Témoignage : Judith Aquien

"Non les femmes ne s'écoutent pas assez. Et elles n'ont même jamais été assez écoutées !"

Judith Aquien, trois mois sous silence

Judith Aquien a 37 ans. Elle est directrice éditoriale de Chance. Après avoir vécu deux grossesses dont une fausse couche, elle a réalisé combien cette période est la plus critique et la plus difficile à vivre pour les femmes. Pourtant, cette période est la plus niée.

De ce constat est né un livre, “Trois mois sous silence, le tabou de la condition des femmes en début de grossesse”, paru chez Payot en mai 2021.

Judith est très engagée pour la cause des femmes et la parité. Pour elle, des quantités d’injonctions et de barrières ont encore des répercussions et des conséquences fortes sur leur vie professionnelle.

Elle trouve aujourd’hui son levier d’action à la direction éditoriale de Chance, un programme très avancé qui permet aux personnes de tout milieu, de pouvoir retrouver une voie qui correspond à ce qu’ils et elles sont réellement. “70% des personnes qui viennent nous voir sont des femmes, et ce n’est pas un hasard”.

“Non les femmes ne s’écoutent pas assez. Et elles n’ont jamais été écoutées !”

« J’ai tendance à me dire que, le diagnostic qui dit que les femmes s‘écoutent plus est faux. Non les femmes ne s’écoutent pas du tout et elles n’ont jamais été assez écoutées. C’est sans doute ça qui les amène chez Chance. C’est très difficile de se sentir légitime dans des choix que l’on fait d’orientation professionnelle. »

Avec Chance, Judith les aide aussi à se débarrasser des biais que la société leur impose, avec des petites phrases comme : « Tu feras ci, tu feras pas ça. C’est pas pour les femmes, ça c’est pas pour toi, etc. ». (…) Nous les aidons à se libérer et à trouver une voie qui sera la leur.”

On ne peut pas correctement orienter sa vie, si toute sa vie on a été désorienté et nié dans ce que l’on est. On touche à du culturel très fort et très ancré. Il faut pouvoir à un moment le détricoter. Nos corps font partie de tout ça et doivent être pensés comme des agents de notre vie professionnelle, les agents de notre légitimité, les agents du respect qui nous est dû.”

Une femme sur 4 concernée par la fausse-couche.

J’ai écrit ce livre car j’ai vécu deux grossesses. La première s’est achevée assez tôt par une fausse-couche. Et une seconde qui a été menée à son terme. La fausse couche concerne une femme sur 4, ce qui est énorme. Les mots utilisés eux mêmes dénigrent le caractère subi. (…) La femme est dénigrée, elle s’entend dire, tout cela est normal avec le même mécanisme qui est décrit pour parler des règles douloureuses. C’est normal, refusant, finalement d’y porter une quelconque attention.”

Une inégalité même aux urgences médicales…

Il y a des études qui montrent que dans des services d’urgences médicales, pour les mêmes symptômes, les hommes étaient traités plus rapidement que les femmes et recevaient davantage d’analgésiques là où les femmes recevaient des calmants. Plutôt que de traiter la douleur, on les shootait pour les taire”.

Le magazine Les Déviations est toujours en vente dans les kiosques ou via ce lien.

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