Gaspard Koenig : “2 500 km à cheval à la découverte de « l’arrière boutique » de soi !”

Rencontrer les gens oblige à rentrer dans la subtilité des idées

À l’occasion de la sortie de notre magazine N°2, nous vous proposons de découvrir certaines de nos histoires. Aujourd’hui nous vous parlerons de Gaspard Koenig. Durant l’été 2020, Gaspard Koenig, philosophe-essayiste et président de Génération Libre est parti sur le dos de sa jument avec le strict nécessaire sur les traces de Montaigne. Ce long voyage initiatique lui a inspiré son livre « Notre vagabonde liberté »* et renforcé dans ses choix et ruptures de vie.

“Elle n’a pas d’autre but que celui de promouvoir l’autonomie, la liberté et la capacité à tisser des liens.”

Gaspard Koenig aime parler aux gens les yeux dans les yeux. Pas au téléphone, encore moins sur Twitter. Depuis son épopée à cheval entre la France, l’Allemagne et l’Italie l’an dernier, ce trentenaire auteur d’une pléiade d’essais, a pris goût au contact humain. Aussi, lorsque nous le sollicitons pour un entretien, il accepte à condition que la rencontre ait lieu « en chair et en os ». Assis devant une table basse, sous sa mezzanine, ce « philosophe libéral », comme il se décrit, s’étonne que la France « ait oublié ses propres fondamentaux » lorsqu’on l’interroge sur le sens de cet oxymore. « La philosophie libérale est née chez nous, au XVIIIè, en plein siècle des Lumières ! Elle n’a pas d’autre but que celui de promouvoir l’autonomie, la liberté et la capacité à tisser des liens », illustre le fondateur de Génération libre, un think-tank qui vise la promotion de « toutes les libertés ».

“Ce voyage à cheval était l’occasion d’effectuer un trajet qu’aucun algorithme ne pouvait résoudre”

Si Gaspard Koenig cite volontiers Jean-Baptiste Say, Tocqueville ou Raymond Aron pour illustrer son propos, c’est toutefois Montaigne qui a inspiré sa grande chevauchée à l’été 2020, à l’origine de son dernier livre, « Notre vagabonde liberté ». En selle sur sa jument Destinada, ce cavalier est parti sur les traces du philosophe, humaniste, écrivain et moraliste de la Renaissance. Comme lui  – mais 440 ans plus tard ! Le philosophe parisien d’origine normande « sait ce qu’il fuit » au moment d’entreprendre les 2 500 kilomètres qui l’attendent en France, en Italie et en Allemagne. Un quotidien régulé par une inflation de normes auxquelles se superpose une surveillance technologique de plus en plus pesante. “Ce voyage à cheval était l’occasion d’effectuer un trajet qu’aucun algorithme ne pouvait résoudre”, souligne l’auteur de « La fin de l’individu :  voyage d’un philosophe au pays de l’intelligence artificielle »*.

“Contrairement aux idées reçues, les gens sont contents d’aider !”

Durant cinq mois, Gaspard Koenig et Destinada ont marché dans la forêt, emprunté de petites routes de campagne, foulé des zones péri-urbaines et traversé des banlieues. A aucun moment cependant, il n’a craint pour son intégrité physique. Loin des problèmes d’insécurité, véritable turbine médiatique qui monopolise les débats télévisés, ce cow-boy moderne a fait, tout au contraire, l’expérience du « don sans contre-don ». « La plupart du temps, j’ai été accueilli, logé et nourri. Contrairement aux idées reçues, les gens sont contents d’aider ! On m’offrait un bout de fromage ici, un tapis de selle là. Un ouvrier est même descendu de son échafaudage pour me donner un billet de 20 € ! », raconte-t-il encore sous le coup de l’émotion.

De la famille végan anti-spéciste à Fontainebleau au chasseur à court orléanais en passant par le militant d’extrême-droite de la Creuse, l’agrégé de philosophie s’est frotté à tous les milieux et à toutes les opinions. Et de témoigner : « Rencontrer les gens oblige à rentrer dans la subtilité des idées. Quand on est face à un être humain, qu’on le regarde droit dans les yeux, on est obligé de le comprendre ; on ne peut pas juste considérer qu’il n’a pas le droit d’exister. Ce voyage a réintroduit la possibilité du dialogue. Mais le dialogue suppose du temps. »

“A moins d’un trauma, c’est très rare, les gens qui changent vraiment.”

De retour chez lui, Gaspard Koenig reconnaît avoir « repris ses habitudes urbaines extrêmement vite ». Il rasé sa moustache sous la pression de sa femme et de ses enfants ! Ces derniers l’ont-il trouvé changé ? « J’étais un peu amaigri ! J’avais perdu plus de 10 kilos au terme de ces cinq mois. Mais pour le reste, je crois être resté le même. A moins d’un trauma, c’est très rare, les gens qui changent vraiment ». L’essayiste admet toutefois avoir laissé en chemin quelques certitudes et s’estime chanceux d’avoir expérimenté le dépouillement. Pour ne pas surcharger sa monture, il avait traqué le moindre gramme superflu, emportant dans son sac le strict indispensable. « En procédant ainsi, on élimine énormément de besoins superficiels et au final, on se sent assez complet. Lorsque rien ne manque, on a l’impression d’avoir atteint sur les plans matériel, psychologique et sentimental le noyau dur de soi-même », discourt ce penseur.

“J’essaie de créer des racines dans cette région où j’ai des origines.”

Enfin et peut-être surtout, Gaspard Koenig confesse avoir trouvé en lui ce que Montaigne appelait  « l’arrière boutique », cette partie intime, dans laquelle il peut « se réfugier à tout moment » maintenant qu’il en a la clé. Une clé virtuelle qui se double désormais d’une clé bien réelle : celle d’un ancien corps de ferme acheté à l’issue de sa folle chevauchée. Située en Normandie, à deux foulées de galop du pré de sa jument, cette propriété est devenue son deuxième lieu de vie.  « J’essaie de créer des racines dans cette région où j’ai des origines », se justifie-t-il avant de confier, une octave plus bas : « ce long voyage m’a donné envie de me sédentariser. J’ai davantage envie d’explorer mon environnement immédiat plutôt que de m’envoler à l’autre bout du monde. Prendre l’avion ne m’intéresse plus du tout. »

” Loin de la complexité normative qui tue toute aspiration au changement.”

Ce qui passionne ce trentenaire, en revanche, c’est la politique de terrain. Son périple au pas, au trot et au galop sur les routes sinueuses de l’Hexagone, l’a convaincu d’une chose. Les Français ont plus que jamais besoin d’un espace au sein duquel entreprendre librement. Avec Simple, le mouvement citoyen qu’il a lancé en mai Gaspard Koenig compte bien apporter sa pierre philosophale à ce programme ambitieux…

*« Notre Vagabonde Liberté », (éd. L’Observatoire). Le Point

« La fin de l’individu :  voyage d’un philosophe au pays de l’intelligence artificielle », (éd. L’Observatoire). Le Point.

Par Sandra Franrenet.

© Elodie Grégoire

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