Une quête de sens professionnelle (et personnelle)
Rien ne semblait, au départ, prédestiner Clara Delétraz à devenir l’un des visages de la reconversion professionnelle en France. Diplômée d’une grande école de commerce, elle enchaîne les stages… sans jamais en finir un seul. “Je ne comprenais pas ce que je faisais là”, raconte-t-elle. C’est un cours d’entrepreneuriat qui provoque un premier déclic, aussitôt réprimé : “Ce n’est pas pour toi”, lui assène son père.
Elle bifurque alors vers le secteur public, espérant y trouver une utilité plus grande. Au sein du projet du Grand Paris, puis au ministère du Numérique avec Fleur Pellerin, elle participe à la création de la FrenchTech. Des missions excitantes, mais où le sens finit par se diluer dans les logiques de pouvoir.
Switch Collective : un nouveau modèle de reconversion professionnelle
En 2015, Clara Delétraz cofonde Switch Collective, un programme de bilan de compétences nouvelle génération. Le mot d’ordre : sortir des cases, réconcilier l’introspection et l’action. Ici, on teste avant de tout quitter. On explore, on se confronte, on expérimente.
La méthode est collective, pluridisciplinaire, mêlant visualisation, méditation, improvisation, travail de groupe. L’idée est de sortir du mental pour mieux entendre ce que l’on veut vraiment. “La quête de sens est une quête de lien”, explique Clara.
Switch rencontre un succès fulgurant. Le mot “bullshit job” entre dans le langage courant, et les aspirations à la reconversion explosent. Clara et son équipe deviennent des figures de cette nouvelle génération qui ose dire non à un travail sans âme.
ENSEMBLE(S) vers une société du lien
Après la vente de Switch Collective en 2020, Clara prend une pause, un “vide fertile” comme elle l’appelle. Elle se forme, s’interroge, écoute. Une nouvelle conviction émerge : ce que nous appelons crise du travail est aussi une crise de relation à l’autre. Nous vivons dans des bulles, de plus en plus homogènes, de plus en plus éloignées les unes des autres. Cette fracture sociale nourrit la polarisation.
Pour y répondre, elle lance ENSEMBLE(S), une newsletter et une série d’expériences immersives visant à réapprendre à dialoguer, à débattre sans se détester, à faire ensemble. Elle organise des rencontres improbables entre inconnus aux opinions divergentes, collabore avec Brut, La Croix et le Fonds Bayard pour le projet Faut qu’on parle, et documente les mécanismes de la réconciliation citoyenne.
Son ambition ? Développer une méthode de dialogue applicable partout : dans les entreprises, les territoires en tension, les espaces publics. Et bientôt, sous forme d’un spectacle participatif et d’une série documentaire.
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