Maire de Neuilly-sur-Seine depuis 2008, créateur du parti Territoires en mouvement, il est convaincu que l’emploi se trouve dans les régions.
Propos recueillis par Maylis Détrie.
LD : Comment est né votre intérêt pour les problématiques de territoire ?
J-C F : Cela a commencé avec le fait d’avoir été élu*. Je me suis posé la question des enjeux des territoires en les ouvrant à une réflexion sur le terrain national. Quel est l’objet de faire de la politique si ce n’est de réfléchir à l’avenir ? Pour moi le constat est sans appel : on assiste à une hypertrophie métropolitaine sans issue et dans le même temps à une désertification de la France.
LD : Quel parallèle faites-vous avec l’expansion des nouvelles technologies ?
J-C F : Les Nouvelles Technologies prennent une immense place dans notre quotidien. Le sens de ces outils est avant tout d’améliorer notre qualité de vie. Si elle n’y contribuent pas, elles sont une non-solution. Elles nous asserviront plutôt qu’elle ne nous serviront. Il faut donc compenser la digitalisation par un idéal de vie en les mettant au service d’un projet.
LD : Les appréhensions d’aller vivre loin d’une métropole ne sont-elles pas liées à la problématique de trouver un emploi ?
J-C F : Oui et pourtant la réalité est tout autre, le problème est inverse à celui que l’on projette : les métropoles vivent avec les facilités de la robotisation et de l’intelligence artificielle, elles ne sont pas une promesse d’emploi à part pour l’élite mais pas du tout pour les classes moyennes. L’emploi se trouve justement dans les territoires, c’est là où on recrute le plus. Le PIB français est composé à 80% de l’activité résidentielle dans les domaines du commerce, des loisirs, de la propreté, du tourisme, des télécoms… Alors que l’industrie n’en représente que 10 %. Plus les gens s’installeront dans nos territoires, mieux l’économie s’en portera. Il nous faut un modèle de société qui répartissemieux la richesse.
LD : Où veulent vivre les français ?
J-C F : Toutes les études sont constantes : les français veulent vivre dans des villes moyennes et des villages, des bassins de vie beaucoup moins denses qui offrent une promesse d’espace, d’apaisement, de convivialité, de proximité avec la nature. Avoir un espace vital accessible est une promesse que la métropole ne peut pas pas satisfaire. Mais dans le même temps, il y a sur ces zones rêvées, un problème d’abandon de construction des infrastructures. On est silencieux et sans réponse à long terme sur l’amélioration des services qui jalonnent un territoire : les écoles, les hôpitaux, les gares. Aujourd’hui, sans politique d’aménagement, les incertitudes continueront à peser sur le citadin qui auraient envie de s’éloigner des grandes villes.
LD : La crise sanitaire a-t-elle accéléré ce désir de changement ?
J-C F : Ces idéaux étaient déjà là avant mais le Covid en a accéléré l’envie. Cette crise n’est qu’une étape d’un phénomène qui va être très fort … L’innovation va bientôt nous permettre de faire partout ce que nous arrivions hier à faire uniquement dans une grande ville. Les nouvelles générations sont encore plus convaincues et dynamiques que la mienne. Ma génération qui a vécu la grande ville comme la référence est décalée par rapport à celle de nos enfants qui, avec la 5G, ont accès à tout.
LD : Par quoi faudrait-il commencer pour améliorer les choses ?
J-C F : Il faut prendre conscience qu’il y a deux entités qu’il faut sanctuariser : d’un côté, 8 à 10 métropoles françaises avec des universités, des aéroports etc qui doivent être des plateformes de correspondance et 350 grandes villes moyennes avec des services de proximité. Il faut construire ensuite les connexions entre les deux. L’idée est que les français soient à moins d’une heure et demie de la métropole et que tout le monde soit à moins de 15 minutes d’une ville moyenne.
LD : Comment voyez vous le travail de demain ?
J-C F : Le télétravail marche très bien si c’est tout est organisé avec le bon matériel et que les équipes sont formées. Il doit devenir la norme et la présence permanente au bureau l’exception. Le siège social de demain sera un lieu de rencontre. Je préfère des salariés qui viennent deux jours au bureau pour imaginer ensemble et rentrent pour travailler le projet chacun de leur côté. Plutôt qu’ils soient 5 jours par semaine au bureau et s’envoient des mails en se voyant 5 minutes par jour à la machine à café. La principale angoisse des grandes villes est l’isolement et dans les faits, plus on met les gens les uns contre les autres, plus cette crainte et la réalité de cette isolement grandit.
LD : Comment vivre correctement avec les nouvelles technologies sans se faire engloutir ?
J-C F : Cette virtualisation va se passer quoiqu’il arrive. Quand j’entends Mark Zuckerberg parler du métaverse et d’un avatar qui mènerait notre rêve à notre place, je trouve cela très dangereux. Aujourd’hui l’accès au numérique est primordial mais il doit s’accompagner d’un projet de vie. La grande ville crée aujourd’hui des difficultés à recruter et des gens malheureux qui passe d’une tour dans le Val de Marne où ils vivent à une tour de La Défense où ils travaillent avec une heure et demie de transport dans un RER bondé… Il faut redonner la possibilité aux gens d’avoir des affinités sociales, de recréer des associations, de rencontrer la nature.
LD : Quel conseil vous donneriez à quelqu’un qui veut vivre ailleurs aujourd’hui ?
J-C F : Je pense qu’il faut avoir dans la tête tous les repères que je viens de donner. Et sauter le pas vite. C’est maintenant qu’il faut changer sa vie car les prix augmentent partout !
Pour aller plus loin :
Jean-Christophe Fromantin : « Travailler là où nous voulons vivre », éditions François Bourin.
Hartmut Rosa Résonances – Une sociologie de la relation au monde, Paris, La Découverte, coll. « Théorie critique », 2018.
* : Jean-Christophe Fromantin est maire de Neuilly depuis 2008. Il a été élu député en 2012 – Il ne s’est pas représenté en 2017 pour conserver son fauteuil de maire-.
© Nicolas Marques
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