Tout commence par un hasard qui a changé une vie. Fille d’un ouvrier des Travaux publics à Mamou, en Guinée française, Hadja Fatoumata Sall n’était, à sept ans, toujours pas inscrite à l’école. C’est un chef de service de l’administration chargé de veiller à la scolarisation des enfants d’agents publics, qui vient lui-même la chercher en jeep. « Vous ne savez jamais ce que cette fille peut devenir un jour », lance-t-il à son père avant de l’emmener, le jour même, dans sa première classe. Une phrase prémonitoire pour celle qui deviendra l’une des premières professeures d’anglais formées en Guinée indépendante. Avant d’embrasser une carrière de traductrice-interprète, puis de haute fonctionnaire.
Une carrière au cœur des grandes mutations de la Guinée
Repérée pour ses compétences en anglais, elle intègre l’Institut des langues à l’indépendance, part se former à Londres grâce à une bourse du British Council, puis devient traductrice au cabinet du Premier ministre. Elle y accompagne la Première dame lors de conférences internationales, en Tanzanie puis à Lausanne. Des années plus tard, alors qu’elle se dit « pas spécialiste des télécommunications », le président de la République la nomme malgré tout chef de cabinet du ministère des Postes et Télécommunications. Un poste qu’elle occupera au moment charnière de la connexion de la Guinée à Internet.
Une femme au service des réfugiés et des femmes guinéennes
Membre fondatrice de la Croix-Rouge guinéenne, Hadja Fatoumata Sall coordonne le programme d’assistance aux réfugiés arrivés en Guinée. Bouleversée par ce qu’elle y vit, elle recueille et adopte un enfant réfugié, qu’elle élève avec ses propres enfants. Veuve très jeune après la mort de son mari, pilote d’Air Guinée disparu dans un accident, elle élève seule ses deux filles avant de se remarier, tout en veillant à la scolarisation de toutes ses sœurs. Figure des associations féminines guinéennes, elle milite pour la reconnaissance des compétences des femmes dans la fonction publique. Elle participe aussi à la formation d’observatrices électorales.