Léa Chonier : L’essence de la liberté

Quitte à créer son entreprise, autant avoir de l’ambition ! 

Léa Chonier se destinait à devenir cadre dynamique dans une grosse boîte parisienne, mais les souvenirs ont une odeur… Alors que son retour en Auvergne lors du confinement ne devait être qu’une parenthèse, Léa fait l’expérience de la fameuse madeleine… Au fil de ses balades en plein air et des temps partagés avec les siens, sa passion ressurgit. La promesse d’un CDI n’y fera rien. Léa est décidée : elle s’installera dans sa région natale pour y créer des parfums.

Par Cécile Fournier.

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Ce n’était pas la voie toute tracée d’une brillante étudiante à Science Po Bordeaux puis à l’Essec. Comme la plupart de ses camarades, Léa Chonier aurait dû travailler à Paris ou dans une grande ville, manager une équipe et gagner confortablement sa vie. La jeune femme de 26 ans a finalement quitté la capitale pour revenir s’installer en Auvergne et créer sa marque de parfum, Poécile.

Fragrance d’enfance

Un revirement qu’elle doit sans aucun doute à son insatiable curiosité d’esprit, et son éternel besoin de liberté. « La pluridisciplinarité de mes études me convenait très bien, explique-t-elle. En revanche, après mon alternance en tant que business analyst dans une grande entreprise du secteur immobilier, on m’a proposé un CDI et ça ne me plaisait plus. Il n’y avait aucune flexibilité et encore moins de créativité. On faisait ce qu’on nous demandait et c’était tout. » Comme beaucoup, le confinement finit de la convaincre de prendre un chemin de traverse. « Je suis revenue chez mes parents en Auvergne. J’ai alors pris le temps de me promener en forêt, de jardiner avec ma grand-mère. J’ai renoué avec mon amour pour les parfums et les odeurs de ma région qui ont ravivé des souvenirs et des émotions ». Il n’en a pas fallu plus pour finir de la convaincre.

Léa, amoureuse et collectionneuse de parfums depuis longtemps, décide de créer sa propre fragrance. Six mois plus tard, avec un investissement de 40 000 euros, et l’aide de deux jeunes nez-parfumeurs parisiens, l’aventure est lancée à Saint-Rémy-sur-Durolle. « J’ai choisi de travailler avec Maelstrom, une petite structure de trois personnes. Pour les trouver, n’étant pas issue du monde de la parfumerie, j’ai fait des recherches sur Google ! J’ai pris rendez-vous avec cinq laboratoires indépendants. Et j’ai choisi ceux qui correspondaient le mieux à mes valeurs.

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Maelstrom a tout de suite adhéré à mon projet. À savoir retranscrire les senteurs d’une région telle que je les ressentais moi-même ».

Depuis, quatre parfums sont nés.

« Pour créer une formule, je leur décris ce que je veux, les matières premières, les ingrédients… Ils font une première proposition et on ajuste ensemble. C’est une vraie co-création ». 

Une voyageuse nez

Même après la nouvelle inflexion qu’elle a donné à sa vie, Léa ne regrette pas ses choix passés. Tout ce qu’elle a fait avant vient apporter une pierre à son édifice. Elle admet bien volontiers que l’enseignement reçu lui permet d’avoir « une pensée structurée et plusieurs cordes à mon arc ». Elle avoue aussi que son parcours est rassurant notamment pour les banques auprès desquelles elle a souscrit un crédit.

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En parallèle de ses études, Léa n’a pas chômé.

Elle a endossé à plusieurs reprises des responsabilités au sein d’associations, une sorte de répétition de la fonction de cheffe d’entreprise.

Son goût pour les voyages à fait d’elle une entrepreneuse en mouvement. « Quand j’étais au lycée, j’ai vécu trois mois en Allemagne. J’ai fait un échange universitaire à Séoul et j’ai participé à des chantiers humanitaires comme en Turquie où nous avons rénové une école ». Et cette passion pour la découverte lui fait dire : « Je n’ai jamais rêvé à un métier en particulier, mais j’étais sûre d’une chose : je voulais voyager ».

Et aujourd’hui, celle dont les parfums s’imposent petit à petit sur le marché asiatique a la chance de pouvoir réaliser ce rêve.

La réussite en note de fond

Léa ne regrette rien de ce parcours qu’elle définit elle-même comme « celui de la bonne élève. J’ai eu besoin de faire ces études, d’aller jusqu’à cette proposition de CDI pour me rendre compte que ce n’était pas ça que j’avais envie de faire ». Comme elle le dit, elle voulait un parcours « pas trop facile ». Et si elle admet qu’être entrepreneuse n’est pas toujours facile, notamment à cause du stress engendré par les crédits à rembourser et le salaire de son unique employée, elle ne changerait sa place pour rien au monde. « Je suis beaucoup plus épanouie dans mon travail », assure-t-elle.

« Si j’étais restée dans l’immobilier, le soir après une journée passée avec l’impression de n’avoir pas servi à grand-chose, je n’aurais pas eu la même satisfaction que lorsque je réussis aujourd’hui à établir un lien avec les Vietnamiens, ou à vendre mes parfums ». Et dans 10 ans ? Elle qui a encore du mal à se rémunérer se rêve à la tête d’une grande société, la sienne : « Quitte à créer son entreprise, autant avoir de l’ambition ! ».   

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