Romain et Boris Paillard : « maîtriser les codes pour changer de vie ! »

Romain Paillard est un ancien avocat pénaliste. Boris Paillard, était lui dans le domaine de la finance, côté analyse des données mathématiques. Ils sont frères et tous deux ont fait leur propre déviation pour co-créer Le Wagon. En huit ans d’existence, cette école de code informatique est devenue mondialement connue et offre de nombreuses opportunités de carrière dans le numérique.

Publié le

Modifié le

Rédigé par

Découvrez d’autres portraits dans nos magazines.

Romain Paillard : « Le Wagon est né d’une déviation ! »

Issu d’un milieu bourgeois – son père est ophtalmologue -, fils de parents divorcés, Romain s’habitue assez tôt à changer régulièrement de lieu de vie. « En 18 ans, compte-t-il, nous avons dû déménager 20 fois avec mon frère et ma soeur. »

Se qualifiant lui-même d’« élève médiocre » pendant ses années lycée,  Romain étudie à Stanislas à Paris, établissement connu pour sa rigueur et ses résultats. Après avoir cherché sa voie dans des études d’économie puis d’histoire de l’art, Romain Paillard décroche un diplôme d’avocat. Il devient avocat en fusion acquisition mais réalise rapidement que ce domaine ne lui convient pas.

©Franck Juery

Il se spécialise alors en droit pénal, devient un avocat de référence pour s’occuper des personnes placées en garde à vue. « Beaucoup de bêtises se faisant le soleil couché, je travaillais beaucoup la nuit ». Ce métier n’était pas une vocation : « Je n’ai jamais été un avocat né. Je ne crois pas à la carrière toute tracée. »  

« Boris a appris à coder seul de son côté. Moi, j’étais nul. »

Avec son frère, nourris par la même envie d’entreprendre, ils commencent à réfléchir au développement d’applications, en parallèle de leurs métiers respectifs.  « Boris a appris à coder seul de son côté. Moi, j’étais nul. Un ami commun était parti en Californie faire un « Dev Bootcamp ». On en était au tout début de ces formats là : intensifs et courts. En sortant de 9 semaines de formation, il a trouvé un boulot immédiatement chez Uber. C’était en 2012-2013. J’ai été bluffé par son bagage et le job qu’il a décroché. »

Les deux frères sont alors immédiatement convaincus par la pertinence de lancer une telle école en France. « Cela correspondait à des besoins, je cherchais ce genre de formation,  se rappelle Romain.  J’ai commencé à apprendre en ligne, je n’étais pas content de ce que je trouvais et je progressais mal. De son côté, Boris faisait le même constat que moi. » 

Adieu les applications, place à la formation 

« Les débuts du Wagon, ont été  très « bootstrappés » comme disent les startupers. On avançait petit à petit avec les moyens du bord.  Je travaillais sur Le Wagon dans la journée. La nuit, je continuais à enchaîner les gardes à vue en reprenant ma casquette d’avocat pour assurer le quotidien. J’étais fauché, je n’avais pas de vrai chez moi. J’ai habité chez des potes pendant deux ans quasiment avec un balluchon comme seul bagage. »

L’aventure du Wagon démarre en août 2013, première étape de mise en place de la structure et du concept. La première promotion est lancée en janvier 2014 et est composée d’une quinzaine d’élèves. « Ce n’était vraiment pas évident. Nous étions inconnus et nos diplômes n’étaient pas encore certifiés ni certifiants. De plus, le code était très nouveau. Et nous ne garantissions à l’époque aucun emploi à la sortie ! »

« Je travaille avec mon frère, c’est un privilège incroyable. J’en suis hyper heureux. »

D’ailleurs, les premiers retours sont toutefois excellents et la réputation du Wagon se développe par le bouche à oreille dans des grandes villes de France et à l’étranger. Aujourd’hui, Le Wagon compte 44 campus dans le monde. « Au départ, mes amis m’avaient mis en garde : « c’est hyper risqué. Tu ne gagnes déjà pas bien ta vie. Tu prends des risques. » Je reconnais qu’on a eu de la chance, mais pas que. Nous avons beaucoup travaillé et innové. Nous répondons à un vrai besoin, à une demande réelle. »

Romain n’a aucun regret d’avoir laissé de côté sa robe d’avocat pour se lancer dans cette aventure. « L’avantage d’être entrepreneur, c’est surtout d’être entouré par les gens et d’évoluer dans un milieu que tu as choisis. Je travaille avec mon frère, c’est un privilège incroyable. J’en suis hyper heureux. »

Romain ne s’interdit pas de réfléchir dans le futur à une nouvelle déviation : « Je continue à m’éclater dans ce que je fais au Wagon mais je sais aussi que quand un quotidien me lasse, je vais avoir envie de faire autre chose. J’ai encore plein de belles choses à développer,  cela va encore me prendre du temps pour le faire. Mais je ne serais pas cohérent si je disais que j’étais bien à ma place et que je vais y rester toute ma vie, car ce n’est pas du tout comme cela que je perçois une évolution de carrière. Et un chemin de vie. » 

Boris Paillard : « Voir les Alumni voler de leurs propres ailes… »

« Tout a commencé par une déviation », tient à rappeler d’emblée Boris Paillard, 35 ans. Dès son plus jeune âge, il a su qu’il voulait faire une grande école d’ingénieur sans avoir une idée précise du métier qu’il aimerait exercer. Après une prépa Math sup-Math spé à Henri IV il rejoint donc Centrale.

Son diplôme en poche, il devient analyste quantitatif pour le compte d’une grande salle de marchés. « Je faisais des mathématiques appliquées à la finance pour des traders. C’était un métier d’expert. Je n’étais pas complètement épanoui car je ne mesurais pas l’impact que j’avais sur les gens ni sur la prise de décision. J’avais besoin de quelque chose de plus concret. » 

« Je réalisais aussi que le code n’était pas réservé aux ingénieurs »

Boris Paillard apprend alors à coder seul en parallèle de son travail. « Avec des tutoriels disponibles sur la toile, des librairies et le soutien d’amis ingénieurs qui étaient développeurs ou avaient lancé des projets. En me formant, j’ai découvert à quel point le développement web avait évolué rapidement. C’était très différent des bases de code qu’on m’avait enseignées à Centrale. Je réalisais aussi que le code n’était pas réservé aux ingénieurs. Il pouvait être transmis à des personnes souhaitant se reconvertir dans un métier d’avenir, monter en compétence techniquement ou encore entreprendre ».

Les deux frères qui rêvent de lancer leur structure multiplient les workshops dans tout Paris pour tester leur pédagogie innovante : « Nous avons commencé avec des formations gratuites pour nous faire connaître et pouvoir mieux évangéliser. Le système des bootcamps commençait à se répandre aux Etats-Unis mais il était quasiment inconnu en France.  Nous avions peur de passer pour des imposteurs ! » 

« La quasi totalité de nos étudiants trouve un travail adapté à leurs attentes dans les quelques mois qui suivent la formation »

C’est sur ce concept – de formation intensive de deux mois – que Le Wagon se fait très vite un nom. De plus, les deux frères ont eu aussi l’idée judicieuse de s’associer avec Sébastien Saunier, diplômé de Polytechnique, alors consultant pour les startups qui devient le CTO du Wagon. Ils n’ont jamais cessé de former un trio soudé et complémentaire depuis. Le Wagon est alors sur de bons rails ! Reste à le faire avancer

Après avoir lancé un second format de formation à temps partiel en cours du soir, ils ouvrent en 2020 une deuxième formation en Data Science. Celle-ci est cette fois destinée à des personnes plus à l’aise techniquement. Des personnes souhaitant se lancer en tant de Data analyst ou de Data Scientist. Au sein de chaque formation, les élèves bénéficient d’un accompagnement poussé avec un ratio d’un professeur pour 10 élèves. Chaque professeur étant spécialisé dans son domaine.

En effet, « la quasi totalité de nos étudiants trouve un travail adapté à leurs attentes dans les quelques mois qui suivent la formation. De plus, les métiers techniques évoluent sans cesse et nous devons répondre aux nouvelles attentes. Par ailleurs, le secteur de la cybersécurité est en expansion et recrute de plus en plus. En conséquence, de nombreux postes apparaissent ».

« 13 000 étudiants formés par 1 000 professeurs de l’école et 44 campus ouverts dans le monde entier »

Parallèlement, Le Wagon met en ligne des cours et des tutoriels qui peuvent être consultés gratuitement. L’école forme également, dans le cadre de conventions passées avec des grandes écoles de commerce, des étudiants qui suivent ces cursus. « Je travaille aussi à développer des bootcamps que des entreprises financeraient. Les mentalités ne sont pas encore prêtes : on est plus au cas par cas et pas encore sur des groupes d’une cinquantaines d’élèves. »

On enregistre aujourd’hui :

  • presque 13 000 étudiants formés par 1 000 professeurs de l’école,
  • 44 campus ouverts dans le monde entier, (dont ceux très prisés de Paris, Londres  et Berlin).

« Je suis chanceux de travailler avec mon frère »

Nous avons établi un ambitieux partenariat avec Honoris United Universities, un acteur clé de la formation sur le continent africain. « Ils nous ont choisi pour former les futures élites. En Afrique, comme en Chine, c’est important de s’associer avec des structures déjà bien installées. Les cultures sont différentes », explique Boris Paillard, co-fondateur du Wagon.

Le Wagon est aussi présent en Amérique latine, notamment au Chili. Une première levée de fonds a permis à ses co-fondateurs de lever 17 millions d’euros en 2020 juste avant le premier confinement, « pour mieux nous développer et nous structurer », précise-t-il.

Boris Paillard a plein d’étoiles dans les yeux quand il évoque son avenir. Pas sûr qu’il ne penche pour une nouvelle déviation ! « Je suis chanceux de travailler avec mon frère. D’être dans un modèle dit familial. Cela change beaucoup de choses au niveau de la stabilité de la structure et de la confiance dans les relations. Maintenant que les pièces du puzzle se mettent en place, j’ai envie de le monter et de le voir terminé. Je ne suis vraiment pas encore sûr d’avoir trouvé la prochaine étape très visionnaire du Wagon, et oui, c’est stimulant ! En revanche, j’ai une certitude : je ne dévierai plus de l’éducation », conclut-il avec enthousiasme.

Par Nicolas Pigasse.

Les Déviations N°2

En vente

Les Déviations N°1

Toujours en vente

Les vidéos les + vues

Kalil Abou Khalil : Du travail précoce au plus grand importateur de Guinée

Parti de Dubréka avec pour seul capital le goût du travail, Kalil Abou Khalil s’est...

Un cancer met fin à sa vie à 100 à l’heure

À 35 ans, Élodie Brocas menait une carrière fulgurante dans le marketing international. Manager reconnue,...
Juliette Mercier Stomie Busy

Stomie Busy : de l’adolescente malade à l’illustratrice qui inspire des milliers de personnes

Juliette Mercier, l’illustratrice qui partage sa vie Juliette Mercier, alias Stomie Busy, raconte sa vie...

Karine, alias Careerkueen : elle a réinventé sa vie pro et inspire des milliers de personnes à suivre le mouvement

Ancienne cadre RH dans de grands groupes internationaux, Karine Trioullier a choisi de quitter la...

Nos vidéos partenaires

Nos derniers articles