Quitter la voie toute tracée
Diplôme d’une grande école de commerce, Jean-Philippe Decka fonde une entreprise de marketing dans le secteur du jeu vidéo. Son objectif initial ? Gagner assez d’argent dans la tech pour ensuite “faire autre chose”, plus aligné avec ses convictions. Mais les années passent, et le piège se referme : confort matériel, reconnaissance sociale, rythme de vie… La bifurcation attendra. Jusqu’au jour où elle ne peut plus attendre.
En 2018, il décide de tout arrêter. Pas pour fuir, mais pour comprendre. Comment d’autres, dans sa situation, ont-ils osé changer ? Ont-ils réussi à réinventer leur carrière ? À renoncer aux privilèges et aux salaires confortables pour des métiers à impact ?
C’est ainsi qu’il lance le podcast Ozé, dans lequel il part à la rencontre d’autres diplômé·es de grandes écoles ayant fait le choix de la reconversion. Une centaine de témoignages plus tard, un constat s’impose : la plupart de ces bifurcations restent superficielles, souvent absorbées par ce qu’on appelle le « capitalisme vert« , le greenwashing, ou des rôles de façade dans des structures inchangées.
Une critique lucide des élites
Jean-Philippe Decka va plus loin : il publie un livre dans lequel il interroge directement la responsabilité des élites économiques dans la destruction du vivant. Les diplômés des grandes écoles – souvent appelés les « meilleurs » – sont aussi les plus gros pollueurs par leur mode de vie et leur consommation. Et ce sont eux qui occupent les postes à responsabilité, en capacité de faire bouger les lignes… mais qui, pour la grande majorité, ne le font pas.
Le livre devient un appel — ou un cri — à ses pairs : renoncer à nos privilèges, abandonner notre domination sociale, revoir radicalement nos modes de vie. Un appel qui reste largement lettre morte. Alors Jean-Philippe pose la question qui dérange : peut-on vraiment attendre une transition des classes dominantes ? Pour lui, l’histoire montre que les vrais changements viennent des luttes sociales, pas des réformes consenties.
Des pistes pour bifurquer… vraiment
Dans la dernière partie de son livre, il propose des pistes concrètes pour celles et ceux qui veulent réellement changer. Il met en garde contre les fausses bifurcations, les conversions « propres » qui rassurent la conscience sans remettre en cause l’ordre établi. Il insiste sur la nécessité d’affronter la réalité : changer de trajectoire implique souvent des sacrifices, surtout quand on a des enfants, un crédit, une carrière avancée.
Mais il n’est pas pessimiste. Il constate, ici et là, des mouvements alternatifs, des prises de conscience collectives, des trajectoires inspirantes. Il milite pour une bifurcation profonde, radicale et lucide, loin des injonctions culpabilisantes et des discours lissés.
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