaine.»
Aussi peut-il tirer ce premier bilan de ces trois années passées à vivre comme un ermite – c’est lui qui le dit- tout en continuant à composer : « Au fond, nous, on est restés des enfants. Moi, j’essaie de cultiver ça. Je suis capable d’être coupé de tout, tout en rêvant encore de monter sur scène devant des milliers de personnes. J’assume totalement cette dualité, cette contradiction qui sont assez complexes, car ce sont des choses qui sont vivantes en moi. »
« Là-bas, j’ai eu du mal à rentrer dans les mœurs, dans les manières d’être. «
Pour la petite histoire, les Frères Delavega ne sont pas si éloignés malgré leurs changements de vie respectifs. Jérémy Frérot – qui poursuit également une carrière en solo- a lui aussi décidé de quitter la ville de Marseille où il s’était réfugié après la séparation du duo pour s’installer dans les Landes- la région de son enfance- avec Laure Manaudou et leurs deux enfants : « Je n’arrivais pas à me faire à la vie marseillaise. Là-bas, j’ai eu du mal à rentrer dans les mœurs, dans les manières d’être. Je ne me voyais pas faire autrement que de revenir ici, et éduquer mes enfants dans cet environnement-là. C’est l’un des meilleurs environnements pour grandir. Moi j’ai grandi là, et j’ai été hyper heureux, donc il fallait que j’offre ça à mes enfants ».
Et quand Flo veut sortir de son isolement il n’a que que quelques kilomètres à parcourir pour retrouver son vieux compère Jérémy dans le restaurant que ce dernier vient d’ouvrir dans le bassin d’Arcachon… Frérots à vie malgré leurs déviations…
Par Nicolas Pigasse.
©Abaca Press
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