Isabelle Kévorkian : “comment un chat m’a fait dévier !”

Isabelle Kévorian

Isabelle Kévorkian a envoyé par mail le texte de sa déviation que nous publions. Vous aussi contactez nous via notre adresse mail : contact@lesdeviations.fr si vous souhaitez témoigner sur notre média.

“Après des études chaotiques, pénibles et ennuyeuses (j’ai obtenu mon BAC la 2ème année avec une moyenne de 10 et pour la 2è fois le nombre max de points à rattraper à l’oral, autant dire que j’ai triché, c’était quitte ou double), je me retrouve inscrite en interim. 

Nous sommes en 1989. Le type de l’agence me propose un job de secrétaire à PROMOGOLF, une agence hors média spécialisée dans l’organisation de tournois de golf. En charge de l’organisation des tournois amateurs en France, j’y suis restée 5 ou 6 ans à Paris puis Cannes. À Cannes, trop de paillettes, de prestiges, de champagne, de fêtes, j’étais trop jeune, c’était trop facile et trop -de manière générale. J’ai senti que si je continuais, j’allais me perdre. J’ai démissionné, je suis revenue à Paris, chez mes parents, pointant à l’ANPE.

“17 ans à La Poste en charge de gestion de crises”

Puis un concours d’opportunités et de rencontres ont fait que j’ai été recrutée comme Dircom’ dans une filiale du groupe la Poste. De la filiale, j’ai atterri au siège. Je suis restée 17 ans Dircom’ au sein du groupe La Poste (entités fonctionnelles, opérationnelles ; France & international), notamment en charge de gestion de crises / conflits, de com’ du changement (changement de statut du groupe, modernisation industrielle, ouverture totale à la concurrence notamment).

En 2010, j’ai des problèmes de santé qui me font réfléchir et je décide de partir au Japon. Ce voyage est une première étape de ce qui se profile et dont j’ignore alors encore tout.  J’y arrive en octobre 2010 dans le cadre d’un premier festival Art Setouchi, à Naoshima & îles de la mer intérieure de Seto, Kagawa, Shikoku. J’étais l’une des seules françaises (+/- pigiste d’expos) cette année-là. Concrètement, j’y suis allée pour retrouver mes battements de coeur, que j’avais enregistrés lors de l’expo Personnes de Boltanski, Monumenta, Grand Palais en février 2010. Or entre temps, en juin, j’avais subi une hospitalisation imprévue, plus ou moins liée au coeur. J’avais, tout à coup, besoin de savoir où mes battements de coeur me survivraient, à Teshima. C’était la première fois que je partais seule, loin, à l’aventure, une sorte de pèlerinage. J’y suis restée 20 jours, hébergée à Takamatsu (la ville des romans d’Haruki Murakami, dont j’ai appris qu’elle avait été fondée le jour de ma naissance)

En 2012, en vacances en Bretagne, je décide d’adopter un chat à moitié crevé, abandonné sur la plage. Il s’avère que c’est une petite chatte sourde (blanche) et hyperactive. Je la ramène à Paris. À ce moment au sein de La Poste, on me confie le projet de coordination du renouvellement du timbre Marianne, sous le quinquennat Hollande. Je bosse comme une dingue et n’arrive pas à m’occuper du chat que je donne. Sauf que 4 jours après, en manque d’elle, je pars en opération commando la récupérer. Ça se passe mal mais je la récupère. 

“Mon chat devient ma muse créatrice. Il révèle mon potentiel artistique”

Ça constitue une sorte d’électrochoc : je décide de lui donner la parole pour comprendre ce qui s’est passé et décide aussi de lui consacrer le reste de ma vie. Je suis amoureuse de ce chat.

À La Poste, je n’étais déjà plus en phase avec la stratégie du groupe et je me dis qu’en rester là, sur ce qui prenait l’allure d’un succès, est propice à négocier un départ. Ce qui se passe. Je pars le 14 juillet 2013, le jour du dévoilement du timbre, à l’Élysée. 

Ma conseillère Pôle Emploi me dit : vous avez travaillé toute votre vie, profitez en pour souffler, réfléchir. Elle va discrètement m’orienter vers la création d’entreprise. 

Pendant ce temps, mon chat devient ma muse créatrice et mon prolongement ; elle révèle mon potentiel artistique (que j’étais déjà enfant, pianiste, danseuse, j’écrivais). J’écris notre histoire, à mon chat & moi. Ça devient des chansons, des compositions et je finis par créer ma société pour produire les CD. 

D’elle, mon chat, je fais une marque artistique (#lanouvelleolympe en réf. à Olympe de Gouges et nouveaux médias de prise de parole : les réseaux sociaux). Je deviens “agent de chat”.

Ma société : ikevorkian…

Au début, je l’ai créée pour pouvoir développer la marque #lanouvelleolympe qui est davantage l’enjeu. Je l’ai jusqu’à présent considérée davantage comme une société de moyens au service de mes projets. Je suis en train de revoir le positionnement dans l’intention de créer un kit numérique visant la création artistique, tous domaines d’expression, pour les enfants autistes. En prenant prétexte du chat, à qui il est plus facile de donner sa langue pour trouver sa place. Le chat devenant un avatar au service de la création.

L’enjeu à présent est de trouver des partenaires pour ce kit. Ce qui m’importait jusque-là, c’est que l’ensemble des créations existent, soient disponibles et accessibles, tous types de diffusions / commercialisations, pour prouver que c’est possible, de créer, diffuser, publier, produire, quand on est autiste. Que cela requiert des compétences et que ça vaut la peine de travailler ces compétences.

Isabelle Kevorian-Deviatios

“Je me suis mise en scène avec mon chat !”

J’ai produit 3 CD déclinés en spectacle et je me suis mise seule en scène avec mon chat, j’ai créé un premier blog de l’histoire (supprimé depuis) et ses réseaux sociaux.

Au début, je continuais à faire vivre mon entreprise grâce à des prestations de com’. Je ne me positionne pas trop comme artiste ou producteur. Syndrome de l’imposteur ?

Puis j’ai décidé de quitter Paris où je ne me suis jamais sentie heureuse. Il manque la mer et la nature. Je rejoins la Bretagne, l’endroit exact où j’ai trouvé mon chat comme si elle prenait les choses en main.

Déménagement et installation hyper-chaotiques.

En 2020, mon entreprise ne marche pas et je décide d’arrêter, la liquider (sous la pression des gens, et fatiguée). Je ne suis plus communicante ; je ne suis pas artiste ; agent de chat ça fait rigoler ; je ne vends pas les créations. 

Et là le confinement est décrété. Après réflexion je décide non pas de liquider mais de tout mettre en oeuvre pour la repositionner clairement, artistique, résolument digitale. 

Je me forme (production musicale, édition, streaming, plateformes de distribution ; industries littéraire et musicale qui est comme par hasard en train de se renouveler aussi, de se restructurer), j’efface tout et recommence. Je continue de me former grâce aux formations SCPP accessibles aux producteurs et surtout grâce aux formations créées pendant le confinement, à distance, par le CNM -ex IRMA ( cursus éditeur / producteur numérique) ; au cursus Facebook / activité numérique – entrepreneuriale et au réseau Femmes de Bretagne / des territoires. J’apprends surtout en faisant. Aux créations, j’ajoute un podcast que je produis.

Aujourd’hui, je publie le premier livre de ma société : un recueil des poésies qui constituent notre histoire, traduites en arménien et en breton (notre double origine). C’est un livre-disque dans lequel les 3 CD que j’ai produits sont joints de manière aléatoire en physique. Tous sont accessibles en numérique via un QRCode.

“Mes 7 premiers livres auto-édités bientôt retirés de la vente”

J’écris et renouvelle mon écriture pour publier autre chose que des romans (plutôt essais). D’ailleurs à la fin de cette années, aucun des 7 romans que j’ai publiés ne seront plus commercialisés.

2008. Cet enfant que tu m’as volé (IVG). Les Oiseaux de papier éd. : l’éditeur est mort, sa société liquidée. L’occasion de me dire que si je devais écrire l’histoire, elle ne prendrait plus la forme d’un roman, je n’ai pas fait de démarches pour poursuivre cette publication

2013. Les Enfants Rouges (enquête / double infanticide / révèle mes origines arméniennes). Jérôme Do. Bentzinger éd. L’éditeur a pris sa retraite, on a décidé conjointement de cesser la publication. Pour les mêmes raisons.

2014-2020 : j’en ai publiés aux Éditions du Net. Mes “romans de la colère” comme je les appelle. Qui ne m’ont rien valu de positif. J’ai demandé à l’éditeur de les supprimer de son catalogue. Je pense qu’ils constituent des fragments à utiliser plus tard, expurgés de toute colère.

2022 : mes mémoires, que j’ai publiées sur Amazon. Je ne voulais pas d’éditeur, je n’étais pas sûre d’avoir envie d’assumer ces chroniques, comme si je sentais qu’il manquait encore une couche de réécriture. Cependant, comme ça avait l’air d’intéresser les lecteurs, je les ai publiées. Je suis en train de les enregistrer pour les décliner en podcast. Les 10 premiers chapitres sont prêts. À la rentrée les 10 ou 15 suivants seront enregistrés. (Sur 62), avant la diffusion.

Désormais j’assume : artiste, singulière. Agent de chat. Éditrice et productrice.

Mes sites :  www.lanouvelleolympe.fr (dédié création artistique) et  www.ikevorkian.fr : la boutique).

En filigrane de la marque : causes sociétales.”

La prochaine étape : créer autour de la différence (le handicap, l’autisme en particulier les troubles asperger). Et si possible, créer un kit numérique permettant aux enfants autistes de développer des compétences artistiques et d’appréhender la forme artistique (plutôt #IRL) au service d’une place à prendre dans la société, moins académique. Quelles compétences pour quelles créations et quels métiers ?

Pour cette étape, je vais commencer à chercher des partenaires pour accompagner “l’idée -identifiés”

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