Une rénovation qui tourne au casse-tête
Rien ne prédestinait Pierre-Louis Guhur à travailler dans le bâtiment. Passionné d’informatique depuis l’adolescence, diplômé de grandes écoles et spécialiste de l’intelligence artificielle, il envisageait plutôt une carrière dans les nouvelles technologies. Jusqu’au jour où plusieurs événements viennent bouleverser sa trajectoire.
D’abord, une prise de conscience écologique en 2018. Lors d’un dîner avec Jean-Marc Jancovici, une question s’impose : comment un entrepreneur peut-il mettre ses compétences au service de la lutte contre le changement climatique ? Parmi les grands postes d’émissions de CO₂, le logement apparaît rapidement comme un levier majeur. Plus de confort, moins de consommation d’énergie, davantage d’emplois locaux : sur le papier, tout semble réuni pour réussir son projet entrepreneurial.
Avec plusieurs amis, il décide alors de se lancer dans la rénovation d’une maison en région parisienne. Le projet devait coûter 100 000 euros. Il en coûtera finalement près de cinq fois plus.
Retards de chantier, budget explosé, difficultés à coordonner les différents intervenants… L’expérience agit comme un révélateur.”Nous pensions simplement rénover une maison. En réalité, nous avons découvert un secteur extrêmement complexe”, révèle Pierre-Louis.
En échangeant avec d’autres propriétaires, le constat devient évident : cette situation est loin d’être exceptionnelle. Beaucoup abandonnent leur projet de rénovation faute de moyens ou de compréhension.
L’intelligence artificielle comme assistant des artisans
Plutôt que de créer un outil destiné aux particuliers, Pierre-Louis Guhur décide finalement de s’attaquer à la source du problème : les professionnels eux-mêmes.
C’est ainsi qu’est née Argile. Une intelligence artificielle qui permet aux artisans de se concentrer sur ce qu’ils savent faire de mieux : rénover des bâtiments.
Aujourd’hui, une grande partie du temps des entreprises de rénovation est absorbée par des tâches administratives : devis, rapports techniques, diagnostics, suivi des chantiers, documents réglementaires, échanges avec les clients…
Autant de missions indispensables, mais chronophages.
Grâce à l’IA développée par Argile, une partie de ces opérations peut désormais être automatisée. Les professionnels peuvent scanner un logement avec leur téléphone, récupérer automatiquement les caractéristiques du bâtiment, générer des rapports techniques, préparer un devis ou encore suivre l’avancement du chantier depuis une plateforme unique.
Pour les particuliers, l’expérience change également. Les devis deviennent compréhensibles, les travaux sont mieux expliqués et chacun peut visualiser les performances énergétiques de son logement avant et après les rénovations.
L’objectif est simple faire le lien, le traducteur, entre les professionnels et leurs clients.
Une intelligence artificielle qui transforme les métiers sans les supprimer
Le débat autour de l’intelligence artificielle se focalise souvent sur la disparition des emplois. Pierre-Louis Guhur défend une vision beaucoup plus nuancée.
Selon lui, l’IA modifie les métiers bien plus qu’elle ne les remplace.
Il prend l’exemple des développeurs informatiques, dont le quotidien a profondément changé avec les assistants de programmation. Les tâches répétitives sont désormais automatisées, laissant davantage de place à la réflexion, à la conception et à la résolution de problèmes complexes.
Le même phénomène est en train de toucher la rénovation énergétique.
Les artisans sont loin d’être remplacés par des robots capables d’installer une pompe à chaleur ou d’isoler une maison. En revanche, ils peuvent progressivement se libérer d’une charge administrative qui représente parfois plus d’une journée de travail par semaine.
Fait surprenant, Pierre-Louis Guhur constate que même les artisans les moins à l’aise avec les outils numériques utilisent déjà quotidiennement des intelligences artificielles comme ChatGPT ou Claude pour résoudre des problèmes techniques rencontrés sur leurs chantiers.
L’adoption est donc déjà en marche.
*Cet article a été réalisé dans le cadre du projet FARE (Former les Acteurs de la Rénovation Énergétique)