Marion Lemaire : le lin, un bon filon 

Le lin finira-t-il par devenir un produit haut de gamme ?

A une époque où la transition écologique est sur toutes les lèvres, le lin a le vent en poupe. Contrairement au coton, il ne nécessite ni intrants, ni pesticides, ni arrosage. La liste de ses atouts ne s’arrête pas là. Cocorico ! Cette plante herbacée est majoritairement produite en France. Tour d’horizon d’une filière qui se reconstruit petit à petit dans l’Hexagone.

Le lin est aujourd’hui la seule matière végétale susceptible d’être transformée à 100 % en France.

En l’espace de deux décennies, la France est devenue le premier pays producteur de lin. Aujourd’hui, elle exporte 61% de la production mondiale, soit près de 120 000 tonnes de fibres par an qui, jusqu’alors, étaient filées à l’autre bout du monde avant de revenir dans les rayons textile de nos magasins. Cette situation, fruit de la lente destruction du tissu industriel hexagonal, semble toutefois en train de changer. Depuis peu, quelques filatures s’installent ou réinstallent timidement leur métier à tisser le lin sur notre territoire. Parmi celles-ci : Emanuel Lang, une usine fondée en 1856 à Hirsingue, dans le Haut-Rhin ; Safilin, une société française installée en Pologne depuis 25 ans et qui a réimplanté en 2022 une unité de filature à Béthune, son berceau historique ; la French filature inaugurée à l’automne dernier en Normandie ; ou encore Linfini, une usine dans le Finistère qui entrera en production en 2024. 

Avant d’être filé, le lin nécessite toutefois plusieurs étapes dont celle du teillage, qui permet d’extraire la fibre de la paille. Entre 2020 et 2022, les entreprises spécialisées dans cette opération ont investi dans dix nouvelles lignes de production, avec, à la clé, jusqu’à 200 emplois créés[1]. Seul hic, ces métiers sont peu connus et il n’existe pas forcément d’école pour se former. La Région Normandie et le service public de l’emploi ont donc financé l’an dernier la formation de 29 demandeurs d’emploi au métier d’agent de ligne de production. Grâce à tous ces efforts conjugués, le lin est aujourd’hui la seule matière végétale susceptible d’être transformée à 100 % en France.

Les Chiffres

La France compte + de 8 000 exploitations linières.

50% sont installées en Normandie.

Les surfaces de lin ont été multipliées par 5 en 10 ans.

Le saviez-vous ?

Si 90 % de la production linière est destinée à la confection textile, le lin connaît des applications plus surprenantes. Cette fibre entre par exemple dans la fabrication des skis, des casques de vélo ou encore de certaines pièces automobiles ! 

4 questions à Marion Lemaire, fondatrice de la marque Splice, une marque de vêtements en lin éco-conçus made in France. 

Les Déviations : Comment vous êtes-vous intéressée à la filière du lin ?

Marion Lemaire : Avec mon ex-mari, nous étions conscients des problèmes liés à l’environnement et à la délocalisation du tissu industriel français. Mais, j’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé nulle part comment habiller mes enfants avec des vêtements made in France. En 2016, j’ai donc négocié une rupture conventionnelle pour lancer une ligne en coton bio. Malheureusement,  mon affaire ne décollait pas et je m’épuisais… jusqu’au jour où une amie, directrice de collection dans une grande maison, m’a parlé du lin, la matière locale que je cherchais. Elle m’a conseillée de faire des vêtements pour adultes et a proposé de m’aider. C’est là que Splice a commencé.

Les Déviations : Quel regard portez-vous sur cette filière ?

Marion Lemaire : La filière du lin a toujours été dynamique du point de vue de l’agriculture mais nous sommes en train de réapprendre à travailler cette fibre qui n’était plus transformée en France. Ce secteur fait vivre de nombreux métiers dont certains avaient disparu. Avant qu’un vêtement n’arrive en boutique, il aussi faut passer par de multiples étapes : teillage, filature, tricotage, tissage, teinture/ennoblissement et confection.

Les Déviations : Quels problèmes avez-vous rencontré au départ ?

Marion Lemaire : J’ai mis un point d’honneur à faire des vêtements fabriqués en France. Mais cela coûte cher. Toute la difficulté a donc été de bâtir un modèle économique viable, avec des produits abordables, malgré des coûts de revient très élevés. J’ai également eu à cœur de travailler avec des artisans qui s’intéressent à la R&D pour proposer autre chose que des chemises blanches et des tee-shirts transparents. Il est donc temps de démocratiser cette fibre en sortant du cliché : “Le lin est une matière d’été”. C’est un tissu aussi chaud que du coton. 

Les Déviations : Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Marion Lemaire : Suite aux récents épisodes de sécheresse, la matière première se raréfie alors que la demande augmente, ce qui fait augmenter son prix. En outre, la hausse du coût de l’énergie explique que la transformation soit de plus en plus chère. De même, le lin finira-t-il par devenir un produit haut de gamme ? C’est possible. Cette situation pousse donc certains entrepreneurs à s’orienter vers des mélanges – lin/coton par exemple – qui permettent de faire baisser les coûts… et de continuer à recourir à cette fibre ! 

Par Sandra Franrenet.

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