Gabrielle Ferrandon, 3 ans après

Aujourd’hui, mes mains ont aidé des bébés à naitre, elles ont soutenu des mamans.

Mais qu’était devenue Gabrielle Ferrandon, cette cadre dirigeante dans un grand groupe qui voulait devenir sage-femme ? 

Rappelez-vous du témoignage que nous avons diffusé il y a presque trois ans. Elle y annonçait qu’elle quittait un poste à haute responsabilité pour suivre son destin et « devenir utile ». À l’époque, elle était en pleine transition : elle avait repris ses études mais n’était pas encore diplômée. Elle percevait encore son ancien et confortable salaire. De quoi faire douter plusieurs membres de notre communauté qui n’avaient pas hésité à lui annoncer des déconvenues et un grand découragement une fois qu’elle aurait mis les deux pieds dans une réalité et un confort de vie bien différents de ceux qu’elle connaissait dans son ancienne profession.

Les 5 millions de vues sur Facebook et les dizaines de milliers de réactions bouleversées que son témoignage a générées au sein de notre communauté nous ont décidés à retourner la voir pour faire le point. Et nous avons bien fait, car il s’est passé beaucoup de choses dans la vie de Gabrielle depuis notre dernière rencontre.

Le changement : une réaction en chaine

Alors ? Qu’en est-il aujourd’hui ? Sa transition a-t-elle fonctionné ? Plutôt bien, en réalité… Pourtant, que de difficultés rencontrées, de changements insoupçonnés, de surprises en tout genre… Gabrielle nous avoue, dans sa récente vidéo, qu’à peu près rien ne s’est déroulé comme prévu.

Ceci pour une bonne raison : en déclenchant sa transition professionnelle, elle s’est mise dans une dynamique de transformation globale qui a eu des conséquences sur l’ensemble de sa vie, y compris dans les domaines où elle pensait ne rien avoir à changer. « Le métier est exactement comme je l’avais imaginé. (…) (Mais) à l’époque, je ne me doutais pas que faire bouger cette grosse pierre dans ma vie, qui était mon volet professionnel, allait aussi engendrer beaucoup de changements sur le plan personnel. »

Quelques mois après notre premier entretien, Gabrielle Ferrandon divorce. Elle déménage et rencontre son compagnon actuel, avec qui elle aura son troisième enfant. Elle a dû faire face à une baisse de revenus significative, s’immerger dans un monde très loin de celui de l’entreprise qu’elle connaissait, s’adapter sans cesse à des situations imprévues… Pourtant, elle ne regrette rien.

« J’avais tendance à dire (à ceux qui me le demandaient) que ce qui bougera avec une reconversion professionnelle devait bouger à un moment donné. »

Bref, ce qui est arrivé serait arrivé même si elle n’avait rien changé à sa vie. À la différence près qu’en prenant elle-même la décision de se mettre en mouvement, c’est elle qui a décidé du moment où ces événements se sont produits et où elle a dû y faire face. Elle était donc préparée et les a traversés avec un surprenant optimisme.

« En fait avec le recul, évidemment que tout ce que j’ai fait, je le referais exactement de la même manière. (…) Je me suis rendu compte que le joyeux bazar qu’a pu générer cette reconversion, c’est quelque chose qui me nourrit. Aujourd’hui, j’avance dans ma vie en prenant une chose après l’autre, en ayant confiance, en me disant que quoi que je traverse, je m’en sors. Parce qu’à chaque instant, les choix que je fais, je les fais pour les bonnes raisons, parce que ces choix viennent des tripes, du cœur. Cela m’a donné beaucoup de sérénité. Ma vie me ressemble beaucoup plus qu’avant. »

Une vie pour être utile

Le succès de la vidéo que nous lui avions consacrée l’a mise en contact avec des centaines de personnes qui, voulant elles aussi changer de vie, lui demandaient conseil. Le courage dont elle avait fait preuve avait impressionné. Gabrielle Ferrandon se sentait dépositaire d’un devoir d’assistance. « Parler du processus qui avait été le mien m’a permis de rentrer vraiment dans ma reconversion, de clôturer cette phase d’introspection qui était nécessaire pour trouver ma voie. »

À l’époque, c’est parce qu’elle n’arrivait pas à expliquer à quoi servait son métier à sa première fille qu’elle avait pris conscience qu’elle ne s’y épanouissait plus. Ce besoin d’être utile, de faire quelque chose de concret est aujourd’hui parfaitement satisfait. « Avant j’étais dans un métier très intellectuel, où je ne sollicitais quasiment que mon cerveau. Et j’avais donc cette frustration d’avoir l’impression de ne pas savoir faire les choses avec mes mains. (…) Aujourd’hui, mes mains ont aidé des bébés à naitre, elles ont soutenu des mamans… »

“J’arrive à surmonter toutes les difficultés qui se présentent.”

Avec le recul, il devient évident que les désagréments qu’elle ressentait dans son ancien métier n’était pas dus à une surcharge de travail, mais bien à cette envie, frustrée, de voir à quoi elle servait. Car des heures de travail, elle en a fait depuis ses débuts en tant que soignante. Et elle a été confrontée à des situations autrement plus graves que celles qu’elles rencontraient précédemment.

 « Je travaille dans un hôpital de niveau 3 où il y a de grosses pathologies, sur un territoire assez défavorisé avec beaucoup de patientes qui ont des problématiques de précarité. (…) Mais même si ce projet me fait rencontrer des difficultés, le fait qu’il me remplisse d’énergie, de créativité, de satisfaction, fait que j’arrive à surmonter toutes celles qui se présentent. »

Merci une nouvelle fois à Gabrielle Ferrandon pour son témoignage plein de sagesse et de recul sur sa propre histoire. 

Par Laurent Moisson.

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