Parti de Dubréka avec pour seul capital le goût du travail, Kalil Abou Khalil s’est imposé comme l’un des plus grands importateurs de Guinée. Entre réussite économique, diversification et engagement social, son parcours illustre l’itinéraire d’un entrepreneur autodidacte devenu une figure majeure du développement local.
Kalil Abou Khalil, 78 ans, entrepreneur guinéen d’origine libanaise, incarne une trajectoire singulière, faite d’ascension sociale, d’audace commerciale et d’engagement constant envers sa communauté. Né à Dubréka, en Guinée, il grandit dans une famille de commerçants. L’exemple paternel façonne durablement sa vision du travail. « Mon père était un grand battant, c’était un homme qui aimait travailler, travailler, travailler », confie-t-il. Il évoque aussi un homme reconnu pour sa générosité, capable de redistribuer une partie de ses revenus aux populations en difficulté.
L’héritage du travail
Très tôt, Kalil Abou Khalil est confronté aux réalités du terrain. À seulement douze ans, il commence à travailler tout en poursuivant une scolarité brillante. « J’ai commencé à l’âge de douze ans mais à l’époque tout le monde croyait que j’avais 16 ans ou 17 ans », rappelle-t-il. Rapidement, il développe un sens aigu des responsabilités et un esprit d’initiative. Il multiplie de petites activités commerciales, notamment auprès de ses camarades. Malgré ses bons résultats scolaires, il fait le choix de quitter la voie universitaire. Il préfère s’orienter vers le commerce, qu’il juge plus en phase avec ses ambitions : « J’ai besoin de mieux vivre ».
Formé au commerce international par correspondance, il intègre rapidement le secteur de l’import-export dans une Guinée encore marquée par de fortes contraintes économiques. Il s’impose alors comme un acteur majeur, jusqu’à devenir le plus grand importateur du pays pour le compte de l’État. « J’ai été le premier importateur pour l’État guinéen », affirme-t-il.
Une volonté de transmettre à la jeunesse
Refusant toute forme de spécialisation restrictive, il diversifie rapidement ses activités. Commerce, industrie, construction. Kalil Abou Khalil investit dans de nombreux secteurs, participant notamment à des projets industriels dans un pays qu’il considère comme « vierge » en opportunités. « Je ne me suis jamais limité à une seule activité », insiste-t-il, revendiquant une logique entrepreneuriale fondée sur l’adaptation et l’anticipation.
Au-delà de la réussite économique, son parcours témoigne d’un engagement social assumé. Très impliqué dans la jeunesse, il finance équipements sportifs, initiatives culturelles et projets d’infrastructures locales. « J’aimerais bien être utile aux autres [et] pour être utile, il faut beaucoup de moyens », explique-t-il. Une philosophie héritée de son père, qu’il perpétue à travers ses actions.
Son parcours n’est pas exempté d’épreuves. La perte de son fils, à l’âge de 31 ans, constitue « le plus grand choc de sa vie » et l’éloigne temporairement de ses activités. Mais fidèle à sa résilience, il reprend progressivement ses projets, soutenu par ses proches.
Aujourd’hui encore actif, Kalil Abou Khalil continue d’investir et de transmettre. Il multiplie les initiatives en faveur du développement local, tout en partageant son expérience avec les jeunes générations. Sa conviction demeure intacte : « Le travail paye, il n’y a pas de sot métier, il faut toujours tenter ». Une trajectoire emblématique d’un entrepreneur qui, au-delà de la réussite personnelle, a fait de l’utilité sociale le véritable fil conducteur de sa vie.