Olivier Reynaud : “Inventer ses solutions !”- Nuit des Idées-Sorbonne-

"Cela a toujours été une de mes forces : je rêve ce que je vois, et j'essaie de le créer !"

Olivier à droite. A sa gauche, Marie-Amélie Le Fur et Agathe Giros ont débattu sur le travail et la quête de sens.

Passionné par les nouvelles technologies et par les créations d’entreprises, Olivier Reynaud est l’un des fondateurs de Teads. Il s’apprête à révolutionner le marché de la vidéo avec son nouveau “bébé”, Aive. Il est venu parler de ses déviations entrepreneuriales et de la quête de sens qu’il donne à son travail à la Sorbonne, le 23 mars dernier lors de la deuxième table ronde – avec Agathe Giros, Marie-Amélie Lefur– animée par Le Déviations dans le cadre de la Nuit des Idées. Son crédo : “savoir inventer ses solutions !”

Voici le texte de son intervention très remarquée :

« Merci pour l’invitation. Je suis un entrepreneur créatif. Dès l’âge de deux ans, je dessinais déjà beaucoup. Je suis entré rapidement dans une école de dessin. J’ai commencé à explorer les phases créatives dès l’âge de 7 ans. A 12 ans, quand j’ai eu mon premier ordinateur, j’ai créé mes premières animations sur Amiga. Dès que j’ai eu une première connexion internet à 16 ans, j’ai tout mis sur internet. Je bidouillais, je donnais vie à tout ce que j’avais dans mon esprit. Cela a toujours été une de mes forces : je rêve ce que je vois. Dans ma tête, j’arrive à le transcrire en dessin et maintenant de manière numérique par ordinateur. J’ai toujours été dans cette phase créatrice sans savoir vraiment où j’allais aller. Je n’avais aucune idée autour de mon travail futur. Mais je voulais créer.

“Je gagne très tôt un concours de création d’entreprises !”

J’avais deux grands frères qui faisaient des études scientifiques, j’en ai fait aussi avec des grandes difficultés. J’ai redoublé la seconde, le bac. Je l’ai eu la deuxième fois avec 10,01 de moyenne. Pourquoi un bac scientifique ? Ma mère, conseillère d’orientation me disait : «avec ce diplôme tu auras un bagage important pour voir où tu pourras aller.” J’avais un champ assez large, mais je ne savais toujours pas quoi faire après. J’ai passé une maîtrise de formation dans les matériaux. Cela m’a permis d’étudier une quarantaine de matières. J’ai compris que c’était tous les métiers que je ne voulais jamais faire ! J’avais la connaissance technique, je me suis demandé pourquoi ne pas faire du commercial. Je rentre dans une école de commerce et là,  j’ai le déclic. J’ai une opportunité de participer à un concours de création d’entreprises. Je me dis : « formidable, j’ai l’opportunité de donner vie à une de mes idées”. J’avais 23 ans, nous étions en 2003.

« Quelle est la solution qui pourrait m’aider moi ? »

Le premier mois dans mon école de commerce à Montpellier, l’IAE, je me pose la question : « quelle est la solution qui pourrait m’aider moi en tant que personne, utilisateur, internaute ? A 22 ans, je téléchargeais plein de musique sur internet. C’était l’époque du piratage. Je rêvais d’un monde parfait où tout le monde serait content : je peux télécharger gratuitement ma musique, l’artiste serait payé et ce serait légal. Tout le monde serait heureux. J’ai imaginé la première solution contre le piratage de la musique. J’ai ramené la publicité télé sur internet pour la monétiser. J’ai proposé ce projet au concours de création d’entreprises. Et j’ai gagné le concours face à toutes les autres écoles. Ce n’était pas fictif. J’ai arrêté d’aller régulièrement à l’école et j’ai monté ma première boite. J’ai quand même eu mon diplôme sans être beaucoup présent…

“Une première expérience qui se termine mal…”

Cette première société s’appelait Airtist. En 7 ans, pour faire court, j’y ai tout connu. Les bonnes choses, des recrutements, des licenciements, une crise économique de 2008 qui a été effroyable pour moi avec le licenciement de quasiment toute la société. Mais je croyais toujours à ma vision que le monde de la vidéo sur internet pouvait être un « game changer. » Cependant, je devais constater que le marché de la musique était compliqué. Je me suis dit : « je vais sortir de ce milieu mais je vais continuer à développer mon modèle en appliquant mon approche, cette fois sur de la vidéo, toujours sur internet mais pour d’autres supports comme des photos, la presse.

“Une deuxième société avec plus de 750 personnes !”

Et c’est là où j’ai démarré Teads avec des associés. C’est ma deuxième société que j’ai lancée en 2010. Et là, çela a marché instantanément très bien. Carton plein ! Pour accéder à des contenus de haute qualité, au lieu de payer, je proposais de regarder une publicité. Même système pour accéder à des articles de presse. Teads a marché très vite. C’est une société qui a duré 7 ans pour moi. On a démarré avec 3-4 personnes. Au bout de 3 ans, on était 50 personnes puis après, on s’est rapproché d’une société qui était concurrente – Ebuzzing- mais très complémentaire, et on a fusionné. Nous sommes passés de 50 à 200 personnes. Je m’occupais de tous les aspects marketing, création du groupe. De 2014 à 2017, 750 personnes étaient salariées de Teads. Je me suis bien amusé aussi sur des sujets internationaux, intervenant dans 30 pays sur des sujets marketing, vidéos, création. Ce groupe est devenu le leader mondial de la publicité vidéo.

« Comme une graine qui s’est plantée dans mon esprit… »

Pourquoi avoir crée une troisième boite, ma société actuelle Aive ? J’avais un problème à nouveau en tant qu’utilisateur. Vers 2015, les équipes de création de montage de vidéos créaient des centaines de vidéos chaque semaine, réalisaient autant de présentations clients, etc. C’était très répétitif, souvent la même chose. Je me suis demandé si une technologie ne pourrait pas m’aider à automatiser ces process laborieux. Pour un créatif, il n’y avait rien. C’était comme une graine qui s’est plantée dans mon esprit, et doucement dans le temps , qui a commencé à germer. En 2016, j’ai repensé à ce problème qui était encore plus impactant pour mon groupe, et pour moi. Il n’y avait toujours pas de solution. J’ai regardé sur internet, et je me suis dit : ‘je vais inventer ma solution !’ Avec le regard, toutes mes sociétés sont nées d’innovations d’idées qui n’existaient pas. Je suis le premier à les apporter, ce qui est très risqué car en général être réellement le premier sur une idée, c’est complexe.  J’en avais fait les frais avec ma première start-up : j’étais réellement le premier, ça a mal fini…

“2017, le risque de quitter une situation confortable”

En 2016, je me suis intéressé à l’intelligence artificielle alors que je ne suis ni ingénieur, ni développeur. Et je me suis demandé comment l’IA – Intelligence artificielle- pourrait aider à la créativité. Et donc j’ai commencé à imaginer une intelligence artificielle créative pour automatiser des étapes dans la création vidéo. Cette idée a grandi, elle porte un nom, Aive. J’ai fait des maquettes, des vidéos. En 2017, j’ai fait le choix de quitter Teads qui était connu dans le monde entier pour me lancer dans une nouvelle aventure et repartir de zéro. L’opportunité que cette société soit rachetée par le groupe Altice de Patrick Drahi m’a conforté dans ce choix. C’était clair, j’aller arrêter mes responsabilités chez Teads pour repartir à l’aventure.

“Une déviation au Wagon”


2018, je ne suis plus opérationnel dans Teads.  Je me prépare pour ma nouvelle aventure, et cette année est fondamentale dans ma vie. C’est l’année où j’ai fait une nouvelle déviation, celle du développement informatique. C’est la plus ambitieuse de toute ma vie. Je veux apprendre des choses. Je ne suis pas ingénieur, je ne connais pas grand chose à  l’intelligence artificielle. Je vais prendre des cours avec le MIT Professional Education, ce sont des programmes en ligne que tout le monde peut suivre. Je vais également apprendre à coder pour ouvrir mes chakras, ouvrir mon champ de vision, rajouter une corde à mon arc. Je vis, respire, transpire développeur. Je code jour et nuit. Cette formation le Wagon est absolument extraordinaire.

“Enfermé avec une quarantaine de fous !”

Le Wagon a changé ma vie. Cela m’a permis de rencontrer plein de gens aussi différents que fabuleux. J’étais dans un nouveau mindset. Je me suis enfermé pendant trois mois avec une quarantaine de fous de 20 à 50 ans. A la fin on savait développer. Nous n’étions pas des grands développeurs mais nous étions prêts pour être embauchés, avoir des salaires décents. J’ai eu cette vision supplémentaire, une arme supplémentaire pour ma nouvelle société. 

« Une intelligence artificielle créative »

On a commencé Aive en 2019 en développant la technologie avec une dizaine de développeurs informatiques. C’est une intelligence artificielle créative qui permet d’automatiser la production vidéo. Ça veut dire, j’ai un documentaire, une publicité, je suis une marque, je peux l’adapter en automatisant les process à la multiplicité des écrans, des tablettes. Plus besoin de post-production. On sait désormais rendre “élastique” une vidéo. A partir d’un fichier, on peut l’avoir en différents formats, différentes durées, quasiment automatiquement. Et cela fonctionne ! C’est une première mondiale ! Personne sur le marché, ni même des gafas, en sont capables. Nous avons démarré dans un garage pendant deux ans et demi.  J’ai discuté en parallèle avec des centaines de personnes pour vérifier si notre projet avait toujours du sens, recruter des talents, lever des fonds. Ma déviation au Wagon m’a ouvert l’esprit sur plein de choses.

“Plus de 120 projets dans un bloc-notes !”

Il faut être persévérant, croire en sa vision, ne pas lâcher, savoir s’adapter. J’ai toujours eu plein d’idées mais je les ai jamais notées. Et en 2010, j’ai commencé à jeter mes idées sur un fichier notes dans mon téléphone. Et je les écris sans aucun filtre. 7 ans plus tard quand j’arrive à Aive, j’en suis à l’idée 70 ! Aujourd’hui je pense avoir atteint l’idée 12O ! A quoi ça me sert ? Je suis très visuel. En les notant, ça me permet de capter ces idées, c’est comme des nuages qui restent autour de mon esprit. C’est un exercice incroyable. Qui sait, peut être que je vais créer 50 nouvelle sociétés… Avoir des idées, y revenir pour les développer, c’est très bien. Notez vos idées ! »

Retrouvez également l’interview qu’Olivier Reynaud publiée dans le premier numéro Les Déviations.

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