Nadia Péchaud et Mathieu Daix : « Un rapport organique à cette terre »

Il y a la volonté de s'inscrire dans un tourisme raisonnable, durable, humain.

Nadia est infirmière (pour quelques temps encore), Mathieu travaillait dans le marketing et les entreprises du numérique. Après des années à Paris, le jeune couple est rentré dans son Cantal natal pour y retaper un buron typique de la région et redonner vie aux histoires qui ont bercé leur enfance. 

Propos recueillis par Thomas Lepresle.

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« On a eu un énorme coup de cœur pour ce buron au beau milieu des monts du Cantal »

« Le premier bilan de ce changement de vie à 180 degrés ? On ne ferait marche arrière pour rien au monde. Nous sommes tous les deux originaires d’Aurillac, montés à Paris pour le boulot (infirmière pour Nadia, co-créateur d’un fond d’investissement pour start-ups pour Mathieu). C’est très cliché mais comme beaucoup de citadins, au bout d’un moment on en a eu marre du fameux métro-boulot-dodo. A Paris, on avait cette impression d’être dans un aquarium géant, avec un accès à la nature compliqué, loin de nos proches. Et puis après un été passé ici, il y a quelques années, on ne se voyait même plus vivre ailleurs. On est donc revenus s’installer à Aurillac en 2019. On y a retapé une maison, puis le projet de gîte a germé petit à petit.

Au fil des recherches et des rencontres, on a eu un énorme coup de cœur pour ce buron au beau milieu des monts du Cantal. Une opportunité extraordinaire, car il y a très peu de bâti dans nos montagnes. Et un outil de travail parfait : on a mis la main à la pâte et au bout de deux mois, l’Impradine (qui emprunte son nom à la rivière qui coule en contrebas) a pu accueillir ses premiers clients. Le gîte a été rénové avec des matériaux écologiques (isolation en copeaux de chanvre, peintures naturelles, bois de Corrèze). il est bâti en pierres volcaniques locales et toiture en lauze. Côté déco, on a recherché le compromis entre authenticité, convivialité auvergnate et confort et luminosité d’une maison d’architecte.

« On n’est pas à la campagne ou à la mer »

On a tous les deux un rapport très organique à cette terre, mais aussi spirituel. Nos grand-parents ont été bergers, travaillaient dans des burons quand ils étaient gamins, on a été bercés par ces histoires. On voulait faire revivre un lieu qui raconte ça, qui fasse écho au mode et lieu de vie de nos parents et grands-parents. C’est notre façon de rendre hommage au travail et aux conditions de vie très âpres qu’ils ont connus, mais façon 2023. Le Cantal est un département souvent oublié, voire moqué, et on est très fiers d’offrir ce beau « produit ».

L’endroit est clairement paumé, un hameau avec deux habitants à l’année. C’est sûr qu’on peut mettre de la musique sans que ça ne dérange grand monde. Le gîte se trouve à 1 080 mètres d’altitude, à flanc de montagne, tout au bout d’une route, ça renforce cette impression de bout du monde. En hiver, on est carrément dépendant du chasse-neige, s’il ne passe pas on ne peut pas sortir. On propose donc à nos invités et clients une expérience : on n’est pas à la campagne ou à la mer, l’heure d’arrivée et de retour dépend du déneigement. Avec ce côté sauvage : de la fenêtre on voit quand même passer les biches et les renards.

« On est revenus à des choses simples »

Les gens ne l’imaginent pas toujours, mais il y a une vraie dimension physique, manuelle, dans la gestion d’un gîte de 450m2, en plus des problématiques liées à la météo. On est revenus à des choses simples comme couper du bois, faire du feu dans une grande cheminée traditionnelle, entretenir le poêle… On ne fait que ça 7/7 jours. Dès qu’on a un jour de « repos » on va réparer une fuite, changer un meuble… Mais c’est justement ce qu’on adore.

La suite, c’est d’essayer d’accueillir des start-up pour des séminaires. Ok, c’est une déconnexion « symbolique » car il y a le wi-fi dans toutes les pièces, mais avec cette reconnexion à la nature en même temps. Il y a la volonté de s’inscrire dans un tourisme raisonnable, durable, humain. On fait le pari que dans les prochaines décennies, une destination préservée, avec un climat tempéré, dans une nature quasiment intacte avec de grands espaces, sera un créneau rare. Quant à Paris, on n‘y a même pas remis les pieds depuis. Ce sont nos amis qui viennent, on a largement de quoi les héberger. »

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