Philippe Dénecé : « Réveiller une belle endormie »

La transparence, la confiance, la confidentialité et l’esprit d’équipe sont devenus quatre principes structurants.

Vous l’avez compris, Les Déviations s’intéressent à la quête de sens au travail. C’est un de nos sujets de prédilection. Dans nos pages, sur nos sites et réseaux sociaux, nous aimons donner la parole à des experts RSE, à des gourous de la raison d’être, à des théoriciens du leadership et de la culture de management. 
Avec cet article sur un acteur industriel, nous avons souhaité aller sur le terrain. Parce que la réalité nous fait sortir des idées reçues et des pratiques observées dans de grandes entreprises dont la population sur-éduquée et formée (nous parlons ici d’éducation académique bien sûr), pas toujours représentative de notre population, permet de propager des concepts, des idées valises qui restent bien souvent en apesanteur. 
Chez Intuis, chaque idée lancée en l’air doit finir par toucher terre. Chaque graine doit pousser et être comprise par tous. Nous sommes dans le monde très pragmatique des Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI). Des structures qui réagissent au moindre à-coup, pour le meilleur ou pour le pire. Des entreprises industrielles au personnel issu de toutes les classes sociales, aux métiers qui entretiennent et chérissent un sens pratique que d’autres peuvent avoir perdu de vue.

Et si la façon dont Philippe Dénecé s’attache à redresser Intuis, l’entreprise qu’il dirige depuis plus de 2 ans, était, en réduction, une métaphore du défi industriel français ? Cet homme discret, au sourire réservé, a su réveiller une flamme de fierté chez des centaines d’ouvriers, d’ingénieurs et d’employés de son groupe, alors que beaucoup d’entre eux avaient cessé d’y croire. Au départ, tout s’annonçait compliqué, les raisons d’espérer étaient peu nombreuses et le chantier immense. Pourtant, progressivement, le sens s’est dessiné, l’histoire s’est formalisée. Depuis, les choses se font et, au final, tout le monde y gagne. 

Par Vincent Teillet.

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« Conserver les usines, prendre le temps de rencontrer et d’écouter les gens, créer les conditions d’une analyse sereine »

Il y a les profils Linkedin, les idées reçues… et la réalité. Rencontrer Philippe Dénecé, c’est s’attendre aux premiers et se trouver confronté à la seconde. Coté clichés, voilà un homme formé en école de commerce (classique), passé en cabinet de conseil (évidemment), expert en chiffres (inévitable). Un profil qui coche les cases du dirigeant tel qu’on le présente habituellement. Côté réalité, c’est autre chose. Nous voici face à un homme qui voit dans le projet proposé en 2019 une opportunité pour mettre à profit ce que la vie lui a appris, dans le registre professionnel bien sûr mais aussi humain et personnel.

Le défi est de taille, il est urgent d’agir. Le groupe dont il vient de prendre la tête est en difficulté. Ses actionnaires irlandais – dont on peut comprendre qu’ils n’ont pas la même affection pour les territoires français où sont implantés les 6 unités de production du groupe – sont inquiets. Philippe doit les rassurer le plus vite possible : il aura besoin d’eux pour investir et sortir d’une stagnation qui confine au marasme. Là où d’autres auraient fait au plus rapide, en fermant certains sites, Philippe fixe ses conditions : conserver les usines, prendre le temps de rencontrer et d’écouter les gens, créer les conditions d’une analyse sereine. 

La vraie valeur de l’entreprise vient de ses savoir-faire

Après quatre mois de déplacements et d’échanges, le diagnostic est clair. Au fil de son histoire, à force de rachats mal digérés, les strates se sont empilées, produisant une organisation d’entreprise complexe. Les équipes sont rincées et les bonnes volontés découragées alors que la capacité d’initiative et l’envie d’avancer sont réels. Philippe est un stratège qui sait lire le cœur des gens. Alors, très vite l’évidence s’impose : la vraie valeur de l’entreprise vient de ses savoir-faire.

Des ingénieurs qui mettent au point des technologies qu’aucun fabricant asiatique n’égale, des équipes d’ouvriers et de techniciens qui, malgré la désorganisation et les luttes internes, ont gardé le goût du travail bien fait, des équipes commerciales prêtes à défendre les couleurs du maillot à condition qu’il n’y en ait plus qu’un seul. Dès lors, Philippe crée les conditions d’une reprise en main, en s’appuyant sur le potentiel humain de l’entreprise. Il entreprend de « Réveiller une belle endormie »

Le soleil vient de se lever…

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Quand il s’agit de se réveiller, mieux vaut savoir pourquoi. Autrement dit donner du sens à son action, connaitre la direction à suivre avant de se mettre en mouvement. Pour « associer les gens et s’assurer qu’ils adhèrent à ce qu’on veut faire », Philippe fixe 3 axes.

D’abord, redonner de la fierté aux métiers de l’industrie. Aujourd’hui, après la crise Covid et la révélation de l’étendue de notre dépendance aux importations, cela parait évident. Depuis, la réindustrialisation est devenue tendance, et avec elle l’idée de retrouver le chemin de l’usine, dans un pays où trois salariés sur quatre travaillent dans les services.

En second, il s’agit de faire du Fabriqué en France un combat. Là aussi, rien d’évident quand il faut redresser une entreprise et se donner les marges financières nécessaires à la croissance. Et pourtant ça marche. Les clients adhèrent et l’argument fait de plus en plus souvent mouche. Enfin, se revendiquer comme une entreprise de la transition énergétique. En produisant des équipements de chauffage faiblement émetteurs de CO2, Intuis et ses collaborateurs se savent acteurs d’un changement devenu inévitable, un véritable enjeu pour l’habitat de demain. De quoi être fiers au quotidien.

« Unir les équipes et créer une culture commune »

A rebours de l’usage quelque fois abusif du mot « valeur », ou de la construction d’une raison d’être d’entreprises parfois hors sol, Philippe préfère défendre la notion certes moins pompeuse mais tout aussi riche de « principes de fonctionnement ». Ainsi, pour accompagner les trois axes d’action, il s’attache à installer dans l’entreprise de véritables repères, avec un objectif : unir les équipes et créer une culture commune. Faut-il y voir un effet de sa passion pour le rugby ? Quoiqu’il en soit, la transparence, la confiance, la confidentialité et l’esprit d’équipe sont devenus quatre principes structurants, comme autant de leviers pour mobiliser et créer les conditions favorables au « travailler ensemble ».

« Deux cents recrutements sont ainsi prévus en 2023 »

Aujourd’hui, les résultats sont là, au-delà des objectifs initiaux. Remise en mouvement, l’entreprise fait face à un nouveau défi : attirer les collaborateurs dont elle a besoin pour répondre à la demande. Deux cents recrutements sont ainsi prévus en 2023. Pour Philippe, cela signifie reprendre le bâton de pèlerin et faire comprendre que l’usine est un formidable accélérateur social, un espace fécond pour apprendre un métier, accéder à des responsabilités et évoluer régulièrement. 

Réunies pour la première fois le 8 septembre 2022 à l’occasion de la présentation de la nouvelle identité de l’entreprise, les équipes ont pu mesurer le chemin parcouru et comme certains l’ont dit « sentir appartenir à quelque chose de plus grand ». 

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