Au bout de cinq ans de vie active dans l’univers du luxe, Zoé Berthet découvre un peu par hasard, à l’âge de 30 ans, les métiers d’art. Elle se forme alors à la tapisserie et crée sa petite entreprise avec cette volonté, qui l’animait déjà lorsqu’elle était sportive de de haut niveau, de se dépasser chaque jour pour produire quelque chose de parfait.
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« J’ai grandi en Savoie dans une petite ville de 7 000 habitants au pied des montagnes : une enfance heureuse et épanouie en pleine nature, à skier et faire du sport, avec tout à proximité et des copains qui se suivent sur des années.
J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont fait voyager et donné accès à la culture.
Quand vient le temps de choisir son orientation, on est jeune, ça va vite, on ne pense pas aux filières techniques. Dans ma famille, quand on est bonne élève, on fait latin, allemand, bac S, puis médecine ou école de commerce. J’ai donc commencé par les classiques bac général et école de commerce. Je me suis spécialisée dans la mode et le luxe parce que ça représentait pour moi l’excellence, le savoir-faire français et un univers très créatif.
« J’avais besoin d’un métier avec plus de sens, plus d’autonomie et d’un savoir-faire unique »
Après mon diplôme, j’ai travaillé comme acheteuse-approvisionneur chez un créateur spécialisé dans le cuir. J’allais souvent dans les ateliers de fabrication et c’est de loin la partie que je préférais : regarder les artisans travailler, l’agilité de leurs mains et l’ambiance qui y régnait. J’étais fascinée.
Mais l’essentiel de mon métier était ailleurs : prévisions d’achats, tableaux excel et vie de bureau. Très vite j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour, je ne m’y retrouvais pas. Alors j’ai d’abord essayé de changer d’entreprise, puis de job, mais au bout de cinq ans j’ai compris que ce n’était pas une question d’entreprise mais de projet. J’avais besoin d’un métier avec plus de sens, plus d’autonomie et d’un savoir-faire unique. Grâce au soutien de ma supérieure, j’ai pu négocier mon départ et me lancer dans une reconversion, mais sans savoir exactement dans quoi.
« Les métiers de l’artisanat d’art se sont imposés à moi »
Le choix de la tapisserie, c’est un peu de hasard mais pas tant que ça. Les mois qui ont suivi, je me suis posé la question de ce que je voulais vraiment : être ma propre patronne (depuis l’âge de 16 ans je voulais être cheffe d’entreprise), et exercer un métier dans lequel on ne s’ennuie pas qui soit créatif, stimulant, avec une vraie valeur ajoutée. S’il fallait retourner à l’école, j’étais d’accord, pour une formation courte. De là, les métiers de l’artisanat d’art se sont imposés à moi.
Et puis un jour en me baladant près de chez moi, je vois une chaise dans la rue sur laquelle il ne reste que la structure en bois. Je me souviens alors que ma mère avait un jour pris des cours chez un tapissier pour refaire un fauteuil. Je repars donc avec la chaise sous le bras et l’idée de la retapisser. Et comme je suis d’un naturel curieux, je me renseigne sur ce métier, le diplôme nécessaire, et je vois qu’il existe une formation pour adulte d’un an au Greta CDMA – Boulle. Les inscriptions sont ouvertes alors je soumets ma candidature, passe un entretien, et suis reçue pour démarrer à la rentrée suivante du lundi au vendredi, 8h-17h. Tout s’enchaînait à merveille, et en tant que demandeur d’emploi je pouvais bénéficier du financement intégral de la formation – qui aurait coûté 12 000 €.
« Aujourd’hui je vis exclusivement de la tapisserie »
La première pièce que j’ai réalisée était un siège de tapissier, un tabouret carré qui permet d’aborder toutes les techniques et qui nous sert ensuite toute notre carrière. Je n’avais jamais fait ça de ma vie et dès le premier jour, mon choix a été validé.
En 2019, j’ai créé mon entreprise individuelle et commencé à travailler chez moi, dans mon salon. J’ai fait le choix d’investir dès le départ dans du matériel de qualité et dans la communication (site web, identité de la marque), pour un budget d’environ 6 000 €, grâce à mes économies personnelles mais aussi les différentes subventions allouées par la région et la Chambre des métiers et de l’artisanat. Le temps de construire ma clientèle et d’avoir un volume de commandes suffisant, j’ai travaillé à temps partiel pour un autre atelier de tapisserie la première année. A mesure que l’activité se développait, je me suis rapidement retrouvée à l’étroit dans mon appartement parisien. Il fallait que je trouve un atelier pour continuer à faire grandir mon activité. En avril 2022 j’ai donc rejoint le collectif ICI Montreuil et ça a été un tournant décisif ; aujourd’hui je vis exclusivement de la tapisserie.
« Travailler avec ma tête et mon corps me permet de me dépenser mais nécessite une certaine hygiène de vie »
Depuis que je fais ce métier, j’ai retrouvé ce qui me faisait vibrer ; une sorte de passion que j’avais plus jeune quand j’étais sportive de haut niveau en handball. La tapisserie aussi demande un investissement physique et intellectuel important et je retrouve ce côté dépassement de soi, cette volonté de produire quelque chose de parfait. Il n’y a jamais de lassitude, chaque jour est différent. Cela correspond bien à mon tempérament et me permet d’être pleinement épanouie.
Travailler avec ma tête et mon corps me permet de me dépenser mais nécessite une certaine hygiène de vie pour envisager sereinement le long terme. Je dois gérer aussi bien l’administratif que la fabrication en passant par la relation client. C’est un engagement quotidien important, mais je n’ai pas l’impression de travailler puisque je fais les choses pour moi avec la liberté de gérer et moduler mon travail. J’ai moins de temps libre qu’avant, mais mon cercle proche est toujours présent, il m’accompagne et me soutient depuis le début.
Je n’ai découvert les métiers d’art qu’à 30 ans, parfois je me dis que j’aurais aimé que cela arrive avant. Et puis je me ravise car tout ce que j’ai acquis avant ma reconversion m’a été utile, et reste aujourd’hui un bagage important. Beaucoup comme moi pourraient s’épanouir dans les filières techniques mais passent à côté parce qu’elles ne sont pas assez valorisées. Heureusement, c’est en train de changer ! »
Propos recueillis par Laurène Loth.
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