La vie à 100 à l’heure : quand le corps dit stop
En 2015, Élodie travaille dans une grande multinationale à Zurich. Responsable marketing, elle dirige une équipe répartie entre l’Angleterre, l’Allemagne et la Suisse. Une carrière brillante, nourrie d’ambition, de responsabilités croissantes et de journées de 14 heures. “Je tenais à l’adrénaline”, confie-t-elle, reconnaissant son incapacité à dire non et son besoin de prouver qu’elle pouvait tout mener de front.
La naissance de son fils accélère encore son rythme. Entre les trajets chronométrés vers la crèche, les journées sans pause déjeuner et les soirées consacrées à la routine familiale, Élodie se retrouve épuisée. Malgré les bronchites, sinusites et infections à répétition, elle persiste : il faut tenir, prouver, performer. “Je voulais montrer que j’étais toujours la même”, raconte-t-elle.
Mais le corps, lui, ne tient plus. Essoufflements inhabituels, fatigue extrême, maladies à répétition… jusqu’à ce rendez-vous médical initié sur les conseils de sa mère. Un test d’effort, une prise de sang, une radio. Puis le verdict tombe : une tumeur de plus de dix centimètres dans la poitrine. “C’est comme si le monde s’écroulait sous mes pieds”, se souvient-elle encore avec émotion.
Le choc du diagnostic : une rupture brutale et salvatrice
Seule face à une médecin qui lui annonce brutalement qu’elle a un lymphome, Élodie pense immédiatement à son fils : “Ce n’est pas possible, il a besoin de sa mère.”
Après quinze jours d’attente interminable, le diagnostic est confirmé : un lymphome de stade 2. S’ensuivent six mois de chimiothérapie, puis de radiothérapie.
Si les traitements sont éprouvants, Élodie s’accroche. Elle garde ses cheveux, un détail pour certains, mais un soutien psychologique essentiel pour elle : “On a l’air moins malade, et toute petite chose positive est bonne à prendre”.
Cette période marque surtout un tournant intérieur. Pour la première fois, elle se met au centre de ses priorités. « J’ai toujours mis les besoins des autres avant les miens, mais là, c’était une question de vie ou de mort » explique-t-elle. Elle découvre la nécessité vitale d’écouter son corps… et de ralentir.
En octobre 2017, la nouvelle tombe : il n’y a plus aucune trace de tumeur. Une libération. Mais aussi un vertige : comment reprendre une vie “normale” ? Très vite, Élodie comprend qu’elle ne pourra pas revenir dans ce milieu professionnel ultra-exigeant.
Un changement de vie : du marketing au bien-être
Après un licenciement arrangé avec humanité, elle entame une longue période de reconstruction. Puis une évidence s’impose : cette vie à 100 à l’heure est terminée. Elle veut travailler pour l’humain. Elle se reconvertit, enchaîne quatre ans d’études : coaching, yoga, nutrition. Elle crée son cabinet, développe des ateliers bien-être en entreprise et accompagne désormais ceux qui vivent ce qu’elle a connu : la charge mentale, le surmenage, la déconnexion avec le corps.
“Je suis exactement à ma place”, affirme-t-elle. Elle transmet ce que la maladie lui a appris : la nécessité de s’écouter, de ralentir, de prendre sa santé en main avant que le corps ne crie trop fort.
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