De la survie à la fuite : le déclic d’une renaissance
Carole Le Floch a grandi dans un environnement marqué par la violence et l’instabilité. Mariée très jeune, elle tombe à nouveau dans un schéma d’emprise. « Je suis tombée sur un homme maltraitant qui m’a fait subir 27 ans de violences », confie-t-elle. Le déclic survient après un épisode dramatique : « Un des derniers accidents de la vie que j’ai eu m’a rendue paraplégique. Je ne pouvais plus me défendre, se souvient-elle avec émotion, Je me suis promis que le jour où je remarcherais, je partirais. »
Lorsqu’elle parvient enfin à fuir, la réalité est brutale : méfiance des autorités, absence de protection, errance. « La première fois que j’ai voulu porter plainte, le gendarme a voulu appeler mon mari pour vérifier mes dires. » Sans logement, Carole vit un an à la rue avant de trouver refuge dans une association. Cette structure lui offre enfin sécurité et écoute. « C’est là que j’ai rencontré Mathilde, l’éducatrice qui m’a presque sauvée. »
Se reconstruire pas à pas : thérapie, bénévolat et transmission
Sortie de ce centre d’hébergement sécurisé, Carole doit tout réapprendre : vivre seule, gérer son argent, se soigner. « Dans mon nouveau logement, je dormais sur le balcon, incapable de rester enfermée. » Soutenue par une psychologue, elle écrit chaque jour pour se libérer. De ces pages naîtra un livre, De la grande exclusion au pouvoir d’agir retrouvé (éditions l’Harmattan), symbole de sa reconstruction.
Le bénévolat devient un pilier essentiel : « Ça m’empêchait de sombrer dans l’isolement. » Engagée dans le secteur social, elle découvre la pair-aidance, un concept fondé sur le partage d’expériences entre personnes ayant vécu des épreuves similaires. De simple bénévole, elle devient coordinatrice pair, avant de se tourner vers la recherche dans le milieu social. Aujourd’hui, elle milite pour que la parole des personnes concernées soit intégrée dans la formation des travailleurs sociaux : « On ne peut pas accompagner sans écouter ceux qui ont traversé la précarité ou la violence. »
Une reconstruction intérieure, entre douleur et fierté
12 ans après sa fuite, Carole Le Floch mène une vie apaisée, même si les cicatrices demeurent. « La peur est restée longtemps. Et puis un jour, je me suis couchée sans la peur au ventre. » Sa plus grande réussite : réussir à ne plus se sentir coupable d’être victime.
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