Dr Frédéric Saldmann : “Savoir oser le stress bénéfique d’une déviation !”

En trois semaines de vacances, on perd 20 points de quotient intellectuel

À l’occasion de la sortie de notre magazine N°2, nous vous proposons de découvrir certaines des histoires que nous avons eu plaisir à raconter. Aujourd’hui nous vous parlerons de Frédéric Saldmann. Célèbre cardiologue, nutritionniste et chercheur, il est l’auteur de nombreux best-sellers dont « Le meilleur médicament, c’est vous ! ». Sur un plan médical, le changement de vie ne peut être pour lui qu’une bonne chose pour la santé à  trois conditions : savoir oser, savoir gérer son stress et savoir ne pas retomber dans les pièges de sa précédente existence….

Propos recueillis par Nicolas Pigasse.

Les Déviations : Vous êtes connu pour être peu favorable à l’inactivité. Vous prônez plutôt  la remise en question régulière…

Frédéric Saldmann :  En effet, je me méfie autant des vacances que de la retraite quand elles sont inactives ! En trois semaines de vacances, on perd 20 points de quotient intellectuel. Le cerveau, quand on l’utilise peu, « prend cher ! » A l’inverse,  il peut être extrêmement sollicité. A condition de faire en permanence des choses  nouvelles comme  découvrir des cultures, des pays, des cuisines, rencontrer de nouvelles personnes. Ou construire un nouveau projet. C’est prouvé scientifiquement : plus on stimule un cerveau, plus on augmente ses capacités et plus on produit l’hormone du bonheur, la dopamine. A l’inverse, plus on tombe dans des routines, moins on le stimule. Le cerveau n’aime pas être au repos ! Il faut le solliciter sans arrêt, avoir soif de faire des choses nouvelles et ne pas avoir peur de se mettre en situation d’inconfort.

LD : Le cerveau peut donc s’adapter naturellement à un changement de vie ?

FS : La règle d’or est de ne pas avoir peur.  Beaucoup de personnes ont encore cette réticence d’oser aller sur des territoires inconnus. Je n’ai pas hésité à prendre récemment des cours de danse classique. J’ai vu à quel point cet apprentissage était difficile, mais il m’ouvrait de nouveaux horizons. J’ai découvert l’équilibre, et l’harmonie des mouvements. Je sollicitais des parties de mon corps que je ne n’avais jamais faites travailler. C’est ainsi que l’on peut aussi augmenter son acuité cérébrale. Les muscles fondent avec le temps, c’est une évolution physiologique et naturelle du corps humain. Mais des activités physiques permettent de se remuscler. Le cerveau, de même,  doit  être sollicité  en permanence. On doit avoir une jouissance à le faire travailler et oser sortir ainsi de sa zone de confort. C’est difficile. Ceux qui n’osent pas vieilliront plus vite et seront exposés à des dépressions plus importantes.

LD : Sur un plan médical, les déviations sont donc bonnes et conseillées.

FS : Changer de vie c’est très sain. Vous cliquez, comme dans un jeu vidéo, sur la case deuxième vie.  Cela demande une grande confiance en soi et dans l’avenir. Il est évident qu’au niveau cérébral c’est excellent.  Les routines cassent les neurones.  Le changement de vie développe l’acuité cérébrale.

LD : Cela peut-être aussi une source de stress ? Comment le gérer ? 

FS : Le stress  en lui-même n’est pas un problème. Il est naturel. Ce qui ne l’est pas, c’est la réaction au stress. Faites de l’exercice, le stress s’élimine tout de suite, c’est sain et très efficace. Vous secrétez des endorphines, une morphine anti-stress naturelle ! Je pratique quotidiennement 40 minutes d’exercices physiques. L’alimentation joue aussi un rôle essentiel  : je suis un adepte du jeûne dit séquentiel. Toutes les 16 heures, tout au long de l’année,  je ne mange plus, je bois beaucoup d’eau, du thé, des tisanes sans sucre.

Cela permet de sécréter une molécule que l’on appelle BDNF. Elle accélère la pensée, l’humeur et l’acuité cérébrale. Digérer ce n’est pas rien pour notre organisme,  c’est faire fonctionner une dizaine d’organes ! D’ailleurs toutes les religions du monde depuis le début de l’humanité en parlent…Les médecines douces font aussi beaucoup de bien tout comme les massages et la méditation. Nous sommes tous différents, à chacun de s’adapter aux soins ou techniques auxquels il réagit le mieux.

LD : A titre personnel, avez-vous déjà été tenté par une déviation ?

FS : Jamais ! – Avec un grand sourire- J’ai la chance de faire un métier qui me passionne, la médecine que je pratique dans la recherche médicale, en clinique et en écrivant des livres. Je n’ai jamais eu l’impression de travailler. Je n’ai jamais eu la notion d’aller au travail ! L’idée ne m’est donc jamais venue  ! En revanche j’ai fait des changements de vie au sein de mes différentes activités de recherche, j’ai exploré de nouveaux domaines. Si demain, on me proposait une mission extraordinaire sur la planète Mars pour faire des découvertes scientifiques,  j’irais en courant ! Je changerais de vie. Mais là, je vis l’existence que j’ai toujours rêvé de mener. Et je ne vois pas l’intérêt d’en changer. Il ne faut pas avoir la tentation de changer pour changer.

LS : Qu’observez vous auprès de patients qui ont changé de vie ?

FS : Il s’agissait la plupart du temps de personnes qui n’étaient pas ou plus passionnées par ce qu’elles faisaient. Elles étaient souvent prisonnières de cette existence pour des raisons économiques et matérielles. Ce qu’il faut admettre et respecter. Leur vie n’avait plus de sens. C’est quand on ressent ce sentiment qu’il faut changer. Et oser le faire.  C’est plus sain que de prendre des antidépresseurs. Il est, dès lors, normal d’entamer cette quête de sens ailleurs.

LD : Réussissent-elles toutes dans cette démarche de déviation ?

FS : C’est du 50-50%. De nombreuses personnes se révèlent à travers de nouvelles passions et arrivent à redonner un sens à leur vie. C’est formidable. D’autres, et c’est le danger, n’ont fait que transposer des problèmes qu’elles avaient déjà avant dans cette deuxième vie. Elles recréent inconsciemment les mêmes schémas. C’est un peu comme dans la vie sentimentale : de nombreux couples divorcent mais combien d’hommes et de femmes retombent sur les mêmes profils. C’est la même histoire qui recommence… Il faut, bien sûr, chercher à changer de vie quand elle n’a plus de sens. Cela évite bien souvent de tomber malade ! Il y a des périodes propices, des facteurs d’opportunités à saisir, mais il faut aussi avoir une grande confiance, lucidité et acceptation de soi.”

Ps : « On n’est jamais mieux soigné que par soi-même », le dernier livre de Frédéric Saldmann est sorti aux éditions Plon.

© Philippe Quaisse

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