Rémy Oudghiri : « Un nouvel état d’esprit porté par les Millénials »

À l’occasion de la sortie de notre magazine N°2, nous vous proposons de découvrir certaines de nos histoires. Aujourd’hui nous vous parlerons de Rémy Oudghiri. Depuis une dizaine d’années, ils arrivent sur le marché du travail et en bousculent les codes. Pour Rémy Oudghiri, sociologue, directeur de sociovision et auteur de « Ces adultes qui ne grandiront jamais », « cette génération pense d’abord aux projets avant la carrière. Et il faut l’intégrer telle qu’elle est ! »

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Propos recueillis par Nolwenn Perriat.

LD : On parle beaucoup des Millénials et de leur vision différente du travail. Quelle est-elle ?

RO : Millénials est un terme galvaudé, je parlerai plus d’état d’esprit nouveau qui s’affirme de plus en plus que de génération. Certes il est davantage porté par les jeunes mais il se retrouve au-delà aussi. Ils pensent d’abord projets et non carrière, la vie est une suite de projets et d’aventures, pas une carrière linéaire où ils accumulent les grades. La carrière à l’ancienne existe encore mais ce n’est plus dans le sens de l’histoire. Ils sont ensuite moins fidèles à leurs entreprises et à leurs métiers. Ils vont vers ce qui leur correspond à un instant T et changent quand ils ont envie.  Il y a une vraie rupture avec le passé, qui correspond aussi à l’effacement des conventions propres à chaque étape de vie.

Aujourd’hui, être adulte ne veut pas dire oublier sa jeunesse. On continue à jouer aux jeux vidéo, on assume des responsabilités en gardant son esprit d’enfance, ce qui était difficilement accepté par les générations d’avant. Une des conséquences de cet état d’esprit est l’absence de frontière nette entre vie privée et professionnelle. Les réseaux sociaux sont toujours dans la poche ou les bureaux des start-ups ne ressemblent pas à des bureaux mais plutôt à des terrains de jeux pour s’amuser aussi pendant le travail.

LD : Est-ce que cela occasionne des conflits avec les générations précédentes ?

RO : Certains sociologues annoncent depuis plus de 20 ans une guerre des générations. Je vois plutôt des générations qui s’entraident, qui se soutiennent. Ce nouvel état d’esprit créé malgré tout des codes étranges pour les générations précédentes qui peut occasionner des tensions ou des malentendus. Au début les gens ne comprennent pas puis ils se rendent compte que ce n’est pas si mal. Cet état d’esprit gagne l’ensemble de la société, c’est une tendance de fond. 

En sociologie, on distingue les effets d’âge et les effets de génération. Exemples d’effets d’âge : tout le monde est passé par la case 20 ans, le laisser aller, le « tu es jeune, tu ne sais pas travailler ». L’effet de génération est propre à chaque génération. Aujourd’hui à l’effet d’âge s’ajoute l’effet de génération. Les jeunes ne s’investissent pas de la même façon aujourd’hui qu’hier, surtout dans les métiers de savoir-faire, de transmission. Il y a une contradiction forte entre la complexité de certains métiers en terme d’horaires ou de conditions de travail et la génération qui dit « oui le travail est important mais il n’y a pas que ça. »

LD : Est-ce que les entreprises s’adaptent à ce nouvel état d’esprit ?

RO  : Une adaptation partielle commence à se faire. Les grandes entreprises ont des moyens, elles sont à l’écoute. Dans les métiers plus traditionnels avec davantage cet esprit de sacrifice, cela peut créer de vraies incompréhensions et des conflits.  Mais il n’est pas possible de revenir en arrière, il faut intégrer cette nouvelle génération telle qu’elle est. Si la seule réponse est « si vous n’êtes pas prêt à vous sacrifier ne venez pas », il y aura des secteurs en déshérence totale comme on commence à le voir. Dans certains secteurs cette réflexion est en marche. Avec la crise sanitaire et l’obligation du télétravail, certains métiers vont prendre des années d’avance, dans d’autres où l’objectif est de survivre, cela risque de prendre des années de retard.

Découvrez le livre de Rémy Oudghiri : « Ces adultes qui ne grandiront jamais »,

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