« Le corps humain n’est pas fait pour être assis »
Les Déviations : Bruce, d’où vous vient cette prise de conscience autour du mouvement ?
Bruce Hoang : Mon expertise vient à l’origine du digital, un univers extrêmement sédentaire. J’ai vu beaucoup de managers, moi y compris, souffrir de douleurs, de troubles musculo-squelettiques, de stress. J’ai fini par comprendre que ces souffrances venaient du contexte et de notre ergonomie de travail. On nous apprend depuis l’école à rester assis et immobiles, alors que le corps humain n’est absolument pas fait pour ça.
LD : Cette prise de conscience a été un point de bascule ?
BH : Oui. En discutant avec mon ostéopathe, j’ai réalisé qu’il fallait agir pour le monde de l’entreprise. Avec Sébastien Mary, ostéopathe à la Défense, nous avons observé que les managers souffrent autant physiquement que mentalement. Nous avons donc décidé de nous former et d’écrire un livre pour donner des outils simples à tous.
« Bouger, c’est mieux penser » : pourquoi le mouvement augmente la performance
LD : Concrètement, que montrent les études sur le mouvement au travail ?
BH : Plusieurs études démontrent que bouger améliore la créativité de 60 %, renforce la mémoire, et facilite les connexions neuronales. La science est très claire : la performance cognitive est directement liée à la performance biomécanique. Si le corps est bloqué, le cerveau l’est aussi. Le manque d’activité physique représente d’ailleurs 9 % des décès dans le monde.
LD : On entend souvent qu’il suffit de faire 30 minutes de sport par jour…
BH : C’est faux. Quelqu’un qui fait du sport le soir mais reste assis six heures dans la journée sera en moins bonne condition qu’une personne qui bouge toutes les 25 à 30 minutes. Le corps a besoin de micro-mouvements réguliers pour libérer le stress et entretenir le système cardiovasculaire.
LD : Et le télétravail dans tout ça ?
BH : Il peut être une opportunité… ou un désastre. Si on reproduit les mêmes habitudes qu’au bureau, on bouge encore moins. Mais bien organisé, il permet de structurer des pauses actives, d’optimiser ses réunions et de récupérer du temps pour marcher davantage.
Remettre le mouvement au cœur des entreprises
LD : Comment faire concrètement pour remettre le mouvement en entreprise ?
BH : D’abord, en repensant les réunions : 50 minutes au lieu de 60, 25 minutes au lieu de 30. Cela libère du temps pour se lever, marcher, respirer. Ensuite, favoriser les réunions debout, l’usage de tableaux, et créer un environnement de travail qui invite au mouvement. Une salle de sport est utile, mais loin d’être suffisante : tout se joue au quotidien, dans les micro-gestes.
LD : Vous parlez aussi de “profils moteurs”. Qu’est-ce que c’est ?
BH : Chacun a une manière naturelle de se mettre en mouvement. Certains ont besoin d’agir avant de réfléchir ; d’autres doivent d’abord comprendre ; certains recherchent l’harmonie, d’autres la compétition. Identifier son profil moteur, c’est comprendre comment son corps et son cerveau démarrent, comment libérer le stress et comment être efficace sans se fatiguer.
LD : Quelle vision défendez-vous pour l’entreprise du futur ?
BH : Une entreprise en santé. Une entreprise qui considère ses salariés comme des athlètes, qui personnalise le mouvement et respecte les préférences motrices de chacun. Performance et santé ne sont pas opposées : elles se renforcent. Une entreprise qui fait bouger ses collaborateurs aura toujours un avantage concurrentiel.
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