Reprise d’une entreprise : mode d’emploi

À l'occasion de la sortie de notre quatrième magazine, nous vous proposons de découvrir l'un de ses articles. Dans un contexte où la transition énergétique s’impose comme une priorité, le secteur de la rénovation énergétique connaît une croissance soutenue. Reprendre une entreprise déjà positionnée sur ce marché offre de réelles opportunités, mais implique aussi une préparation rigoureuse. Nous avons posé la question à Jean-Luc Guiral, secrétaire général de la CAPEB.

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Les Déviations : Ça comprend quoi, les entreprises en rénovation énergétique ?

Jean-Luc Guiral : Les entreprises en rénovation énergétique regroupent des artisans et des sociétés spécialisées dans l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments. Cela inclut des travaux d’isolation thermique, de rénovation de chaudières, de pose de fenêtres à haute performance énergétique, de pompes à chaleur, de panneaux solaires, de ventilation, etc. Ces entreprises peuvent être de petite taille, des TPE ou PME. Elles sont souvent spécialisées dans un ou plusieurs types de travaux précis liés à la transition énergétique.

LD : Quel est l’état actuel du marché ?

JLG : Le marché de la rénovation énergétique connaît une forte dynamique. La transition énergétique et les politiques publiques (comme la loi Climat et Résilience) ont renforcé l’attrait de ce secteur. En 2023, le marché français de la rénovation énergétique représentait environ 16 milliards d’euros. Il devrait continuer à croître avec l’augmentation des investissements publics et privés. De plus, les aides de l’État comme MaPrimeRénov’ ou les Certificats d’Économie d’Énergie (CEE) stimulent la demande. Plusieurs facteurs peuvent cependant perturber le marché : la modification incessante des dispositifs, un processus de qualification complexe et onéreux (le même quel que soit l’effectif de l’entreprise), les éco-délinquants et autres opportunistes.

LD : Quel est l’avenir de ce secteur dans 5 à 10 ans ?

JLG : Les métiers du bâtiment sont tout particulièrement impactés par la transition écologique : connaissance des nouveaux matériaux (éco-conçus, bas carbone), éco-rénovation, nouvelles technologies, maîtrise des performances énergétiques, diagnostic du bâti existant… D’ici 2030, c’est l’ensemble des métiers d’exécution, des études et de l’encadrement qui verront leurs activités et compétences évoluer en lien avec la performance énergétique des bâtiments. Mais aussi, celle des produits ou matériaux.

Dans les 5 à 10 prochaines années, la rénovation énergétique devrait aussi connaître une croissance continue. C’est notamment en raison des objectifs gouvernementaux en matière de réduction des émissions de CO₂. D’ici 2030, la France prévoit de rénover 500 000 logements par an. De plus, la réglementation sur les bâtiments à faible consommation d’énergie se durcira. Cela incitera à accélérer les travaux de rénovation. C’est un secteur porteur d’opportunités pour les entreprises du bâtiment !

LD : Combien y en a-t-il en France ?

JLG : À ce jour, il y a 62 875 entreprises reconnues garantes de l’environnement (RGE). Cela comprend des artisans, des entreprises de plus grande taille et des bureaux d’études. Ce chiffre était de près de 66 000 en 2018.
À fin juin 2023, 9 223 établissements RGE ont été recensés en Auvergne-Rhône-Alpes contre 9 500 en octobre 2022 (point haut de 2022). Cela représente un déficit de 300 établissements par rapport à cette période. La Savoie compte actuellement 540 entreprises disposant d’une ou plusieurs qualifications RGE (1 608 qualifications RGE détenues), contre 614 à fin juin 2023.
Dans le même temps, les ambitions portées par le SRADDET en région sont d’atteindre un rythme de rénovation annuelle de 70 000 logements par an. Leur ambition est de porter ce nombre à 120 000 par an d’ici 2030. Ces objectifs ambitieux sont loin d’être atteints aujourd’hui !

LD : Sont-elles localisées partout sur le territoire ?

JLG : Oui, les entreprises de rénovation énergétique sont présentes sur l’ensemble du territoire français, des grandes métropoles aux zones rurales. Toutefois, certaines régions, comme l’Île-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes ou la Provence-Alpes-Côte d’Azur, comptent une plus grande concentration d’entreprises du secteur. C’est en raison de la densité de population et des projets d’infrastructures.

LD : Combien y aura-t-il d’entreprises à reprendre en 2026 ?

JLG : Il est difficile de donner un chiffre précis, mais selon les projections et les tendances du marché, d’ici 2026, de nombreuses petites entreprises artisanales et de taille intermédiaire du secteur de la rénovation énergétique seront à reprendre. Pour cause, des départs à la retraite et d’une concentration des acteurs dans ce marché. Toutes activités artisanales confondues, plus de 43 000 entreprises seront à reprendre en région dans les 10 ans.

LD : Quel est l’intérêt d’une reprise par rapport à une création ?

JLG : Plutôt que de partir d’une feuille blanche, de plus en plus d’entrepreneurs choisissent la reprise d’entreprise. Et pour cause : cette option présente plusieurs avantages décisifs. D’abord, le risque est réduit. Une entreprise existante dispose déjà d’un portefeuille clients, d’une réputation sur son marché et, souvent, d’une équipe opérationnelle. Ensuite, c’est un gain de temps non négligeable : inutile de bâtir toute la notoriété ou de créer l’infrastructure administrative, les fondations sont déjà là. Enfin, la pérennité du projet est souvent plus assurée. Une entreprise saine, avec des bases solides, a statistiquement plus de chances de perdurer qu’une création ex nihilo, qui met parfois plusieurs années à atteindre la rentabilité. Reprendre, c’est avancer plus vite, avec davantage de visibilité.

LD : Qui sont les vendeurs ? Quel est leur profil ?

JLG : Les vendeurs sont souvent des artisans ou des entrepreneurs de PME dans le secteur de la rénovation qui souhaitent se retirer. Généralement en raison de la retraite ou du désir de passer à autre chose. Ils peuvent aussi être des entreprises de taille intermédiaire en quête de consolidation.

LD : Comment les trouve-t-on ? Y a-t-il des sites dédiés ?

JLG : Il existe des plateformes dédiées à la reprise d’entreprises dans tous les secteurs, y compris la rénovation énergétique. Des sites comme Transentreprise, Bpifrance ou CessionPME sont spécialisés dans la mise en relation d’acheteurs et de vendeurs. De plus, des réseaux comme la CAPEB peuvent faciliter cette démarche en aidant à identifier les entreprises à vendre. Nous disposons d’une plateforme : https://annonces.capeb.fr/ qui permet de les répertorier.

Découvrez des articles similaires dans notre dernier magazine, en vente sur notre site.

Marie Carnot

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