Roselyne Granier :  «Identifier quelque chose d’inattendu, et se laisser surprendre… »

À l’occasion de la sortie de notre magazine N°2, nous vous proposons de découvrir certaines de nos histoires. Aujourd’hui nous vous parlerons de Roselyne Granier. Après avoir frôlé le burn-out professionnel, cette ancienne Directrice Financière, mère de 3 enfants,  a désormais une double casquette : elle est coach* et professeur de yoga. Elle est une adepte de la sérendipité. « En l’interrogeant en miroir sur sa validité, nous favorisons l’émergence de nouvelles idées, de nouvelles pistes de sens. »

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Propos recueillis par Nicolas Pigasse.

Les Déviations : Vous conseillez les personnes qui veulent changer de vie, mais vous en parlez avant tout en connaissance de cause ?

Roselyne Granier : J’ai vécu une déviation il y a dix ans. Je travaillais depuis plus de 20 ans dans le secteur de l’énergie où j’évoluais dans des fonctions de direction financière. – Je suis diplômée d’HEC- J’ai frôlé le burn-out ! J’étais épuisée, et je ne savais pas pourquoi. J’avais les larmes aux yeux en permanence, avec un sentiment de tristesse que je ne comprenais pas non plus. D’où venait cette émotion alors que j’avais tout pour être heureuse ?

L’épuisement corporel m’a obligée à un retour sur moi : cela venait de la vacuité de mon travail, de mes journées. C’est devenu insupportable et j’ai dû m’arrêter de travailler pour pouvoir faire une pause, tout d’abord me poser, et prendre du temps, laisser infuser ces émotions. J’ai pu bénéficier d’un bilan de compétences : et là j’ai « découvert » qu’il était possible de chercher le métier qui me plaise vraiment, de définir l’activité qui me porterait, qui aurait du sens pour moi.

« J’avais suivi les injonctions de mon contexte familial. »

Roselyne Granier : Jusqu’alors, en effet, je ne me l’étais jamais autorisé, je n’avais même pas envisagé que ce fut possible. C’est ce que l’on appelle classiquement le « syndrome de la bonne élève » : j’avais suivi les injonctions de mon contexte familial, il fallait faire de bonnes études, être diplômée, trouver un job dans une grande entreprise pour être « en sécurité », « bien gagner sa vie », sans crainte du lendemain. 

Bien sûr, je ne renie pas cette première partie de mon parcours, qui a été dense, pleine de challenges, avec une vie personnelle bien remplie à côté. Mais ce moment de crise, a été un déclic : j’ai pu donner un autre sens à ma vie. Désormais, je fais le métier qui me passionne : accompagner les autres, dans leurs enjeux et changements professionnels, en m’appuyant sur ce que le yoga, ses techniques et sa philosophie, apportent de sérénité et de capacité de discernement.

LD : Aujourd’hui vous êtes coach et professeur de yoga. Quel est votre rôle au sein de l’équipe de Les Déviations ? 

R.G : J’accompagne sur des objectifs professionnels des managers, des dirigeants, ou des personnes qui veulent changer d’horizon. J’ai connu Les Déviations en rencontrant, par hasard, dans le monde du rugby, un de ses fondateurs. Depuis, j’ai rejoint l’équipe en tant qu’associée et je suis là pour aider des personnes qui veulent changer de vie, ou qui sont en quête de sens. Je suis le coach expérimenté, la garante de l’éthique. Avec mon expérience, je suis un peu celle qui s’assure du sérieux des accompagnements que l’on propose ! Par exemple, le travail de François Délivré et de Dina Scherrer, qui constituent des références dans le coaching, ont inspiré les ateliers que j’anime.

Je m’occupe également de sélectionner les accompagnateurs (professionnels du coaching, conseils, médecins, thérapeutes, etc..) qui proposent leur aide à nos membres dans leur parcours de déviation. Le processus permet de les certifier et de les suivre dans leurs missions, pour en garantir le sérieux et la qualité, et permettre à nos membres d’aller jusqu’au bout de la démarche, que ce soit pour un changement de vie radicale ou pour un changement de poste dans le même univers.

LD : Quel regard portez-vous sur la quête de sens professionnel ? 

RG : C’est un chemin … qui peut être long, tortueux et difficile, c’est important d’en avoir conscience et d’en accepter les différentes étapes, comme pour lors d’une perte ou d’un deuil. Laisser la situation actuelle, avec ses avantages pour accepter d’aller vers autre chose.

De par mon expérience de coach et des nombreux cas que j’ai connus, cela passe souvent par une crise, un déclic, un temps de rupture, qui ouvre une remise en question. Ceci n’est pas toujours bien vu, c’est un euphémisme ! Que ce soit dans l’entreprise ou dans le cercle familial. Le premier défi est donc tout d’abord d’accueillir ce temps, d’arriver à l’identifier et à l’assumer, car le regard des autres et la pression de l’environnement professionnel peuvent être très difficile à dépasser : « Quoi ? vous n’êtes pas contente de votre travail ? Bah, cela correspond à vos compétences, et de toute façon il n’y a pas d’autre poste pour vous ici ! » ou encore : « Comment ? pourquoi veux-tu quitter ce job rémunérateur ? comment vas-tu vivre ? »

« Y a-t-il des choses que je cherche à répéter ou à réparer ? »

Roselyne Granier : Ce moment passe souvent par le corps, qui envoie des signaux plus ou moins forts, pouvant aller de la fatigue, de la lassitude, du manque d’élan, comme ce fur mon cas, jusqu’à l’épuisement extrême, avec l’impossibilité de sortir de son lit.


Il s’agit d’apprendre à se connaître, d’identifier ses talents, de mettre à jour ses envies, ses rêves, ses intentions pour le monde…

Mais tout cela ne se fait pas en claquant des doigts, c’est un long processus, qui peut passer par du découragement et une baisse d’énergie, mais aussi des moments d’exaltation et de joie. Il est important d’écouter ses émotions, sa sensibilité et ses blessures personnelles. Elles peuvent revenir au premier plan dans cette période de questionnement et de fragilité.

Beaucoup de questions surgissent et méritent d’être approfondies : d’où vient cette envie d’autre chose ? Quels sont mes modèles ? Y a-t-il des choses que je cherche à répéter ou à réparer ? Qu’est ce qui doit changer ? Qu’est-ce que je veux garder ? qu’est ce qui m’a fait et qu’est-ce que j’en fait ? etc…

LD : Faut-il chercher à se faire conseiller ?

RG : L’accompagnement d’un professionnel se révèle souvent indispensable dans ces moments de questionnement. Tout d’abord ce peut être un thérapeute pour commencer par aller mieux, puis un coach pour revisiter son parcours, identifier ses talents et compétences, ouvrir des portes, des options possibles et les tester. On peut avoir la tentation de vouloir tout changer du jour au lendemain. Mais il est important de prendre du TEMPS : laisser le « muscle cerveau » se détendre. C’est ce que j’appelle marauder, errer, trainasser. C’est souvent en perdant du temps, en musardant et en ayant le sentiment de ne rien faire qu’il y a des choses qui se passent et que les idées émergent. Un déclic se fait sans que l’on en ait conscience immédiatement. 

Accueillir l’inattendu, laisser la chance aux rencontres, s’ouvrir à des idées qui émergent, autant de choses qui favorisent le changement. Comme par sérendipité : lorsque nous nous promenons sans rien chercher, surgit l’improbable, une pépite !

LD : La sérendipité vous tient à coeur…

Roselyne Granier : Oui. C’est Horace Walpole, homme de lettres anglais, qui forge ce mot au 18ème siècle : « c’est la faculté de découvrir par hasard et sagacité des choses que l’on ne cherchait pas. » Il fait une analogie avec un conte oriental, Voyages et aventures des trois princes de Sérendip (ancien nom de l’île de Ceylan), traduit du persan en français par le chevalier de Mailly en 1719. Le roi de cette île envoya ses trois fils parfaire leur éducation en parcourant le monde. Et c’est lors de ce voyage, qu’ils observent en chemin de nombreuses traces, sans doute laissées par un animal. L’herbe est broutée d’un seul côté du sentier, les pattes semblent s’enfoncer de manière inégale dans le sol, etc. Ils rencontrent un chamelier qui leur demande si, par hasard, ils n’auraient pas vu un de ses chameaux égarés.

Rien qu’en interprétant avec malice les traces de son passage, qui fonctionnent comme autant d’indices, ils sont alors capables de décrire un animal qu’ils n’ont jamais vu. C’est de là que nait le terme de « sérendipity », un art de l’observation et de la déduction, alliée au hasard. Il va s’appliquer dans le domaine des sciences : « Les germes de grandes découvertes flottent constamment autour de nous, mais ils ne peuvent prendre racine que dans des esprits préparés à les recevoir » écrit Pasteur.

« Être ouvert à l’étrange lui permit ainsi de découvrir quelque chose à quoi il ne s’attendait pas. »

Roselyne Granier : Le terme entre ensuite dans le vocabulaire scientifique dans les années 1930/40 aux Etats-Unis, puis plus tardivement en langue française en 1952. Il désigne la capacité à identifier quelque chose d’inattendu, et de se laisser surprendre. Il s’agit de laisser advenir l’aléa, le fortuit, d’y déceler quelque chose qui étonne, avec de la sagacité, du discernement et beaucoup de rigueur pour décrypter ce qui paraît incompréhensible ou ténu, bref un presque rien. La pénicilline, par exemple, fut ainsi découverte par sérendipité. Fleming, de retour de vacances, trouve des boites destinées à la culture de staphylocoques abandonnées par erreur, et dans lesquelles une moisissure cotonneuse et d’un blanc verdâtre peu alléchant s’est développée.

Son premier mouvement est alors de les jeter en se conformant à ce que les normes d’hygiène réclameraient. Mais, il remarque qu’autour des moisissures, les staphylocoques se sont rétractés. Il approfondit alors son observation et émet une hypothèse scientifique. Il confirmera par les études qui suivront, mettant ainsi à jour un antibiotique, qui, plusieurs années après, sauvera tant de vies. Être ouvert à l’étrange lui permit ainsi de découvrir quelque chose à quoi il ne s’attendait pas.

Dans les pays anglo-saxons, les « Serendipity shops » sont aussi des magasins où l’on peut trouver des idées de cadeaux inattendus…

LD : Quel est alors le rôle du coach ?

RG : Dans un accompagnement à la quête de sens professionnel, il sera utile de ralentir au niveau de l’expérience, de prendre le temps de nous promener avec le déviateur dans sa situation, sans foncer vers une solution a priori, en étant prêt à nous laisser surprendre par une étrangeté, un détail, un presque rien que nous avons la vigilance de relever.

Alors, il va peut-être pouvoir déceler, sous cette chose si ténue, une pierre précieuse, quelque chose de très important et sur lequel il va pouvoir s’appuyer.

Cette notion de sérendipité réconcilie, pour moi, raison et subjectivité, imagination pour interpréter ce que nous voyons ou ressentons, et enfin rationalité pour en tirer une hypothèse. La pertinence sera vérifiée par le déviateur au fil de sa démarche. En l’interrogeant en miroir sur sa validité, nous favorisons l’émergence de nouvelles idées, de nouvelles pistes de sens.

LD : comment être certain d’être prêt ? 

RG : Il faut bien se connaître pour franchir le cap : être conscient des événements qui nous ont construits, se replonger dans ses désirs, dans ses rêves de jeunesse, bien définir le nouveau sens que l’on souhaite donner à sa vie. Et bien sûr, cette transition se prépare. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut être prêt à tous les niveaux : mentalement et physiquement. Sans oublier l’étude de l’aspect économique et de la faisabilité des nouveaux projets. Il y a tout un tas de techniques à disposition.( bilan de compétence en mode coaching, sophrologie, massages d’énergétique chinoise, yoga, respiration, méditation…) Puis du conseil pour ajuster le projet et son financement.

LD : Il y a-t-il des pièges à éviter ? 

Roselyne Granier : Oui ! Comme celui d’écouter la bonne copine qui vous incite à devenir gardien de chèvres dans le Larzac – même si je n’ai rien contre ce métier ! Ou de porter trop d’attention à des réactions de proches inquiets de vos projets. Comme expliqué plus haut, Il faut savoir en discuter avec les bonnes personnes qui sauront écouter, et valider l’authenticité de sa démarche. Comme l’équipe d’accompagnateurs certifiés « les déviations » qui sont là pour guider et soutenir nos membres dans leur démarche.
* Roselyne Granier anime les ateliers « Les Etoiles et l’Arbre de vie ».

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