Jacques

Témoignage : Jacques

La difficulté était en fait de gagner une crédibilité dans un environnement professionnel dont je n’étais pas issu.

« Mes passions ont toujours été l’automobile et l’aviation. Ma première opportunité professionnelle était dans le service concept cars chez Renault mais j’ai décliné pour rejoindre l’ONERA, centre de recherche français en aérospatiale, pour le projet de navette spatiale Hermès. J’ai ensuite rejoint une startup américaine spécialisée dans la conception assistée par ordinateur puis Dassault Systèmes dans divers postes de direction en ventes, place de marché, marketing automobile international, puis marketing Europe de l’Ouest. Lorsqu’on m’a approché pour la direction d’une startup high-tech, un déclic s’est produit. J’ai réalisé que je voulais aller vers quelque chose de plus artisanal. Alors, à 53 ans, j’ai décidé de laisser libre cours à ma passion pour l’automobile. Certes, j’étais suffisamment rémunéré jusque-là et j’avais pu acquérir quelques voitures intéressantes alors pourquoi ne pas en faire mon métier ?

J’ai toujours eu des fils conducteurs dans l’évolution de ma carrière : d’abord la technique et le management, puis la vente et la relation client, et enfin le marketing. Armé de tout cela, je pouvais devenir mon propre patron et reprendre un garage. Je manquais de compétence et de pratique métier ; je devais donc m’y former un minimum et m’appuyer sur une équipe rodée. Pour la formation, j’ai choisi le Conservatoire National des Véhicules Anciens, un cycle de 8 mois assez généraliste qui m’a permis d’acquérir les bases en mécanique, sellerie, carrosserie, électricité, et aussi de commencer à développer mon réseau et identifier les facteurs de succès. En parallèle, j’ai cherché un garage à racheter que j’ai trouvé à Fontenay-aux-Roses : un garage plein de charme avec une équipe déjà constituée et compétente.

La plus grande difficulté n’a pas été financière, ni même le regard des autres : je continuais à vivre dans le même environnement qu’avant même si mes revenus avaient fondu. La difficulté était en fait de gagner une crédibilité dans un environnement professionnel dont je n’étais pas issu. Je suis considéré par mes salariés comme quelqu’un qui a “toujours été un patron”, dans un milieu où les galons se gagnent plutôt par la légitimité technique. Pourtant, mes quatorze premiers mois d’exercice ont représenté un petit miracle ; en dépit des confinements, le garage a réalisé un chiffre aussi bon qu’avant alors qu’on travaille d’une façon très différente : les salariés ont l’expertise technique et je travaille sur la relation client, la communication et la gestion. Mes employés ne comprennent pas que cela fonctionne mais je ne cherche pas à les convaincre car les résultats le démontrent.

L’autre enjeu est relationnel. Après l’univers un peu feutré des grandes entreprises, le côté brut des relations humaines dans l’artisanat nécessite de se réinventer. C’est assez difficile émotionnellement mais c’est aussi rafraîchissant, il y a un côté vrai qui fait du bien. Et puis je suis aidé par mon épouse qui travaille avec moi à la gestion commerciale.

Mon objectif est désormais de faire de mon garage, AutoRosati, un univers avec son propre caractère, un lieu où les passionnés d’automobile peuvent venir apporter leur véhicule et passer un bon moment. Les premiers signaux sont prometteurs : honnêteté, professionnalisme et décor sont plébiscités sur internet, un bouche-à-oreille féminin de “garage de confiance’’ se développe et deux réalisateurs ont déjà tourné ici… »

Propos recueillis par François Dupont-Métayer pour les déviations  

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