Laurent Moisson : Quête de sens, où en est-on vraiment ?

Non la quête de sens n'est pas quelque chose de nouveau. On a tous ce besoin intrinsèque de trouver un sens à ce que l'on fait, et çe que l'on est.

Laurent Moisson est le co-fondateur du média Les Déviations. Il vient d’accorder une interview à Hello Work sur un de ses sujets de prédilection : la quête de sens. Et de répondre à la question : où en est-on vraiment ?

Extraits :

  • Non, la quête de sens n’est pas quelque chose de nouveau. On a tous ce besoin intrinsèque de trouver un sens à ce que l’on fait, et çe que l’on est.
  • Le rôle du travail dans la quête de sens, il est dû à plusieurs choses. D’abord, il donne un statut social. On se définit dans le regard des autres. C’est quelque chose qui n’est pas complètement assumé par un certain nombre d’experts ou de coachs qui vont parler du bonheur et qui invitent des gens à des introspections, – je ne les remets pas en cause-. Mais quand on ne fait que ça on oublie que l’on se définit beaucoup plus par rapport aux autres que par rapport à ce qu’on ressent. Et ce qu’on ressent est souvent impacté par le regard des autres et nos interactions avec les autres. Le statut social est quand même beaucoup donné par le travail. Deuxièmement, le niveau de rémunération qui va nous donner un certain pouvoir, celui de l’argent, le pouvoir de dépenser, de de partir en vacances, de subvenir aux besoins de sa famille (…) Ce sont vraiment des choses qui peuvent être très primaires. Comme c’est donné par le travail, évidemment ce dernier a pris une dimension extrêmement importante sur nos vies. A tel point que beaucoup de gens, en tous cas en Occident, et dans les sociétés on va dire post- révolution industrielles, ont fini par ne se définir que par le travail. Le reste était autour, dépendait du travail ou c’était des choses qu’on faisait quand le travail nous en laissait le temps. C’est en train de changer.

Des générations entières ont accepté de travailler dans des conditions difficiles

  • Des générations entières, et ça depuis la nuit des temps, ont accepté de travailler dans des conditions extrêmement difficiles. On estime maintenant qu’il faut que notre travail nous plaise. C’est contemporain.
  • Au début du XX eme siècle, il y avait des gens, on le voyait dans des films, qui appuyaient toute la journée sur un bouton pour faire monter un ascenseur dans un grand magasin. On ne peut pas dire que c’était passionnant. (…) Mais ils acceptaient de le faire car c’était le seul moyen de subvenir à leurs besoins.
  • Nous n’avons pas, plus peur de cette grande misère. On a un choix, surtout avec un niveau d’emploi qui s’est largement développé. Il y a un certain nombre de pays qui sont dans le plein emploi depuis très longtemps. En France, il y a eu un chômage de masse, mais aujourd’hui, ça va mieux qu’avant, donc on devient de plus en plus difficile par rapport à ça.
  • Surtout, on craint moins de risquer son propre travail, de se retrouver dans une situation où on en retrouve pas un. Comme on a moins peur, on est plus audacieux. On va être plus exigeant avec son employeur et avec son emploi. Et on va avoir une réflexion qui fait que cet emploi ne va plus être nécessairement au centre de notre vie.

“On a tendance à demander au travail de donner un sens à notre vie”

  • De plus en plus de personnes considèrent que leur vie globale doit être en cohérence, c’est à dire que leur vie professionnelle doit être en cohérence avec leurs grandes valeurs de vie.
  • On a tendance à se dire qu’il faut se reconvertir dès qu’on voit une dissonance entre les deux.
  • On observe aussi un changement dans la hiérarchie des métiers. Quand j’étais plus jeune, mais surtout mes parents, comme il y a avait cette sortie de cette période de la grande pauvreté, l’objectif numéro 1 était d’aller dans une entreprise solide, d’y exercer un métier pérenne. “Si ce n’est pas intéressant, ce n’est pas grave, ca va te permettre de financer ta famille, tes enfants.”
  • On acceptait que le travail ne soit pas en cohérence avec le sens de la vie. Le sens de la vie venait beaucoup par la religion, par des idéologies qui aujourd’hui se sont affaissées (…) Maintenant on a tendance à demander au travail de donner un sens à notre vie.
  • Pourquoi de plus en plus de gens peuvent se reconvertir et changer de métier ? Parce qu’ils le peuvent !
  • Avant les métiers étaient beaucoup plus manuels. On parlait de métiers de l’ouvrage. Ouvrage ça a donné ouvrier, qui a été pendant très longtemps un terme très péjoratif. Les métiers de la production étaient considérés comme des choses : “vraiment tu as raté ta vie, tu es allé à l’usine”. Aujourd’hui, on se rend compte qu’être un cadre moyen dans une entreprise où on fait de l’administratif peut aboutir à se demander parfois en rentrant le soir chez soi : à quoi on a servi, parfois, pas tout le temps. Des gens s’éclatent avec ça et c’est très bien. Mais il y en a qui se posent la question et qui ont besoin de voir quelque chose de concret sortir de leurs mains.

“La hiérarchie des métiers est en train d’évoluer.”

  • Il y a des métiers managériaux, parce ce qu’il y a une complexification extrêmement forte des grandes entreprises. Les métiers deviennent hyper techniques. Il y a un nombre de mots qui sont inventés dans la sphère des métiers. Je pense que l’on est à une période de créativité lexicale jamais atteinte à l’échelle de l’humanité.
  • Il y a beaucoup de gens qui malgré le statut social, que la position hiérarchique, le salaire, le machin truc peuvent donner, se disent : “je rentre chez moi, je ne sais pas ce que j’ai fait en dehors de 10 heures de réunions. Donc j’ai besoin de retrouver un métier où je sais à quoi je sers.
  • D’où le retour de l’artisanat que l’on a vue apparaître lors de décennie précédente, notamment dans les valeurs. Tous les artisans n’ont pas le même niveau de revenus qu’un cadre supérieur dans un grand groupe. C’était des métiers jugés précaires, manuels, dont pas trop intellos. Ces métiers sont en train d’être “recolonisés” par des premiers de la classe qui ont fait des grandes études, qui sont passés par l’entreprise, parfois même la grande entreprise qui, même s’il y a beaucoup de gens qui leur trouvent beaucoup de défauts. Ce sont quand même des grandes entreprises qui structurent, qui apportent un professionnalisme, une certaine vision stratégique sur un certain nombre de points, mais qui surtout forment plutôt bien les gens.
  • On a donc des gens qui en deuxième vie en passant par la reconversion, vont garder leurs expériences professionnelles et les qualités qu’ils ont développées et les mettre au service d’un nouveau métier qui apprennent. Des gens deviennent boulanger, qui lancent un restau, une marque de vêtements et qui vont donc chercher à se reconvertir pour faire ça.”
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