Jean-Jacques Fasquel, du commerce au compost

Ce lien à la terre est désormais un besoin viscéral


Originaire du Pas de Calais, la famille de Jean-Jacques Fasquel s’est vite éprise de l’Auvergne pour les vacances. Puis ils y ont déménagé. L’été il travaillait dans une minuscule ferme du haut Cantal. Après avoir mené les vaches au pré quelques étés, il « fait les foins » plusieurs années. Cela l’a construit en se donnant une notion du labeur, un rapport spécifique à l’agriculture et un respect de la paysannerie.

Jean-Jacques Fasquel a explosé en vol

Fils de profs, j’ai suivi la voie toute tracée d’un « bon élève » jusqu’à entrer en 1982 en classe préparatoire « Math Sup » où j’ai explosé en vol en ayant atteint mes limites intellectuelles comme celles de l’abstraction. J’étais détruit, j’avais l’impression d’être un bon à rien, mais j’ai retrouvé ma voie en faisant des études commerciales, même si c’est avant tout dans les projets extra-scolaires que je me suis réalisé, notamment dans le rock (musicien chanteur dans un groupe, production d’une compilation régionale, organisation d’un concert-tremplin, création de l’antenne Auvergne du Centre d’Informations du Rock…).

Après mon service militaire je suis devenu le directeur adjoint d’un gros tourneur – Arachnéee Concerts. J’ai toujours réussi à travailler dans mes secteurs de passion. J’ai ensuite été directeur de cinéma, travaillé dans l’évènementiel et chez un fournisseur d’accès à internet pour finir en 2001 directeur de Bercy Village, garant du temple de la boboïtude dans ce centre commercial à la mode installé dans les anciens entrepôts de vin de la capitale.

De la croissance infinie à l’écologie

J’ai alors la quarantaine, deux enfants, et je suis en pleine crise de sens. Des lectures (L’entreprise verte d’Elisabeth Laville et Pétrole Apocalypse d’Yves Cochet) et le film Une vérité qui dérange, me font réaliser que la croissance infinie est un mythe impossible alors je change de paradigme : je revois ma vie au travers de ce nouveau référentiel de l’écologie en changeant ma consommation (je passe au bio, quitte le Crédit Lyonnais pour le Crédit Coopératif, devient client d’Enercoop à la place d’EDF, fait du wwoofing l’été plutôt que d’aller bronzer idiot sur la plage) et mon job.

Je quitte la direction de Bercy Village, me forme en autodidacte à cette nouvelle notion du développement durable – je parle d’un temps où les formations adhoc n’existent pas. Je lance mon activité JJ&DD, du conseil en développement durable et en communication responsable en formant notamment des légions d’employés en agence. Dès le départ je fais le choix « politique » d’exercer cette activité et les suivantes dans la coopérative d’activités et d’emploi Coopaname pour être en accord avec mes valeurs y compris dans mon statut entrepreneurial.

Jean-Jacques Fasquel et le compost
Jean-Jacques-Fasquel

En bas de chez soi

Dans le même temps en 2008, j’initie dans ma résidence le premier site de compostage en pied d’immeuble de Paris. Ce sujet du compostage me passionne car c’est une belle illustration de l’éco-système de la nature. Composter c’est faire d’un déchet une ressource, c’est assumer ce déchet et le transformer collectivement non seulement en un engrais utile au jardin mais également en aventure collective et en lien social. 

Je me forme, deviens Maître-Composteur et commence à en faire une activité accessoire qui très vite devient mon activité principale, en accompagnant la mise en place de projets de compostage partagés sous la marque Compostory. Former aux rudiments du compostage un public varié, leur transmettre de l’enthousiasme dans cette nouvelle pratique et les accompagner dans ces projets m’a comblé.

Pour varier les plaisirs mais également pour améliorer la résilience de mon activité liée aux vicissitudes des marchés publics j’ai lancé quelques années plus tard JardinTheCity, une activité de formation au jardinage au naturel et d’accompagnement à la création de jardins partagés fort de l’expérience du jardin Santerre que j’avais lancé dans mon immeuble et qui est devenu mon laboratoire d’agriculture urbaine. Ponctuellement j’ai également produit du contenu rédactionnel pour des médias écolos ou des clients jusqu’à écrire deux livres : Composter en Ville chez Rustica Editions et Carnets de WWOOFing chez Terre Vivante.

Renoncement et liberté

Ce statut d’entrepreneur-salarié m’a donné le luxe fou d’une certaine liberté d’autant que j’avais décidé de travailler seul. Décider du rythme, de la durée et du niveau d’exigence de son travail est très agréable. Ainsi quand mes enfants étaient en bas âge je ne travaillais jamais pendant les vacances scolaires. Le corollaire de ce choix a été une baisse substantielle de mes revenus sans néanmoins générer de frustration car j’avais déjà vécu une certaine réussite sociale et acquis un peu de capital qui a certainement rendu ce « renoncement » plus facile.

Il y a quelques mois, suite à une baisse de mon activité et à un certain ennui naissant, j’ai choisi de redevenir salarié d’une association dont le projet m’a séduit. Je suis le coordinateur national de Compost In Situ qui est un réseau d’acteurs indépendants et engagés localement dans le compost de territoire en créant un écosystème de la matière organique par la mise en réseau des producteurs de biodéchets et des utilisateurs de compost, en particulier les agriculteurs. De plus, je reste dans mon secteur mais reviens à mes premières amours en gérant la communication et le développement de ce réseau. Je garde toujours les mains dans la terre de mon jardin partagé car ce lien à la terre est désormais un besoin viscéral. Et j’hume régulièrement le bon compost des adhérents de mon réseau comme un élixir de jouvence.

Par Laurène Loth

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