Longtemps considéré comme une voie de relégation, le lycée professionnel continue de lutter contre les préjugés. Au lycée Lucas de Nehou, à Paris, Claudine Rebet forme les futurs décorateurs sur verre et défend avec passion une filière qu’elle estime essentielle pour l’avenir des métiers d’art. Immersion dans un atelier où les mains pensent autant que la tête.
“J’ai des mains et ce sont mes mains qui sont intelligentes.” La phrase de Claudine Rebet résume à elle seule une philosophie de l’enseignement qui bouscule encore certains clichés. Professeure en décoration sur verre au lycée Lucas de Nehou à Paris, elle accueille ses élèves dans un atelier plutôt que dans une salle de classe traditionnelle. Ici, le savoir se transmet autant par le geste que par la théorie.

Issue d’une famille d’artisans, Claudine Rebet a découvert très tôt sa vocation. “On m’a mis un bloc de verre dans les mains et il y a eu un coup de foudre”, raconte-t-elle. Pourtant, lorsqu’elle annonce vouloir intégrer un lycée professionnel, son choix est mal accueilli. “On me disait : pourquoi aller en lycée pro ? En plus vous êtes une fille et vous êtes bonne à l’école. Continuez en lycée général.”
Près de trente ans plus tard, elle constate que ces préjugés n’ont pas totalement disparu…
Le lycée professionnel, une voie encore sous-estimée
En 2026, le lycée professionnel demeure un acteur majeur de la formation aux métiers manuels et artisanaux. Pourtant, selon Claudine Rebet, il souffre encore d’un déficit de reconnaissance.
“La société française n’a toujours pas compris que pour apprendre un métier manuel, il faut passer par le lycée professionnel”, regrette-t-elle. Elle pointe également le manque de moyens dont souffrent certaines formations. “Niveau financier, clairement, les lycées professionnels ont été abandonnés.”
Pourtant, les débouchés existent. Dans son atelier, les élèves préparent leur avenir dans des secteurs où le savoir-faire est recherché. Certains envisagent déjà des parcours ambitieux. C’est le cas de Madison, passée par la voie générale avant de se réorienter vers le verre. Son objectif : devenir maître verrier, un parcours qui nécessite près de dix ans de formation.

“La générale ne me plaisait pas du tout. J’ai toujours aimé créer avec mes mains”, explique Lucie, autre élève de CAP 1 au Lycée Lucas de Nehou. Une trajectoire qui illustre une évolution des mentalités : de plus en plus de jeunes choisissent aujourd’hui le lycée professionnel par conviction plutôt que par défaut.
La fierté de transmettre
Au-delà de l’apprentissage technique, le métier d’enseignant en lycée professionnel implique un accompagnement humain important. Claudine Rebet évoque des situations personnelles parfois difficiles rencontrées par certains élèves.
“On a des élèves qui vivent des situations inacceptables”, confie-t-elle. Malgré ces réalités, l’enseignante s’efforce de maintenir un cadre positif et exigeant.
Sa plus grande satisfaction ne se mesure ni aux notes ni aux diplômes. “Ce n’est pas à moi d’être fière, ce sont eux qui doivent être fiers de ce qu’ils font.” Pour elle, les sourires des élèves lorsqu’ils terminent une réalisation constituent le meilleur indicateur de réussite.

Dans le lycée parisien, Claudine Rebet transmet bien plus qu’un métier. Elle défend une certaine idée de l’intelligence, celle qui naît du geste, de la création et de la maîtrise d’un savoir-faire. Une vision qui rappelle que les lycées professionnels demeurent, en 2026, des lieux essentiels de transmission, d’insertion et d’excellence.
À l’heure où les entreprises recherchent des compétences concrètes et où les métiers d’art peinent parfois à recruter, le parcours de ces élèves témoigne d’une réalité souvent méconnue : le lycée professionnel n’est pas une voie de secours. Il est, pour beaucoup, une voie d’avenir.