Episode 4 – Chronique d’un entrepreneur néorural : « Hier matin, j’ai raté mon avion »

avion

Entretenir un réseau n'est pas une perte de temps.

C’est dans ce type de cités et à l’abri des curieux que se conçoit le monde de demain

Hier matin, j’ai raté mon avion.

Nous étions prêts et bien réveillés, mais visiblement en retard. Aucun bateau n’aurait pu nous déposer à temps à l’aéroport.

J’étais ennuyé, bien sûr. J’avais des rendez-vous. Mon absence allait se voir. Mais qu’y pouvais-je ? Rien… Alors, je suis sorti marcher.

Il faisait encore nuit sur Venise. Mais pas pour longtemps, car l’aurore arrivait. Elle était moins belle que les jours précédents. De lourds nuages masquaient le soleil d’automne. Il allait sans doute pleuvoir.

Je suis sensible à la lumière. Aucun décor, fut-il sérénissime, ne peut se passer de ses rayons pour réchauffer mon âme. La douceur de cette promenade ne vint donc pas des couleurs célestes, mais plutôt de sa quiétude.

Le vide, l’espace avaient envahi les rues et les canaux. Il flottait cette forme de calme que constituent les bruits d’une ville qui s’éveille. Il sera bientôt couvert par le brouhaha de la foule. Elle prend quotidiennement le contrôle de la cité jusqu’à 17h. Puis, les touristes qui la composent repartent d’où ils sont venus. Leurs smartphones pleins de photos d’eux-mêmes avec les monuments autour.

Et c’est à leur départ que Venise redevient éternelle. Celle que les visiteurs d’un jour ne rencontreront jamais. Celle des palais qui reçoivent discrètement pour parler d’art, réfléchir au monde et à ses futures possibles. Loin des activistes vociférant, des coups d’éclat médiatiques, des gesticulations violentes et des blocages… C’est dans ce type de cités et à l’abri des curieux que se conçoit le monde de demain.

Il ne faut jamais négliger ces moments où on lâche le quotidien pour poser son regard vers l’horizon

Ici, ce sont les femmes qui tiennent les rênes. C’est d’ailleurs la mienne qui était invitée. Je n’ai fait que l’accompagner. Comme les Italiennes de la Renaissance, elles font société. Elles tiennent des salons d’un genre nouveau, organisent, connectent, fédèrent. Elles tissent des réseaux d’influence mondiaux sur des projets aussi divers qu’ambitieux.

L’humanisme est né quelque part entre ici et Florence à la fin du Moyen-Âge. Porté par des familles qui ne s’excusaient ni de leur puissance ni de leur pouvoir. Il a, depuis, perdu de sa substance. Celle qui nous a reçus et de celles qui veulent le refonder. De celles qui fait que Venise est redevenue cette dame influente.

Plus discrète qu’au temps de sa splendeur, mais tout aussi élégante. Plus cultivée que New York, moins prétentieuse que Londres ou Paris, elle me fait penser à ces villes suisses qui ressemblent à des jardins paisibles et hors du monde… Jusqu’à ce qu’on se rende compte de qui vient les cultiver. Elle forge des projets dont les ramifications vont passer à l’action un peu partout ailleurs.

Demain, je retournerai à ma roue de hamster débordé avec un beau projet en perspective.

Cette parenthèse m’aura rappelé qu’il ne faut jamais négliger ces moments où on lâche le quotidien pour poser son regard vers l’horizon. Entretenir un réseau n’est pas une perte de temps. Faire des rencontres est un enrichissement. Et rater un avion n’est pas si terrible.

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