Venir en aide aux autres a toujours été sa vocation. Avant de co-fonder sa propre structure dans le domaine de l’associatif, Gaëlle Courson-Proville a traversé une période bien compliquée. Et c’est en donnant un sens à sa vie professionnelle qu’elle peut davantage encore s’investir pour les autres. Tout en étant pleinement heureuse aujourd’hui…
« Je m’enfermais dans les toilettes pour pleurer. »
«J’étais tellement mal que mon corps a lâché. » Le verdict médical tombe aussi sans appel. Un burnout professionnel ! Gaëlle vient alors de fêter son premier quart de siècle d’existence. Issue d’une famille de trois filles qui ont dû se débrouiller seules face à l’absence d’un père, – leur mère était institutrice- elle avait décroché un premier emploi dans la communication au sein d’une association en Lorraine à Metz, sa région, après avoir passé une licence professionnelle marketing en 2017 et obtenu un BTS commerce. Très sollicitée, Gaëlle voyage beaucoup, et s’investit trop dans son travail, beaucoup trop.
« Je rentrais avec une très bonne énergie d’un voyage personnel à New-York quand j’ai craqué en reprenant le boulot. Je m’enfermais dans les toilettes pour pleurer, je n’avais plus d’envie, plus de force. C’était juste avant le premier confinement. Je ne me sentais plus à ma place. De même, je suis restée enfermée chez moi pendant plusieurs semaines, je n’arrivais plus à voir la lumière du jour. J’étais sous médicaments. Je ne dormais plus. J’étais scotchée à Netflix. » Son compagnon, très présent, la réconforte comme il peut.
« Je voulais devenir indépendante, avoir mon rythme de travail. »
Gaëlle profite aussi du soutien médical et du premier confinement pour réfléchir à son avenir avec la ferme volonté de s’en sortir. De même, elle tombe sur le parcours Chance, et elle sympathise tout de suite par visio avec Amandine qui va devenir sa coach et l’aider à construire son projet. « Je voulais devenir indépendante, avoir mon rythme de travail. J’avais envie de rester dans le domaine associatif mais de créer ma propre structure qui repose sur des valeurs essentielles pour moi. J’avais peur de franchir le pas. Amandine m’a libérée de tous ces freins ! Quand on met de côté la peur, tout se dégage. »
En octobre 2020, Gaëlle se lance dans une aventure professionnelle avec Megane, une collègue de son précédent travail qui a démissionné en même qu’elle. Ensemble, elles créent l’association Atelier 17.91 – en référence aux années de la déclaration des droits des hommes, puis des femmes deux ans plus tard- qui est régie par la loi associative 1908 propre à sa région Alsace-Moselle. « Nous sommes parties de rien, juste avec les aides auxquelles nous avions droit. On a aussi la chance d’être dans un pays qui soutient et accompagne les entrepreneurs. »
Le concept de l’Atelier 17.91 est de proposer des ateliers itinérants en lien avec le développement durable pour un public fragilisé, destinés à des organismes déjà existants dans la région grand Est pour lutter contre l’isolement et la précarité des personnes dans le domaine de la beauté inclusive et de la revalorisation du textile. Aider à redonner un sourire et rendre l’hygiène accessible à tous.
« Je ne vous raconte pas la tête que j’ai fait quand les premières palettes ont été livrées à mon domicile. »
Parallèlement l’association distribue des produits qu’elle récupère auprès de grossistes. Plus de 400 000 articles ont été distribués à ce jour à des associations locales, à des banques alimentaires ou aux restos du coeur, via le relais des réseaux sociaux. « Je ne vous raconte pas la tête que j’ai fait quand les premières palettes ont été livrées à mon domicile, et que j’ai dû les réceptionner et les stocker ! »
L’Atelier 17.91 fait travailler aujourd’hui six personnes et fédère une cinquantaine de bénévoles. De même, La ville de Metz va fournir des locaux adaptés et une première levée de fonds a permis de réunir plus de 150 000 euros. « C’est formidable », reconnaît Gaëlle qui avec Mégane a le projet de développer de nouveaux ateliers et de s’ouvrir à de nouvelles régions.
« Il ne faut pas attendre d’avoir 40 ans pour dévier. «
« Je ne subis plus mon travail, je le vis ! » Gaëlle, qui entre temps a repris des études pour perfectionner ses connaissances – elle prépare un master en 2e année d’économie sociale et solidaire à la fac de Mulhouse en est aussi convaincue : « On peut avoir une erreur de parcours à 20 ans, ce n’est pas grave. De plus, il ne faut pas attendre d’avoir 40 ans pour dévier. Je l’ai fait à 25 ans et j’en suis très heureuse. Cela s’en ressent dans tous les aspects de ma vie. »
Gaëlle qui n’avait aussi jamais fait de sport n’est pas peu fière de relever qu’elle a participé en novembre dernier au raid des Alizés en Martinique, synonyme d’un bel exploit sportif et solidaire. Ne jamais avoir peur, et toujours avoir les yeux rivés sur de nouvelles aventures…
© DR
Par Nicolas Pigasse
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