Il arrive un moment où l’on ne se reconnaît plus dans ce qu’on fait, où le geste devient mécanique, et où le sens s’efface derrière l’habitude. Pour Emelyne, ce moment a été celui du trop-plein, celui où son corps a dit stop avant sa tête. Kinésithérapeute depuis près de vingt ans, elle avait appris à écouter les autres. Cette fois, elle a décidé de s’écouter elle-même et de mettre ses mains au service d’autre chose : construire, plutôt que réparer.
« J’ai toujours soigné avec mes mains. Aujourd’hui, je construis avec. »
Elle a passé vingt ans à écouter les corps.
À soulager, à remettre en mouvement, à réparer ce qui s’était cassé.
Kinésithérapeute, Emelyne aimait ce lien entre la science et l’humain. Mais peu à peu, elle a senti que quelque chose se délitait.
“Je voyais bien que les soins ne suffisaient plus. Les gens avaient besoin d’autre chose, et moi aussi.”
Ce “autre chose”, elle le trouve là où on ne l’attend pas : sur un chantier, les mains dans la terre, à construire des murs écologiques.
Du soin de l’humain au soin de la planète
Quand elle devient maman, Emelyne prend conscience de l’état du monde qu’elle laissera à ses enfants :
« On n’est que les locataires de la Terre de nos enfants. »
Cette phrase, elle l’a gardée comme un mantra.
Devenir mère a changé sa manière de regarder le monde. Ce qu’elle réparait dans un cabinet, elle veut maintenant le reconstruire à la source : la planète elle-même. Elle quitte son métier, s’inscrit à une formation de l’ASDER en tant qu’ouvrière polyvalente en éco-construction à Chambéry, et découvre un univers où chaque geste a du sens. “Avant, mes mains soignaient. Aujourd’hui, elles bâtissent. C’est différent, mais c’est la même énergie.”
Retrouver du sens, les mains dans la matière
Sur les chantiers, Emelyne retrouve le plaisir du geste concret : voir, toucher, bâtir.
Chaque jour, elle mesure ce qu’elle a accompli. Le soir, la fatigue a remplacé la frustration.
« L’avantage dans la construction, c’est qu’à la fin de la journée, on voit ce qu’on a fait. »
Ce rapport direct à la matière, à l’extérieur, au collectif… tout ce qui lui manquait dans le monde médical. Elle se sent utile autrement, actrice d’une transition écologique à échelle humaine.
“Il faut oser se réaligner”
Aujourd’hui, Emelyne ne se définit plus par son ancien métier, mais par le sens qu’elle met dans ce qu’elle fait.
“On n’a qu’une vie. Il faut oser se réaligner avec ce qu’on ressent.”
Son parcours résonne comme un appel à tous ceux qui hésitent à franchir le pas : changer de voie n’est pas un échec au contraire, pour certain comme pour Emelyne c’est une renaissance.
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